‹ La cité mystique de DieuChapitre 62 sur 122 · J'ART. II, LIV. IV, CHAP. XIII · texte numérisé non relu

J'ART. II, LIV. IV, CHAP. XIII

cristal ou de verre pour y mettre les sacrées reliques de la circoncision de l'Enfant-Dieu, qu'elle voulait porter sur elle. Cependant la prévoyante Mère prépara des linges pour recevoir le sang qui allait commencer à couler pour le prix de notre rachat, de peur qu'il n'en tombât une seule goutte à terre. Après ces préparatifs, notre bienheureuse Souveraine chargea saint Joseph d'avertir le prêtre et de le prier de venir dans la grotte, afin que l'Enfant n'en sortant point, il pratiquât lui-même la circoncision, comme ministre le plus légitime et le plus digne d'un si grand et si profond mystère.

522. Ensuite l'auguste Marie et saint Joseph délibérèrent sur le nom qu'il faudrait donner à l'Enfant-Dieu dans la circoncision ; sur quoi le saint époux dit : « Chère « Dame, quand l'ange du Très-Haut m'a révélé le grand « mystère de l'incarnation, il m'a ordonné en même <( temps d'appeler votre divin Fils Jésus, b La Vierge Mère répondit : « Il m'a désigné le même nom lorsque le Verbe « a pris chair dans mon sein ; or , sachant le nom que le « Très-Haut veut lui donner par la bouche des anges ses « ministres, il est juste que nous révérions avec un humble « respect les jugements impénétrables de sa sagesse in- « finie à l'égard de ce saint nom, et que mon Fils et mon « Seigneur soit appelé Jésus : c'est ce que nous déclareu rons au prêtre pour qu'il inscrive ce nom sacré sur le « registi-e des autres enfants circoncis. »

523 . Pendant que la grande Reine du ciel et saint Joseph s'entretenaient sur ce sujet, des troupes innombrables d'anges descendirent de l'empyrée sous une forme humaine, avec des vêtements d'une blancheur éclatante, rehaussée par des ornements incarnats d'une richesse merveilleuse. Ils portaient des palmes en leurs mains et des couronnes si brillantes sur leurs têtes, que chacune en-

voyait plus de lumière que plusieurs soleils ensemble; et, en comparaison de la beauté de ces saints princes, tout ce qu'il y a de beau dans la nature visible ne paraît que laideur. Mais ce qui frappait davantage dans leur aspect, c'était une devise Jqui semblait gravée sous un cristal sur leur poitrine, et où le très-doux nom de Jésus était marqué. La splendeur qui en rejaillissjiit surpassait celle de tous les anges réunis, de sorte que la variété que présentait leur multitude était si rare et si ravissante, qu'il n'est possible ni de l'exprimer par des paroles ni de la concevoir par l'imagination. Ces saints anges, étant entrés dans la grotte, se partagèrent en deux chœurs, regardant tous avec admiration leur Roi et leur Seigneur entre les chastes bras de la bienheureuse Mère. Les deux grands princes saint Michel et saint Gabriel étaient comme les chefs de cette milice céleste; ils avaient aussi un plus grand éclat que les autres anges : et outre cet avantage ils portaient en leurs mains le très-saint nom de Jésus, écrit en plus gros caractères sur des espèces de médaillons d'une beauté et d'une richesse extraordinaires.

524. Les deux princes célestes se présentèrent à part à leur Reine et lui dirent : « Illustre Dame, voici le nom « de votre Fils, qui est écrit de toute éternité dans l'en- « tendement de Dieu : la très-sainte Trinité l'a donné à « votre Fils unique, notre Seigneur, avec puissance de « sauver le genre humain (1); elle l'assied sur le trône de « David; il y régnera (2), il châtiera ses ennemis, il en « triomphera (3) et les humiliera jusqu'à s'en servir de « marchepied (4); et, jugeant avec équité, il élèvera ses « amis et les placera dans sa gloire à sa droite (5) . Mais « tout cela doit arriver au prix de ses peines et de son

(l)Matlh.,i,21. — (2) Isa., ix, 7. — (3) Coloss., ri. 15; P«. uv, 19. — (♦) Ps. cix, 9. — (5) Matlli., xxv, 33.

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« sang, qu'il doit maintenant verser en prenant ce nom, « parce que c'est un nom de Sauveur et de Rédempteur; « et ce seront les prémices de ce qu'il doit souffrir pour « obéir au Père éternel. Nous tous, ministres et esprits du « Très-Haut, qui nous présentons ici, avons été envoyés « par la très-sainte Trinité pour servir le Fils unique du « Père et le vôtre, assister à tous les mystères et sacre- « ments de la loi de grâce, et l'accompagner comme ser- « viteurs jusqu'à ce qu'il monte triomphant à la Jérusalem « céleste et qu'il en ouvre les portes au genre humain; « après quoi nous en jouirons avec une gloire accidentelle « qui nous sera particulière, et au-dessus des autres bien- « heureux qui n'auront pas reçu cette mission privilégiée . » Le bienheureux époux saint Joseph vit et entendit tout cela ainsi que la Reine du ciel, mais l'intelligence n'en fut pas égale; car la Mère de la Sagesse y pénétra de plus hauts mystères de la rédemption. Quoique saint Joseph en découvrît plusieurs de son côté, ce fut d'une manière inférieure à celle de son auguste épouse; ils furent néanmoins tous deux remplis de joie et d'admiration, glorifiant le Seigneur par de nouveaux cantiques. Mais il se'passa entre eux tant de choses merveilleuses, qu'il n'est pas possible de trouver des termes assez expressifs pour les décrire.

Instruction que me donna l'auguste Marie.

325. Ma (ille, je veux renouveler en vous la doctrine et la lumière que vous avez reçues, pour traiter votre Seigneur et votre Époux avec une extrême vénération ; car l'humilité et la crainte révérenlielle doivent croître dans

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les âmes à mesure qu'elles obtiennent des faveurs plus particulières et plus extraordinaires. C'est manque de celte science que beaucoup d'âmes se rendent indignes ou incapables des grands bienfaits , ou se laissent aller , après les avoir reçues, aune familiarité aussi grossière que dangereuse, par laquelle elles offensent grièvement le Seigneur. En elTet, il arrive trop souvent que la douceur amoureuse avec laquelle parfois sa divine bonté les caresse, leur inspire une certaine hardiesse ou légèreté présomptueuse qui leur fait traiter la Majesté infinie sans le respect qu'elle mérite, et rechercher avec une vaine curiosité, par des voies surnaturelles, ce qui est au-dessus de leur intelligence et qu'il ne leur est pas convenable do savoir. Cette témérité vient de ce qu'elles comparent par une ignorance terrestre le commerce familier avec le Très- Haut à celui qu'une créature humaine peut avoir avec une autre qui lui est égale , comme si les choses devaient se passer sans aucune différence.

o26. Mais on se trompe fort dans ce jugement, par lequel on mesure le respect dû à la Majesté infinie avec les rapports defamiliarité et d'égalité que l'affection humaine établit entre les mortels. Chez les créatures raisonnables la nature est égale, malgré la diversité des conditions et des accidents; les sentiments d'une affection intime peuvent faire oublier la différence qui les rend inégales, et régler par les mouvements humains ces relations d'amitié. Mais l'amour divin ne doit jamais oublier l'excellence inestimable de l'objet infini ; or, s'il s'adresse à la bonté immense, et si par cet endroit il n'a point de limites, le respect s'adresse également à la majesté de l'Être divin. De même que la bonté et la majesté sont inséparables en Dieu, de même le respect ne doit pas être séparé de l'amour chez la créature; la lumière de la fui divine, qui

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