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CHAPITRE IX

Le voyage que la très-pure Marie fit de Nazareth à Bethléem , en la compagnie de saint Joseph et des anges qui l'assistaient.

457. L'auguste Marie et le glorieux saint Joseph partirent de Nazareth pour Bethléem, aussi seuls que pauvres et humbles voyageurs aux yeux du monde, sans qu'on leur accordât une plus grande estime que celle que l'humilité et la pauvreté peuvent obtenir. Mais, ô admirables

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secrets du Très-Haut cachés aux superbes et impe'nétrables à la prudence de la chair (1)! ils ne marchaient pas seuls, ni pauvres ni méprisés; mais avec un cortège magnifique, des richesses inestimables et une très-grande gloire. Ils étaient le plus digne objet du Père éternel et de son amour immense, et le plus estimable à ses yeux. Us portaient avec eux le trésor du ciel et de la Divinité morne (2). Toute la cour céleste les révérait. Toutes les créatures insensibles reconnaissaient l'Arche vivante et véritable du Testament, bien mieux que les eaux du Jourdain ne reconnurent celle qui n'en était que la figure , lorsqu'elles se divisèrent par respect pour lui frayer un libre passage, ainsi qu'à tous ceux qui la suivaient (3). Ils étaient accompagnés de dix mille anges, que Dieu lui-même avait désignés, comme je l'ai dit ci-dessus au paragraphe 451, pour servir le Verbe incréé et sa très-sainte Mère pendant ce voyage. Les bataillons de cette escorte marchaient sous des formes humaines, visibles pour notre divine Souveraine, et chaque ange était plus resplendissant que plusieurs soleils ensemble. Elle avançait au milieu de tous, bien mieux gardée et défendue que le Ut de Salomon ne l'était par les soixante hommes les plus vaillants d'Israël lorsqu'ils l'entouraient l'épée au côté (4). Outre ces dix mille anges, il y en avait un grand nombre d'autres qui descendaient du ciel et y remontaient, envoyés parle Père éternel à son Fils fait homme et à sa très-pure Mère, et chargés par ceux-ci de Jcurs messages.

4.S8. C'est dans ce royal appareil, caché aux yeux des mortels, que marchaient l'incomparable Marie et son saint époux Joseph, sûrs que leurs pieds ne heurlcraioiit point contre la pierre de la tribulalion, parce que le Seigneur

(l)Mallh., XI, 23. —(2) Colos., ii, 3. —(3) Jos., m, 10. — (4)Caut.,m, 7.

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avait ordonné à ses anges de les porter dans leurs mains, et de les garder dans toutes leurs voies (i). Ces très-fidèles ministres exécutaient cet ordre, et servaient leur grande Reine en sujets très-soumis, exprimant leur admiration et leur joie à la vue de tant de mystères, de tant de perfections, de tant de grandeurs et de tous les trésors de la Divinité réunis dans une simple créature, et cela avec une si digne et si haute raison d'être, qu'elle surpassait leur propre intelligence. Us chantaient des hymnes nouvelles au Seigneui', au souverain Roi de gloire (2) , qu'ils contemplaient appuyé contre son dossier de fin or (3); et à l'auguste Mère, qu'ils considéraient tantôt comme un char incorruptible et animé, tantôt comme l'épi fertile de la terre promise qui contenait le grain vivant (4), tantôt comme le riche vaisseau d'un marchand (5), qui le portait pour le faire naître dans la maison du pain, je veux dire Bethléem, afin que, mourant sur la terre, il fût multiplié dans le ciel (fi). Le voyage dura cinq jours, parce que le saint époux ne voulut pas faire de fortes journées à cause de la grossesse de la Mère Vierge. 11 n'y eut point de ténèbres pour notre divine Reine; car lorsque parfois le saint couple cheminait une partie de la nuit, les anges répandaient unesi grande lumière, que quand même toutes les étoiles eussent été des soleils, elles n'auraient pas fait un plus beau jour par le temps le plus serein. A ces heures de la nuit, saint Joseph profitait du prodige et jouissait aussi de la vue des anges; et alors il se formait un chœur céleste, où notre auguste Souveraine et son époux répondaient aux esprits bienheureux par des cantiques et des hymnes admirables de louange, de sorte que les champs se changeaient en de nouveaux cieux. La Reine de l'uni-

(1) Ps. xc, 12. — (2) Ibid., xxill, 10. — (3) Cant., m, 10. — (4) Levit.,xxin, 10. — (5)Prov., xxxi, 14. — (6) Joan., xii,24.

vers jouit pondant tout le voyage de la vue et de la splendeur de ses ministres et de ses sujets, ainsi que de leurs très-doux entretiens.

459. Le Seigneur mêlait à ces faveurs et à ces privile'ges ineffables quelques embarras, quelques souffrances que le voyage occasionnait à sa divine Mère. En effet, la rencontre de tant de gens qui remplissaient les hôtelleries et qui couvraient la route pour obéir à l'édit de l'empereur, gênait sensiblement l'extrême modestie de la très-pure Mère et Vierge, et affligeait son époux : pauvres et timides, ils étaient moins bien reçus que les autres, et exposés à plus d'incommodités que les plus riches; car le monde, qui ne consulte que les apparences, partage d'ordinaire ses faveurs injustement et avec acception de personne. C'est pourquoi nos saints voyageurs entendaient maints propos désagréables dans les hôtelleries où ils arrivaient fatigués; quelquefois on les congédiait comme des gens inutiles et méprisables, ou bien on reléguait la Maîtresse du ciel et de la terre en un recoin du vestibule; souvent elle ne l'obtenait même pas, et alors elle et son époux se retiraient dans des réduits encore plus abjects et plus dédaignés par le monde; mais quelque misérable que fût le lieu, la troupe des courtisans célestes s'y trouvait avec leur souverain Roi et leur auguste Reine ; elle eu était aussitôt environnée comme d'un mur impénétrable : de sorte que la couche du véritable Salomon était assurée et défendue contre les craintes et les surprises de la nuit (i). Le très-fidèle époux Josepli , voyant la Maîtresse de l'univers si bien gardée, se reposait et s'endormait en paix à la prière de notre charilableSouvcrainc, qui tenait beaucoup à ce qu'il se remit un peu de la fatigue du ciiemin.

(l)Cant., m, 7.

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Pendant ce temps-là elle se livrait de son côté à des entretiens célestes avec les dix mille anges qui l'assistaient. 460. Quoique Salomon ait annoncé dans les Cantiques de grands mystères de la Reine du ciel sous diverses métaphores et similitudes, il a parlé plus expressément au chapitre m de ce qui arriva à la divine Mère pendant la grossesse de son très-saint Fils, et dans le voyage qu'elle fit pour ses couches sacrées; car ce fut alors que s'accomplit à la lettre tout ce qui est dit du lit de Salomon, de son char, du dossier de fia or, de la garde qu'il y mit des plus forts et des plus courageux d'Israël, qui jouissent de la vision divine, et tout le reste que contient cette prophétie. Ce que j'ai dit, afin d'en marquer le sens, doit suffire pour tourner toute mon admiration vers le mystère de la sagesse infinie que renferment ces œuvres si dignes de la vénération de la créature. Qui donc d'entre les mortels sera si endurci qu'il ne s'attendrisse? ou si superbe qu'il ne rougisse de confusion? ou si préoccupé qu'il ne s'émerveille à la vue d'un prodige où se rencontrent les extrêmes les plus éloignés? Un Dieu infini et véritablement caché dans le sein virginal d'une jeune fille remplie de beauté et de grâce, innocente, pure, agréable et douce, aimable aux yeux de Dieu et des hommes au delà de tout ce que ce même Seigneur a créé et créera jamais! Cette auguste Souveraine, avec le trésor de la Divinité, méprisée, affligée et repoussée par l'ignorance aveugle et le maudit orgueil des mondains! Et pourtant lors même qu'elle est retirée dans les lieux les plus abjects, aimée et estimée de la très-sainte Trinité, favorisée de ses caresses, servie, révérée, défendue et protégée par les anges qui forment sa vigilante garde! 0 enfants des hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur appesanti (1)? Combien

(1) Ps. IV, 3.

fausses sont vos balances et trompeurs vos jugements (i) ! comme dit David. Vous estimez les riches, vous méprisez les pauvres, vous élevez les superbes, vous abattez les humbles, vous rebutez les Justes et vous applaudissez à ceux qui sont pleins de vanité (2). Votre discernement est aveugle et votre raison pervertie, de sorte que vous vous trouvez déçus dans vos propres désirs. Ambitieux, qui cherchiez les richesses, et avez été réduits à la plus grande pauvreté, parce que vous n'avez embrassé que de la fumée, si vous eussiez reçu l'Arche véritable de Dieu, vous eussiez obtenu mille bénédictions de sa main libérale, comme Obédédom (3); mais parce que vous l'avez méprisée, un grand nombre d'entre vous a éprouvé le même sort qu'Oza (4) ; vous avez été châtiés.

461. Dans toutes ces rencontres notre Dame connaissait et observait la diversité des âmes de tous ceux qui allaient et venaient; elle pénétrait leurs pensées les plus secrètes, l'état de grâce ou de péché de chacune, et le degré que chacune occupait entre ces extrémités différentes; elle savait aussi, à l'égard de plusieurs âmes, si elles étaient prédestinées ou réprouvées; si elles persévéreraient, tomberaient ou se relèveraient; et toute celte diversité lui donnait occasion d'exercer des actes héroïques de vertu envers les uns et envers les autres; car elle obtenait pour plusieurs la persévérance; aux uns elle procurait un secours efficace pour s'élever du péché à la grâce; elle pleurait et invoquait le Seigneur par des affections intimes pour les autres, et quoiqu'elle ne priât point avec autant d'efficace pour les réprouvés, elle ressentait une très-vive douleur de leur perte finale. Maintes fois, incomparablement plus accablée de l'excès de ses peines que de la fatigue de la route, elle

(1) Ps. LXI, 10. - (2) Jacob., Il, 2. — (3) II Reg., vi, H. — (4) Ibid., 1.

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éprouvait une certaine défaillance corporelle; et alors les saints anges, remplis d'une éclatante lumière et d'une beauté céleste, l'appuyaient sur leurs bras, aûn qu'elle y prît un peu de repos et de soulagement. Elle consolait sur la route les malades, les affligés et les nécessiteux, mais seulement par ses prières, et en demandant à son très-saint Fils de remédier à leurs maux et de pourvoir à leurs besoins : car dans ce voyage elle se tenait en silence à l'écart, le plus loin possible de la foule, ne songeant qu'à sa divine grossesse, qui devenait de plus en plus apparente. Voilà comment la Mère de miséricorde répondait au mauvais accueil que lui faisaient les mortels.

462. Il arriva quelquefois, pour une plus grande honte de l'ingratitude humaine que, se présentant aux hôtelleries, dans une saison si rigoureuse, tout transis de froid, à cause des neiges et des pluies (car le Seigneur voulut qu'ils souffrissent aussi cette incommodité), ils furent obligés de se retirer jusque dans les sales endroits où se trouvaient les animaux, parce que les hommes ne leur donnaient pas de meilleur gîte; et alors les bêtes suppléaient à leur inhumanité en se reculant par respect pour leur Créateur et pour sa Mère, qui le portait dans son sein virginal. La Maîtresse des créatures eût bien pu commander aux vents, à la gelée et à la neige de ne les point incommoder, mais elle s'en abstenait, pour imiter son trèssaint Fils dans les souffrances avant même qu'il sortît de son très-chaste sein; elle eut donc à subir assez souvent les intempéries de la saison durant sa marche. Le fldèle et soigneux époux Joseph ne négligeait pourtant rien pour l'en mettre à l'abri, et il était plus que secondé par les anges, et surtout par le prince saint Michel, qui se tint toujours au côté droit de sa Reine, sans l'abandonner un seul moment pendant tout ce voyage. Maintes fois il la

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servait et la soutenait quand elle se trouvait fatiguée; et quand telle était la volonté du Seigneur, il la préservait de la rigueur du temps et recourait à mille moyens pour le service de notre divine Souveraine et de Jésus , le fruit béni de ses entrailles.

463. Parmi la diversité de ces miracles successifs, nos voyageurs la très -pure Marie et Joseph arrivèrent à la ville de Bethléem le cinquième jour de leur voyage, qui était un samedi, sur les quatre heures du soir, moment auquel, dans le solstice d'hiver, le soleil commence à baisser et la nuit approche. Ils entrèrent dans la ville pour y chercher un gîte; et ayant parcouru plusieurs rues et demandé l'hospitalité non-seulement dans les hôtelleries, mais dans les maisons de leurs amis et de leurs proches parents, ils ne furent reçus nulle part, et dans beaucoup d'endroils ils furent congédiés d'une manière incivile et méprisante. Notre auguste Reine suivait son époux, qui allait de maison en maison et de porte en porte, à travers la cohue formée par tant de personnes. Elle savait bien que les maisons et les cœurs des hommes leur seraient fermés; néanmoins elle voulut, pour obéir à saint Joseph, souffrir ce chagrin et la confusion que lui inspirait son extrême pudeur; car il lui était bien plus pénible, à cause de sa retenue, de son état et de son âge, de circuler au milieu de celte multitude que de ne pas trouver de logement. Or, continuant d'aller par la ville, ils rencontrèrent la maison où l'on tenait le registre commun; et, pour n'être pas obligés d'y retourner, ils se firent inscrire et payèrent le tribut royal. Débarrassés de cette affaire, ils recommencèrent leurs recherches bt se présentèrent à d'autres auberges. Ils demandèrent l'hospitalité en plus do cinquante maisons, où ils essuyèrent un dur refus, tandis que les esprits bienheureux admiraient les très-hauts mys-

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fères du Seigneur, la patience et la mansuétude de sa Mère Vierge, et l'insensibilité des hommes. Dans ces sentiments ils bénissaient le Tout-Puissant en ses œuvres et en ses mystérieux desseins, comprenant qu'il voulait ce jourlà élever à la plus haute gloire l'humilité et la pauvreté, que les mortels méprisent.

464. Il était environ neuf heures du soir lorsque le très-fidèle Joseph, le cœur plein d'une amère douleur, se tourna vers sa très-prudente épouse et lui dit : « Ma trèsa douce Dame , je succombe en ce moment à la douleur, « en voyant que je ne puis non-seulement vous loger « selon A os mérites et comme mon affection me le faisait « désirer, mais au moins vous procurer l'abri et le repos « qu'on ne refuse jamais, ou que bien rarement, aux plus « pauvres et aux plus méprisables. Il y a sans doute ici « quelque mystère , pour que le Ciel ait permis que les « cœurs des hommes n'aient point été portés à nous rece- « voir dans leurs maisons. Je me souviens, chère épouse, c( d'avoir vu hors des murs de la ville une grotte où les tt pasteurs vont ordinairement se retirer avec leurs trou- « peaux. Allons- y, car si par hasard cet endroit n'est pas « occupé, le Ciel vous y ménagera l'asile que la terre « nous refuse. » La très - prudente Vierge lui répondit: « Mon époux et mon maître, que votre cœur si sensible « ne s'afllige pas de ce que les ardents désirs produits par « l'affection que vous avez pour le Seigneur ne s'accom- « plissent point. Et puisque j'ai le bonheur de le porter « dans mon sein, je vous supplie pour lui-môme de lui « rendre avec moi des actions de grâces de ce qu'il lui a « plu disposer la chose de la sorte. Le lieu dont vous me « parlez sera fort conforme à mes souhaits. Changez vos « larmes en joie par l'amour et dans la possession de la « pauvreté, qui est le trésor inestimable de mon très-saint

« Fils (1). Il vienl du ciel pour le chercher (2); ainsi il a faut que nous le lui préparions avec une âme joyeuse; a pour moi, c'est là toute ma consolation : ne me l'en- 0 viez donc pas en ce moment. Allons avec plaisir où le « Seigneur nous conduit. » Ensuite les saints anges menèrent les divins époux vers ces lieux , en leur servant de brillants flambeaux; et étant arrivés à la grotte, ils la trouvèrent inoccupée. Et, remplis d'une joie céleste, ils bénirent le Seigneur de ce nouveau bienfait, et il arriva ce que je raconterai au chapitre suivant.

Instruction que me donna la Reine de l'univers.

465. Ma très- chère fille», si vous avez un cœur tendre et docile envers le Seigneur, les divins mystères que vous avez connus et écrits auront le pouvoir d'exciter en vous de douces et amoureuses affections pour l'auteur de tant de merveilles , en la présence duquel je veux que dès aujourd'hui vous attachiez un nouveau prix à vous voir rebutée et méprisée du monde. Ah ! dites-moi, ma bienaimée , si, en échange de cet oubli et de ce mépris acceptés avec joie , Dieu, jetant sur vous ses regards favorables, vous accorde la force de son très- doux amour, pourquoi n'achèteriez-vouspasàsibon marché ce qu'on no doit pas estimer moins que d'un prix inlini? Que recevrez-vous des hommes, quand ils vous applaudiront le plus? Et que perdrez-vous, si vous méprisez leur approbation? Ne voyezvous pas que tout n'est que mensonge et que vanité (3)? Celte estime n'cst-elle pas une ombre fugitive qui s'éva-

(1) Marc.x, 21. —(2)11 Cor., vni, 9. — (3) Ps. iv, 3.

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nouit à l'inslant enlre les mains de ceux qui prclendenl la saisir (1)? Or, quand elle ne s'évanouirait pas entre les vôtres , que ne devriez-vous pas faire pour vous en détacher? Considérez combien il vous sera plus facile de la refuser pour acquérir l'amour de Dieu , le mien et celui de ses anges. Renoncez, ma fille, généreusement à tout. Et si le monde ne vous méprise pas autant que vous le devez désirer, méprisez-le vous-même, et tâchez de rester indépendante, dégagée et seule, afin que le souverairr bien vous accompagne, que vous receviez avec plénitude les très- heureux eiîets de son amour, et que vous y correspondiez avec liberté (2).

466. Mon très -saint Fils est un si fidèle amant des ùmes, qu'il m'a établie Maîtresse et exemplaire vivant, pour leur apprendre l'amour de l'humilité et le mépris efficace de la vanité et de l'orgiieil. Ce fut aussi par son ordre que sa divine Majesté et moi , sa très-humble servante et sa Mère , ne trouvâmes aucune retraite parmi les hommes, afin que les âmes, touchées de cet abandon, consacrent au Seigneur toutes leurs affections, et le forcent par leur générosité à venir résider en elles. 11 chercha de môme la solitude et la pauvreté , non qu'il eût besoin de ces moyens pour pratiquer les vertus au degré le plus parfait, mais afin d'enseigner aux mortels que c'était le chemin le plus court et le plus sûr pour ai'river aux sublimes hauteurs de l'amour divin et de l'union avec Dieu.

467. Vous savez bien, ma chère fille, que vous êtes continuellement instruite par la lumière céleste, afin qu'ayant oublié tout ce qui est terrestre , vous vous ceigniez de force (3) et vous animiez à m'imiter, en expri-

(1) Sap., v, 9. - (2) II Petr., i , 4. - (3) Prov., xxxi , 17. T. ni. S

niant en vous-même, autant qu'il vous sera possible, les actes et les vertus de ma vie que je vous manifeste. C'est le premier but de la science que je vous enseigne et que je vous dicte, afin que vous trouviez en moi cette règle, et que vous vous en serviez pour diriger votre vie et vos œuvres, en la manière que j'imitais celles de mon très. doux Fils. Vous devez modérer la crainte que ce commandement vous a causée en le croyant au-dessus de vos Xorces, et vous encourager eii vous rappelant ce que mon très - saint Fils dit par la bouche de l'évangéliste saint Matthieu (1) : Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. Cette volonté du Très-Haut, que lui-même propose à sa sainte Église, il n'est pas impossible à ses enfants de la remplir; et si, de leur côté, ils sont bien disposés, cette grâce , pour acquérir la ressemblance du Père céleste , ne sera refusée à personne , parce que mon très-saint Fils l'a méritée pour tous ïâs hommes. Mais leur coupable oubli et le peu de cas qu'ils l'ont de leur rédemption empêchent qu'ils n'en obtiennent efllcacement le fruit.

408. J'exige spécialement de vous cette perfection, ma fille, et je vous y convie par les prescriptions de la douce loi de l'amour, à laquelle mes instructions aboutissent. Considérez, avec le secours de la divine lumière, quelles obhgations je vous impose, et tâchez de vous en acquitter avec la prudence d'une fille fidèle et diligente , sans vous laisser arrêter par aucune difficulté ou affliction, et sans omettre un seul acte de vertu ou de perfection , pour pénible qu'il soit. Vous ne devez pas vous contenter non plus de vous procurer à vous seule l'amitié du Seigneur et le salut éternel ; niais si vous voulez être parfaite à mon imitation et accomplir ce qu'enseigne l'Évangile, vous

(l).Matlh., V, 48.

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devez travailler au salut des autres âmes et à l'exaltation du saint nom de mon Fils, et servir d'instrument à sa puissante main pour les choses fortes qui seront de son bon plaisir et à sa plus grande gloire.

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