CHAPITRE Vil
La bienheureuse Marie prépare les langes de l'Enfant-Dieu avec un très-ardent désir de le voir bientôt naître.
439. La divine grossesse de la Mère du Verbe éternel la très-pure Marie était déjà fort avancée, et elle savait qu'il fallait indispensablement préparer les langes, et les autres choses nécessaires pour l'enfantement si désiré ; mais, pour agir toujours avec la plénitude de la science céleste, elle ne voulut rien entreprendre sans la volonté et sans l'ordre du Seigneur et de son saint époux, afin de remplir en tout les devoirs d'une très -obéissante et très-fidèle servante. Elle eût pu se déterminer d'elle-même en ce qui regardait uniquement l'office de mère, et de mère seule de son très-saint Fils, à la formation duquel aucune autre créature n'avait pris part; elle ne le fitpour-
<1) 1 Peu-., 1, 15. — (2) PhUip., ni, 20.
tant pas , mais elle consulta son saint époux Joseph, et lui dit : « Cher seigneur, il est temps de disposer les choses « nécessaires pour la naissance de mon très-saint Fils. M Quoiqu'il veuille être traité comme les enfants des « hommes, en s'abaissant à souffrir les peines qu'ils ont « méritées, il n'en est pas moins juste que nous téraoi- « gnions, en le servant et en entoui*ant son enfance de « tous les soins possibles, que nous le reconnaissons pour « notre Dieu, notre Roi et notre Seigneur véritable. Si « vous le permettez, je commencerai à préparer les « langes pour le recevoir. J'ai une toile de lin filée de ma « main qui servira pour les premiers; vous, digne époux, « ayez soin, je vous prie, de vous procurer pour les autres « une étoffe de laine bien souple , bien douce et d'une « couleur foncée; car plus tard je lui ferai une tunique « sans couture, mais tissue, qui lui conviendra. Or, afin « que nous réussissions en tout, faisons une prière parti- « culière, et demandons à la Majesté divine de nous gou- « verner, de nous conduire et de nous manifester sa « très-sainte volonté, de sorte que nous nous conformions « à son bon plaisir. »
440. « Épouse vénérée, répondit saint Joseph, s'il a m'était possible de donner le plus pur sang de mon « cœur pour témoigner mon zèle à mon Seigneur et à « mon Dieu, et pour faire ce que vous prescrivez, je « m'estimerais fort heureux de le verser au milieu des « tourments les plus atroces; ù défaut de quoi je voudrais a avoir de grandes richesses et des brocai'ts à vous ofi'rir « dans cette circonstance. Décidez ce qui sera convenable, « car je veux vous obéir en tout comme votre serviteur.» lisse mirent en oraison, et le Très-Haut leur répondit h chacun séparément par une même voix, en réitérant la science et les instructions que notre auguste Souveraine
PART. Il, LIV, IV, CHAP. VII. 225
avait déjà reçues plusieurs fois, car il répéta à la trèspure Marie et à son saint époux Joseph : « Je suis descendu « du ciel sur la terre pour élever l'humilité et abaisser « l'orgueil, pour honorer la pauvreté et mépriser les fi- « chesses, pour détruire la vanité, établu- la vérité, et « faire comprendre la valeur des peines de la vie. C'est « pourquoi je veux qu'à l'extérieur vous me traitiez quant « à l'humanité dont je me suis revêtu, de même que si « j'étais votre commun enfant, tandis que vous me recon- « naîtrez intérieurement pour Fils de mon Père et Dieu « véritable, avec la vénération et l'amour qui me sont « dus comme Homme-Dieu. »
441. L'auguste Marie et Joseph, ayant été confirmés par cette voix divine en la sagesse avec laquelle ils devaient agir dans les soins qu'ils prendraient de l'Enfant-Dieu, résolurent de l'honorer, comme le véritable Être infini, du culte le plus élevé et le plus parfait qu'on ait jamais vu chez de simples créatures , et de le traiter en même temps aux yeux du monde de même que s'il était leur commun enfant , puisque les hommes le regardaiem comme tel , et que telle était la volonté du Seigneur luimême. Ils exécutèrent leur résolution et l'ordre divin d'une manière si accomplie, que le Ciel en fut dans l'admiration. Je m'étendrai davantage sur ce sujet dans la suite. Ils convinrent aussi que, dans leur sphère obscure et leur pauvre condition, il fallait qu'ils rendissent tous leurs services à l'Enfant-Dieu, sans faire autant que possible ni trop ni peu, afin que le secret du grand Roi fût caché sous le voile de l'humble pauvreté (I), et que l'ardent amour qu'ils lui portaient ne fût point frustré des témoignages qu'ils pourraient lui donner. Ensuite saint
(1) Tob., XII, 7.
Joseph, ayant reçu le paiement de quelques-uns de ses ouvrages, alla, d'après les indications de sa divine épouse, acheter deux pièces de laine, l'une blanche et l'autre qui s'approchait plus de violet que du gris, de la meilleure étoffe qu'il put trouver. La bienheureuse Marie en coupa des langes pour son très-saint Fils, et de la toile qu'elle avait tilée et tissue elle fit les petites chemises et les bandes du maillot propres à l'envelopper. Cette toile était fort fine , digne des mains qui l'avaient fabriquée ; elle la commença dès le jour qu'elle entra dans sa maison avec saint Joseph, se proposant d'aller l'offx'ir au Temple. Or, quoique ce bon désir n'eût fait place qu'à un meilleur , elle voulut porter au saint Temple de Jérusalem l'offrande de ce qui en resta après qu'elle eut achevé les petites bardes de l'Enfant- Dieu. La sainte Vierge les fit, les cousit , les arrangea toutes de ses propres mains , se tenant toujours à genoux, et avec des lai'mes d'une dévotion sans égale. Saint Joseph prépara toutes les fleurs et herbes aromatiques qu'il put se procurer, et d'autres ingrédients, dont la diligente Mère fit une eau de senteur plus exquise que les parfums angéliques. Et après en avoir arrosé les langes consacrés à l'Hostie (1) et au sacrifice qu'elle attendait, elle les plia et les mit soigneusement dans un coffre, dans lequel elle les emporta plus tard à Bethléem, ainsi que je le dirai en son lieu.
442. On ne doit pas considérer toutes ces œuvres de la Souveraine du ciel à travers la lettre morte de mon récit; on ne doit pas les peser ainsi dépouillées de leur mérite, mais richement parées de leur beauté spirituelle, et remplies au delà de toute mesure de la plus haute perfection que l'entendement humain puisse concevoir; car, Mère do
(1) Ephcs. V, 2.