S. LXXXVI
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le Très-Haut voulant trouver son cœur prôparé et bien disposé à accomplir avec zèle sa très- sainte volonté, le changea et le réforma entièrement par cette plénitude de grâce dont il avait besoin pour le ministère auquel la divine Majesté le destinait. Or faites en sorte que la connaissance de vos péchés serve à vous humilier avec soumission , et non pas à empêcher le Seigneur, sous prétexte de votre peu de mérite , de se servir de vous comme il le voudra.
i 1 6. Je veux à cette occasion vous manifester les justes plaintes et le courroux du Très -Haut contre les mortels, afin que la lumière céleste vous en fasse mieux comprendra la raison à la vue de mon humilité et de ma douceur envers mon époux Joseph. Ces plaintes du Seigneur, que j'exprime aussi de mon côté, sont fondées sur la monstrueuse perversité qui porte les hommes à se traiter sans charité et sans humilité; et en cela concourent trois péchés qui détournent beaucoup le Très -Haut et moi de leur témoigner notre miséricorde. Le premier est que les hommes, sachant qu'ils sont tous enfants d'un Père qui est aux cieux (1), ouvrage de ses mains, formés d'une même nature, entretenus par ses largesses, vivifiés par sa providence (2) , et nourris à une même table de ses divins mystères et de ses augustes sacrements, et spécialement du propre corps et du sang précieux de Jésus-Christ, ne laissent pas d'oublier et de ravaler toutes ces choses à la vue du moindre intérêt temporel; comme si cela suffisait pour leur faire perdre la raison, ils se troublent, s'échauffent, se livrent à la discorde, à la rancune, aux trahisons et aux murmures , et parfois à des vengeances inhumaines et à de mortelles inimitiés les uns contre les autres. Le
(l) Acl.,xvn,26. —(2) Mallh., vi. 25, etc ; I'b. ixivn, j.
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second est que si , surpris par la fragilité d'une nature iainiortifiée et par la tentation du démon , ils tombent dans quelqu'une de ces fautes, ils ne tâchent pas aussitôt de s'en relever et de se réconcilier entre eux, comme des frères qui vivent sous les yeux du juste Juge; au lieu d'avoir en Dieu un Père plein de clémence, ils ne demandent qu'un juge sévère et rigoureux de leurs péchés (1), puisque la haine et la vengeance sont ce qui irrite le plus sa justice. Le troisième, qui excite toute son indignation, est que parfois, quand quelqu'un veut se réconcilier avec son frère , celui qui se croit offensé le repousse et exige une satisfaction plus ample que celle qu'il sait être capable de satisfaire le Seigneur, et même que celle dont il veut luimême se servir pour apaiser la Majesté divine (2); car tous veulent que, contrits et humiliés, ce Dieu qu'ils ont bien plus grièvement offensé les reçoive dans ses braset leur pardonne , tandis qu'ils prétendent , eux qui ne sont que cendre et poussière, se venger de leur frère, et ne se donnent point pour satisfaits de ce dotit le souverain Maître se contente pour leur pardonner.
417. De tous les péchés que les enfants de l'Eglise commettent, il n'en est point de plus abominables que ceux-là aux yeux du Très -Haut; c'est ce que lui-même vous a fait connaître par la foice qu'il a donnée aux préceptes de sa divine loi , en prescrivant à l'homme de pardonner à son frère, quand même il pécherait contre lui soixantedix fois sept fois (3); et les oflenses dussent-elles se renouveler chaque jour, il suffit, dit le Seigneur, que le coupable exprime son repentir pour que le frère offensé lui pardonne autant de fois, sans en limiter le nombre (4); et il réserve un châtiment eft'royable à celui qui manquerai
(1) Matth,, xvui , 35. — (2) Ibid., 32 et 33. — (3) Ibid., 22. — (4) Luc, ivii, 4.
cette obligation, parce qu'il scandalise les autres, comme on le peut inférer de la menace faite par le Seigneur luimême. « Malheur, dit-il, à celui par qui le scandale arrive (t)! il vaudrait mieux pour lui qu'on lui attachât une meule de moulin au cou, et qu'on le jetât au fond de la mer (2), m signifiant par là combien la réparation de ces péchés est difficile , puisque celui qui les aurait commis courrait un aussi grand danger que le malheureux qui tomberait dans la mer avec une si lourde masse attachée au cou. Il marque aussi la punition que le scandaleux subira dans l'abîme des peines éternelles; voilà pourquoi les fidèles suivront un salutaire conseil, s'ils aiment mieux s'arracher les yeux et se couper les mains (3), puisque mon très -saint Fils a parlé en ces termes, plutôt que de scandaliser les petits par ces péchés.
418. 0 ma très- chère fille ! avec combien de larmes de sang devriez -vous pleurer l'énormité et les ravages de ce péché ! C'est lui qui attriste le Saint-Esprit (4) , qui donne de superbes triomphes au démon , qui change les créa- 'tures raisonnables en monstres, et qui efface en elles l'image de leur Père céleste. Quoi de plus étrange , de plus hideux et de plus horrible que de voir un homme de terre, destiné à la corruption et aux vers, s'élever contre un de ses semblables avec tant de furie et d'orgueil (5) ? Vous ne trouverez point d'expressions assez énergiques pour inspirer aux mortels toute l'horreur qye mérite une pareille iniquité, et pour leur persuader de ne point s'exposera la colère du Seigneur (0). Quant à vous, ma fille, préservez votre cœur de ce malheur déplorable, et gravez-y profondément les leçons si salutaires que je vous recommande de suivre. Et n'allez pas croire qu'il puisse
(l)Matth., xvin,7. - (2) Luc, xvii, 2. — (3) Mattli., xviii 8 cl 9. — (4) Ephes., iv, 30. — (l\) MatUi., v. — (6) Ibid., ni , 7.