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la sagesse même et Reine de toutes les vertus, elle traitait avec magnificence tous les ouvrages de la sagesse divine {{). ElleotTrait le sacrifice de la nouvelle dédicace (2) et du Temple du Dieu vivant en la très -sainte humanité de son Fils, qui devait bientôt naître. Elle connaissait mieux que toutes les autres créatures la hauteur incompréhensible du mystère de l'incarnation et de la venue do Dieu sur la terre; et elle redisait à chaque instant, non par incrédulité, mais par admiration, avec un ardent amour et unô profonde vénération, ce que Salomon disait en bâtissant le Temple : « Quoi, sera-t-il possible que Dieu « habite parmi les hommes sur la terre? Si tout le ciel et « les cieuxdescieuxne sont pas assez spacieux pour le rece- « voir, combien moins le sera cette habitation de l'huma- « nité qui a été construite dans mon sein (3) ! » Mais si ce Temple, qui n'était que le trône où Dieu s'asseyait pour y entendre les prières qu'on lui adressait, fut bâti et dédié avec tant d'éclat et une telle profusion d'or, d'argent, de trésors et de sacrifices (4), que ne devait pas faire la Mère du véritable Salomon dans la construction et la dédicace du Temple vivant où habitait corporellement, dans toute la plénitude de son essence, le Dieu éternel et infini (o) ! Tout ce que figuraient ces sacrifices et ces trésors innombrables prodigués dans le Temple matériel , l'auguste Marie l'accomplit, non en entassant l'or, l'argent et les étoffes précieuses (car alors Dieu ne demandait plus ces offrandes), mais en multipliant les actes des vertus les plus héroïques, et en accumulant les richesses de la grâce et des dons du Très-Haut, dont la possession lui inspirait mille hymnes de louange. Elle oflrait des holocaustes qu'elle tirait de son cœur tout embrasé du divin amour ;
(i) Ps. xcv, 6. — (2) IlMachHb., il, 9. — (3)11 Parai., vi, 18.— (4) III Reg., VI, VII et vni. — (5) Colos., ii , 9.
elle prenait des Écritures saintes les hymnes, les psaumes et les cantiques , qu'elle appliquait à ce mystère, en y ajoutant beaucoup d'autres. Elle réalisait véritablement, quoique d'une manière mystique, les figures anciennes, par l'exercice des vertus, et par tous ces actes intérieurs et extérieurs. Elle appelait et conviait toutes les créatures à louer Dieu, à rendre honneur et gloire à leur Créateur, à attendre Celui qui les devait sanctifier par sa venue. Et saint Joseph, le plus fortune des époux, l'imitait en plusieurs de ces œuvres.
443. Aucune langue, aucune inteUigence humaine ou créée ne saurait exprimer les sublimes mérites que la Souveraine du ciel acquérait par ces actes et ces exercices, ni la grande complaisance que le Seigneur y prenait. Si le moindre degré de grâce qu'une créature telle qu'elle soit obtient par un acte de vertu qu'elle exerce, vaut plus que tout l'univers, qui pourra estimer la valeur de la grâce que recevait Celle qui ne surpassa pas seulement les anciens sacrifices, les oflrandes, les holocaustes et tous les mérites des hommes, mais même ceux des plus hauts séraphins, auxquels elle était si supérieure? Les alVections amoureuses formées par la divine Marie dans l' attente de son Fils et de son Dieu, qu'elle aspirait à serrer entre ses bras, à nourrir de son propre lait, à entretenir, à soigner, à servir, et qu'elle adorait fait homme de sa propre chair cl de son sang, étaient si ardentes, qu'elle se serait consumée au milieu de ce doux embrasement d'amour si elle n'eût pas été fortifiée par un secours miraculeux. Elle aurait donc perdu plusieurs fois la vie , si son trèssaint Kils ne la lui eût conservée; car elle le regardait d'ordinaire dans son sein virginal, et par la lumière céleste elle voyait son humanité unie à la divinité, tous les actes intérieurs de son âme très-sainte, son corps ado-
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rable, les prières qu'elle faisait pour elle, pour saint Joseph, pour tout le genre humain, et particulièrement pour les prédestinés. Elle connaissait tous ces mystères et beaucoup d'autres; et, renfermant dans son sein le feu bmlant qui éclaire sans consumer (1), elle s'enflammait de plus en plus du désir de l'imiter et de le louer.
444. Plongée dans cet incendie du divin amour, elle disait quelquefois à son très-saint Fils : « Mon doux bien- « aimé. Créateur de l'univers, quand est-ce que mes yeux « jouiront de la lumière de votre divine face? Quand mes (( bras consacrés deviendront -ils l'autel de l'hostie que « votre Père éternel attend? Quand baiserai-je, comme « votre servante, la terre qu'auront foulée vos pieds sa- «i crés? Quand obtiendrai-je comme Mère le baiser que « mon âme désire, afin de participer par votre divin « souffle à votre propre esprit (2)? Lumière inaccessible « que vous êtes, Dieu véritable de Dieu véritable, lumière « de la lumière (3), quand vous manifesterez-vous aux « mortels, après tant de siècles qui vous ont cachée à 0 notre vue (4)? Quand est-ce que les enfants d'Adam, « esclaves par leurs péchés, connaîtront leur Rédcmp- « teur, verront leur salut , et trouveront parmi eux leur « Maître, leur frère et leur père véritable (5)? 0 lumière « et vertu de mon âme ! mon bien-aimé pour qui je vis « en mourant ! Enfant de mes entrailles , comment fera- « t-elle l'oflice de Mère , celle qui ne sait pas faire celui « de servante et qui n'en mérite pas le titre? Comriient « vous pourrai -je traiter dignement, moi qui ne suis « qu'un pauvre ver de terre? Comment vous servi- « rai - je , vous qui êtes la sainteté même et la bonté « infinie, moi qui ne suis que cendre et poussière? Com-
(1) Exod., m, 2. —(2) Gant, i, 1, etc. — (3) Joan., i, 9. — (4) Baruch., ni, 38. — (5)1 Tim., m, 16; Isa., LU, 10; iix, 20.
a ment oserai -je parler en votre présence, et paraître « devant votre divine Majesté? Maître de tout ce que je « suis, qui m'avez clioisie, malgré ma petitesse, parmi « les autres filles d'Adam, gouvernez mes actions, diri- « gez mes désirs et enflammez mes aflections , aiin que « je fasse en tout ce qui vous sera le plus agréable. Que « ferai -je, mon souverain bien, si vous sortez de mon « sein pour souffrir des opprobres et mourir pour le genre « humain , si je ne meurs avec vous et si je ne vous acte compagne au sacrifice , vous qui êtes mon être et ma « vie? Faites, Seigneur, que ma vie empêche la cause qui « doit vous ravir la vôtre, puisqu'elles sont si étroitement « unies. 11 n'est pas nécessaire que vous mouriez pour « racheter le monde et des milliers de mondes : laissez- « moi donc mourir pour vous et endurer vos ignominies, « et contentez-vous de sanctifier le monde et de dissiper « les ténèbres des mortels par votre amour et par votre « lumière. Et s'il n'est pas possible de révoquer le décret « du Père éternel, afin que la rédemption soit abon- « dante (1) et que votre extrême charité soit satisfaite (2), « agréez mes aflections, et faites que j'aie part à tous les « travaux de votre vie , puisque vous êtes et mon Fils et « mon Seigneur. »
443. La variété de ces aflections et de beaucoup d'autres actes antérieurs rendait la Reine du ciel très-agréable et très - belle aux yeux du Prince des éternités (3) , qui reposait dans son sein virginal. Et elle les subordonnait toutes aux actions de cette très - sainte humanité déifiée; cai' la digne Mère ne cessait do les observer pour les imiter. 11 arrivait souvent que l'Enfant - Dieu se mettait à genoux dans ce sanctuaire pour prier le Père : quelquefois
(1) Pa. cxxii , 7. — (2) Ephes., ii , 4. — (3) Esther, ii, 9.
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il y étendait les bras comme voulant en quelque sorte s'essayer à la croix. De là (comme il le fait maintenant du suprême trône, du ciel) il regardait et connaissait par la science de son âme très-sainte tout ce qu'il connaît à cette heure, sans que pût lui être cachée aucune créature présente, passée, ni future, avec toutes ses pensées et tous ses mouvements; et il veillait sur toutes en qualité de Maître et de Rédempteur. Or sa divine Mère découvrait tous ces mystères, et pour pouvoir répondre à celte science elle était tellement comblée de la grâce et des dons célestes, qu'elle agissait toujours avec une si haute plénitude de sainteté et de perfection, que l'éloquence humaine n'a point de paroles pour l'exprimer. Si donc notre jugement n'est point perverti , et si notre cœur n'est devenu aussi dur et aussi insensible qu'un rocher, il est impossible qu'à la vue et, pour ainsi dire, au contact de tant de choses qui ne sont pas moins salutaires qu'admirables, notre âme ne soit pénétrée d'une douleur amoureuse et d'une humble reconnaissance.
Instruction que me donna la saiiite Vierge.
446. Je veux, ma fille, vous convaincre dans ce chapitre de la décence avec laquelle on doit traiter toutes les choses consacrées au culte divin, et blâmer en même temps l'irrévérence par laquelle les ministres du Seigneux euxmêmeï^roflensentdans leur insouciance à cet égard. Qu'ils se gardent bien de mépriser ou d'oublier la colère du Très- Haut , qu'ils s'attirent par la grossière incivilité et par la lourde ingratitude avec lesquelles ils traitent les ornements et les choses sacrées , qu'ils manient trop souvent sans la moindre attention et sans le moindre respect. L'indigna-
tion de la Majesté divine est beaucoup plus grande contre ceux qui reçoivent les fruits et les gages de son très-précieux sang , et les prodiguent pour de basses vanités ou pour des choses profanes et plus répréhensibles encore. Ils recherchent pour leurs délices et leurs commodités ce qui est le plus précieux et le plus estimable , et réservent tout ce qu'il y a de plus grossier et de plus vil pour le culte et l'honneur du Seigneur. Je veux que vous sachiez que quand cela aiTive , surtout à l'endroit des linges qui touchent le corps et le sang de mon très-saint Fils, tels que les corporaux et les purificatoires, les anges qui assistent au sublime et redoutable sacrifice de la Messe, détournent, comme saisis de confusion, leur vue de ces sortes de ministres, et s'étonnent de ce que le Tout- Puissant les souffre et dissimule si longtemps leur témérité et leur manque de respect. Sans doute tous les prêtres ne commettent pas cette faute, mais il y en a malheureusement beaucoup, et à peine quelques-uns se distinguent-ils par leur zèle en ce qui concerne le culte divin, et traitent-ils extérieurement les choses sacrées avec une juste révérence; encore en est-il parmi ceux-ci qui n'agissent pas avec une intention droite et pour s'acquitter de leur devoir, mais par vanité et pour d'autres fins humaines : de sorte que ceux qui adorent le Créateur avec un cœur pur et sincère, en esprit et en vérité (1), sont fort l'ares. 447. Considérez, ma très -chère fille, ce que nous devons sentir, nous qui sommes devant l'Être incompréhensible du Très-Haut, et qui savons que sa bonté immense a créé les hommes , afin qu'ils l'adorent et lui rendent un juste culte, et que c'est pour cela qu'il leur a laissé cette loi, fondée sur la nature môme, et qu'il leur
(!) Joan., IV, 24.
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a livré gratuitement tout le reste des créatures (1), Cependant nous voyons avec quelle ingratitude ils répondent aux largesses de leur Créateur, puisqu'ils lui disputent les mêmes choses qu'ils reçoivent de sa main libérale j et s'ils en destinent quelques-unes à son honneur et à son service, ce ne sont que les plus viles et les plus misérables (2) , en réservant pour leurs vanités les plus précieuses et les plus recherchées. On ne réfléchit pas à ce péché, qui n'est pas assez connu; ainsi je veux que non-seulement vous le pleuriez avec une vive douleur, mais que vous le répariez autant qu'il vous sera possible, pendant que vous serez supérieure. Donnez toujours le meilleur au Très-Haut, et recommandez à vos religieuses de s'occuper avec simplicité et dévotion de l'arrangement et de la propreté des ornements sacrés , et d'en faire nonseulement pour leur couvent , mais encore pour les églises pauvres qui pourraient en manquer. Qu'elles soient bien sûres que le Seigneur leur tiendra compte du zèle pieux qu'elles montreront pour le culte divin, qu'il remédiera à leur pauvreté, et qu'il subviendra comme un père aux besoins du monastère, qui ne s'appauvrira jamais par là. C'est l'office le plus propre et le plus légitime des épouses de Jésus-Christ, et elles devraient y employer le temps qui leur reste , après avoir assisté au chœur et satisfait aux autres obligations de l'obéissance. Si toutes les religieuses se portaient avec ardeur à ces occupations si honnêtes, si louables et si agréables à Dieu, il ne leur manquerait jamais rien , et elles formeraient sur la terre une société angélique et céleste. Mais parce qu'elles refusent de s'appliquer à ce service du Seigneur, il en est beaucoup qui , privées de l'appui de sa main , se laissent aller à des légè-
(1) Eccli., XVII, 3, 4,7 et 8. —(2) Malach., i,8.
retés et des distractions dangereuses, tellement abominables à mes yeux , que je ne veux pas que vous les rapportiez ni même que vous y pensiez , à moins que ce ne soit pour les pleurer du fond de votre cœur, et pour demander à Dieu la cessation de péchés qui l'offensent et qui l'irritent plus qu'on ne saurait se l'imaginer.
448. Mais parce que pour des raisons particulières ma volonté penche à regarder avec amour les religieuses de votre monastère, je veux que vous les engagiez et les excitiez en mon nom et de ma part, avec une douce vio~ lence, à vivre toujours retirées et mortes au monde par un oubli constant de tout ce qui s'y trouve, à n'avoir de commerce que dans le ciel et avec les choses divines (1) , et à conserver à tout prix la paix et la chai'ité inaltérables que vous leur recommandez si souvent. Que si , m'obéissant sur ce point, elles tâchent de se maintenir en mes bonnes grâces, je leur promets, avec ma protection continuelle, mon intercession efûcace auprès démon trèssaint Fils , et je me constitue leur Mère et leur Bienfaitrice, comme je suis la vôtre. A cet effet, vous leur inspirerez toujours pour moi la dévotion spéciale et l'amour qui doivent animer leur cœur ; car si de leur côté elles sont fidèles, elles obtiendront tout ce que vous souhaitez, outre les autres faveurs que je leur ferai. Or, afin qu'elles se portent avec un joyeux empressement aux choses du culte divin, et qu'elles se chargent volontiers de tout ce qui le concerne, rappelez -leur ce que je faisais pour le service de mon très-saint Fils et du Temple. Je veux que vous sachiez que les anges admiraient le zèle , la vigilante attention et la propreté avec laquelle je m'occupais de toutes les choses qui devaient servir à mon Fils et Sci-
(1) PhiUp.,111,20.
PAt»T. II, Liv. IV, ciup. Vin. 235
gneur. C'est dans cette sollicitude aussi tendre que respectueuse q^ue je préparais tout ce qui était nécessaire pour son entretien , sans qu'il me manquât jamais rien (comme certaines personnes le pensent) pour le couvrir et pour le soigner : toute lu suite de cette histoire vous montrera qu'à cet égard la moindre négligence , la moindre inadvertance étaient incompatibles avec ma prudence et avec mon amour.