PART. II, LIV. IV, CHAP. X
de lumière comme un soleil brillant de tout son éclat. Une majesté merveilleuse était répandue sur toute sa physionomie, et son cœur était enflammé d'un fervent amour de Dieu. Elle se tenait à genoux dans la crèche, les yeux élevés au ciel, les mains jointes contre la poitrine, l'esprit perdu dans la divinité qui la transformait. C'est dans cet état, en sortant de ce divin ravissement, que notre très-auguste Souveraine donna au monde le Fils unique du Père et le sien (1), notre Sauveur Jésus, Dieu et homme véritable, à l'heure de minuit, un jour de dimanche, et en l'année de la création du monde que l'Église romaine enseigne être cinq mille cent quatre-vingt-dix-neuf, et il m'a été déclaré que cette supputation est certaine et exacte.
477. Tous les fidèles présupposent plusieurs autres circonstances miraculeuses de ce divin accouchement; toutefois, comme elles n'eurent point d'autres témoins que la Reine du ciel elle-même et ses courtisans, on ne peut les savoir toutes en détail, excepté celles que le Seigneur a manifestées de diverses manières à sa sainte Église en général, ou en particulier à quelques âmes. Or comme il y a, je crois, des opinions contraires sur ce sujet, qui est très-relevé et de tout point vénérable, ayant déclaré aux supérieurs qui me dirigent ce que j'ai été chargée d'écrire sur ces mystères, ils m'ordonnèrent de les approfondir de nouveau à la clarté de la lumière céleste, et de demandera la Souveraine du ciel, ma Mère et ma Maîtresse, et aux saints anges qui m'assistent et résolvent les difOcultés que je rencontre, quelques particularités dont l'indication était nécessaire pour compléter le récit des couches sacrées de Marie, Mère de Jésus notre Rédemp-
(1) Luc, n,7.
leur. C'est après avoir obéi à cet ordre, que je reçus les mêmes communications, et que j'appris que les choses se passèrent comme il suit.
478. A peine la Mère toujours vierge fut-elle sortie de la vision béatifique dont je viens de parler, que le Soleil de justice, le Fils du Père éternel et le sien, naquit d'elle, radieux de beauté et de pureté, la laissant dans son intégrité virginale toujours plus consacrée etplus divinisée; car il ne fit que traverser sans aucune altération matérielle les parois du tabernacle immaculé, de même que les rayons du soleil pénètrent une glace de cristal sans l'ébrécher et la rendent plus belle et plus éclatante. Mais avant d'expliquer la manière miraculeuse dont cela eut lieu, je dis quel'Enfant-Dieu naquit sans cette membrane, appelée secondine, qui embarrasse les autres enfants à leur naissance et les enveloppe dans le sein de leur mère. Je ne m'arrête point à expliquer comment a pu se répandre l'erreur de l'opinion contraire. H suffît de savoir et de présupposer qu'en la génération du Verbe fait homme et en sa naissance, le bras puissant du Très-Haut prit et choisit de la nature tout ce qui appartenait à la réalité et à la substance de la génération humaine, aQn qu'on pût véritablement dire que le Verbe éternel a été réellement conçu et engendré de la substance, qu'il est né vrai fils de sa mère toujours vierge. Quant aux autres conditions, qui sont simplement accidentelles et non point essentielles à la génération et à la naissance, on doit en écarter de Notre-Seigneur Jésus- (^hrist et de sa très-sainfe Mère non -seulement celles qui proviennent du péché originel ou actuel, ou qui s'y rattachent; mais encore beaucoup d'autres qui ne dérogent point à la substance de la génération ou de la naissance, et qui renferment dans les termes de la nature soit quelque chose d'impur, soit quelque chose de superflu, qui n'é-