‹ La cité mystique de DieuChapitre 78 sur 122 · PAHT. II, LIV. IV, CHAP. XX · texte numérisé non relu

PAHT. II, LIV. IV, CHAP. XX

Père éternel, qui était celle de son très-saint Fils en tant • que Dieu, et animait également l'humanité du même Seigneur, dont elle voyait que l'âme et les opérations étaient absolument conformes à la volonté du Père. Notre auguste Souveraine, ainsi éclairée, passa en des entretiens tout divins la nuit qui suivit son arrivée à Jérusalem, et précéda la présentation. S'adressant au Père éfcrnel, elle lui disait : « Seigneur Dieu Tout-Puissant, Père de mon « Seigneur, le jour approche auquel je dois vous offrir « dans votre temple l'hostie vivante, qui est le trésor de « votre Divinité; cet heureux jour sera solennel pour le « ciel et pour la terre. Cette offrande est magnifique , « Seigneur, et elle suffit pour vous faire dispenser large- « ment vos miséricordes au genre humain , pardonner « aux pécheurs, consoler les affligés, secourir les néces- « siteux, enrichir les pauvres, proléger les misérables, « éclairer les aveugles et ramener ceux qui se sont écartés « du bon chemin. C'est ce que je ^ous demande, Sei- « gneur, en vous offrant votre Fils unique, qui est « aussi le mien par un effet de votre bonté infinie. Et si « vous me l'avez donné Dieu, je vous le présente Dieu et « homme tout ensemble; son prix est infini et au-dessus « de ce que je demande. Je retourne riche à votre « Temple, d'où je suis sortie pauvre; et mon âme 'i vous glorifiera éternellement de ce que votre divine « main s'est montrée si libérale et si puissante à mon « égard. »

o98. Le jour étant arrivé auquel le Soleil de justice devait paraître au monde dans les bras de la très -pure aurore, l'auguste Souveraine prépara les tourterelles et deux cierges, accommoda l'Enfant Jésus dans ses langes, et sortit avec son saint époux Joseph de la maison où ils avaient été reçus pour se rendre au Temple. La

procession commença, et les anges qui étaient venus de Bethléem s'y trouvèrent sous une forme humaine, et tout resplendissants de lumière, comme je l'ai dit. Mais cette fois ils ajoutèrent plusieurs beaux cantiques, qu'ils chantaient avec une ineffable harmonie à la louange de l' Enfant-Dieu, et que seule l'auguste Marie entendit. Et outre les dix mile anges qui avaient pris cette forme, il descendit du ciel un grand nombre d'autres purs esprits qui, se joignant à ceux qui portaient la devise du saint nom de Jésus, accompagnèrent le Verbe incarné à cette présentation. Ceux-ci n'avaient aucune forme corporelle, ils allaient tels qu'ils sont, il n'y avait que la très-sainte Vierge qui pût les voir. La bienheureuse Mère ressentit en arrivant à la porte (^ Temple de nouveaux et sublimes effets intérieurs de la dévotion la plus vive; et continuant de s'avancer jusqu'au lieu où les autres femmes s'arrêtaient, elle se mit à genoux et adora le Seigneur en esprit et en vérité (1) dans son saint Temple; puis elle s'ofirit ;\ la Majesté suprême, avec son Fils dans ses bras. Aussitôt la très-sainte Trinité se manifesta à elle par une vision intellectuelle, et il en sortit une voix du Père qui disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé eii qui je me plais uniquement (2); cette voix ne fut entendue que de l'auguste Marie. Le plus fortuné des hommes, saint Joseph, sentit en même temps une nouvelle et douce impulsion du Saint-Esprit, qui le remplit de joie et de lumière divine. 51(0. Le grand prêtre Siméon, nul également du Saint- Esprit, comme il a été dit au chapitre précédent, entra dans le temple (3) ; et s'approciianl du lieu où se trouvait notre Reine avec son Enfant Jésus entre les bras, il les vit tout rayonnants de gloire; mais cette splendeur ne lui parut

(1) Joan.,iv,23. — (2)Mallh., xvii,5. —(3) Luc, n, 27.

PART. Il , LIV, IV , CHAP. XX. 375

pas égale, car l'éclat du Fils se distinguait de celui de la Mère. Ce prêtre était rempli d'années et vénérable sous tous les rapports. La prophétesse Anne l'était aussi; elle vint dans le saint lieu à la même heure, comme le raconte l'Évangile (1), et vit l'Enfant et la Mère dans un éclat merveilleux. Pénétrés d'une consolation divine, ils abordèrent la Reine du ciel, qui remit l'Enfant Jésus au grand prêtre. Or celuici, levant les yeux au ciel, l'offrit au Père éternel en disant ce cantique plein de mystères : Maintenant, Seigneur, vous permettrez à votre serviteur de mourir en paix, selon votre parole , puisque j'ai vu de mes yeux le Sauveur que vous nous donnez, et que vous avez destiné pour être découvert à toutes les nations et pour être la lumière qui doit éclairer les Gentils, et la gloire de votre peuple d'israèl (2). C'était comme s'il eût dit : Maintenant, Seigneur, vous me laisserez m'en aller libre et en paix, délivré des chaînes de ce corps mortel, où me retenaient l'attente de votre promesse et le désir de voir votre Fils unique fait homme. Je jouirai à présent d'une paix assurée et véritable, puisque J'ai vu mon Sauveur, votre Fils unique incarné, uni à notre nature pour lui donner le salut éternel, décrété avant tous les siècles dans le secret de votre divine sagesse et de votre miséricorde infinie. Vous l'avez. Seigneur, découvert à tous les mortels en le faisant venir au monde, afin que tous puissent, s'ils le veulent, jouir de lui et recevoir le salut et la lumière qui éclaire tout homme venant dans ce monde (3) : car il est le Soleil qui doit éclairer les Gentils et la gloire de votre peuple d'Israël (4). 600. L'auguste Marie et Joseph entendirent ce cantique de Siméon, et admirèrent la sublimité de l'esprit qui le faisait parler. L'évangéliste les appelle parents de l'Enfant-

(1) Luc, II, 38. — (2) Ibid., 29, etc. - (3) Joan., i, 9. — (4) Luc, II, 32.

Dieu , selon l'opinion du peuple (1), parce que la chose se passa en public. Siméon continua son discours, et, s'adressant avec attention à la très-sainte Mère , il lui dit : Sachez, ô femme, que cet Enfant est établi pour la ruine et pour le salut de plusieurs en Israël; il sera un signe de contradiction; votre àme , qui lui appartient, sera transpercée d'un glaive de douleur, afin que les pensées du cœur de plusieurs soient découvertes (2). Ainsi termina Siméon, et comme prêtre il bénit les heureux parents de l'Enfant. La prophéfesse Anne reconnut à son tour le Verbe incarné (3), et, illuminée de l'Esprit divin , elle dit plusieurs choses de ses mystères à ceux qui attendaient la rédemption d'Israël. De sorte que la venue du Messie, qui devait racheter son peuple, fut publiquement attestée par les deux saints vieillards.

601. Au moment où le prêtre Siméon prononçait les paroles prophétiques de la passion et de la mort du Seigneur, marquées par ces termes de glaive et de signe de contradiction , l'Enfant Jésus baissa lui-même la tête. Par cette action et par plusieurs actes d'obéissance intérieure , il accepta la prophétie du prêtre comme une sentence du Père éternel énoncée par son ministre. La tendre Mère comprit tout cela; et, par l'intelligence de mystères si douloureux, elle commença d'éprouver la vérité de la prophétie de Siméon , en ayant dès lors le cœur percé du glaive qui la menaçait pour le temps à venir. Car tous les mystères que la prophétie renfermait lui furent intérieurement découverts et montrés comme dans un très-clair miroir. Elle vit que son très-saint Fils serait une pierre de scandale et un sujet de ruine pour les incrédules, et qu'il serait la vie des fidèles (4) : elle connut la chute de la Syna-

(1) Luc, 11, 33. — (2)/6«rf., 34 et Sfi.— (3)/6irf., 38. —(4) Isa., VIII , U i I Pctr., 11,8; Matth., xxi , 43.

PAIIT. II, LIV. IV, CIIAP. XX. 377

gogue et rélablissement de l'Église au sein de la gentilité; le triomphe que son adorable Fils remporterait sur les démons et sur la mort, mais qui lui coûterait bien cher, puisqu'il ne le remporterait que par la mort ignominieuse et douloureuse de la croix (1) ; les contradictions que l'Enfant Jésus essuierait en lui-même et en son Église de la part de l'innombrable multitude des réprouvés (2) ; et enfin l'excellence des prédestinés. Cette auguste Reine comprit toutes ces choses; et, élevée, dans le mélange des sentiments de joie et de douleur qu'éprouvait son âme , aux actes les plus parfaits par la compréhension de ces inénarrables mystères et par la prophétie de Siméon , elle se livra à l'exercice des vertus les plus éminentes, et grava dans son cœur, sans en perdre jamais le souvenir, tout ce que lui apprirent les paroles prophétiques de Siméon et 'out ce que lui montra la lumière divine. Elle regardait son très-saint Fils avec une si vive douleur qui renouvelait continuellement les amertumes de son àme , qu'elle seule comme Mère, et Mère d'un Fils Dieu et homme, ressentit dignement ce qui ne nous touche point à cause de la dureté et de l'ingratitude de nos cœurs. Le saint époux Joseph pénétra aussi plusieurs points des mystères de la rédemption et des souffrances du très-doux Jésus, lorsqu'il entendit ces prophéties. Mais la connaissance que le Seigneur lui en donna ne fut pas aussi étendue ni aussi générale que celle de son auguste épouse ; et cela pour diverses raisons, et parce que le saint n'en devait pas voir l'entière réalisation pendant sa vie.

602. La cérémonie achevée, notre bienheureuse Souveraine baisa la main au prêtre et lui demanda sa bénédiction. Elle fit de même à l'égard de son ancienne

H) Coloss., M, 15. — (2) Joan., iv, 20.

378 LA CITli MYSTIQUE.

maîtresse Anne; car, quoiqu'elle fut Mère de Dieu et que sa dignité surpassât toutes celles qu'aient jamais pu avoir les femmes, les anges et les hommes, elle ne laissait pas de pratiquer les actes d'une profonde humilité. Elle retourna ensuite chez son hôte , et elle marchait avec l'Enfant-Dieu et son époux , accompagnée des quatorze mille anges qui l'assistaient. Elle resta quelques jours à Jérusalem par dévotion , ainsi que je le dirai , et durant son séjour elle eut divers entretiens avec le prêtre touchant les mystères de la rédemption el les prédictions qu'il lui avait faites. Elle employait très -peu de paroles dans ces conférences; mais elles étaient si éloquentes et si pleines de sagesse , que le prêtre en fut ravi d'admiration , et en ressentit dans son âme de nouvelles consolations et les plus doux et plus sublimes effets. Il en arriva autant à la sainte prophétesse Anne. Et ils moururent tous deux dans le Seigneur fort peu de temps après. Le prêtre prit soin de leur faire fournir à ses dépens tout le nécessaire. Pendant le temps que notre Reine passa en cette maison elle allait souvent au Temple, où elle reçut de nouvelles faveurs qui adoucirent quelque peu la douleur que les prophéties du prêtre lui avaient causée. Mais, afin de mieux la consoler, son très-saint Fils lui dit dans cette occasion : « Ma très- « chère Mère et ma Colombe , essuyez vos larmes et di- « latez votre cœur, puisque c'est la volonté do mon Père « que je subisse la mort de la croix. Il veut que vous par- « tagiez mes peines et mes souffrances, et moi je veux les « endurer pour les âmes, qui sont les ouvrages de mes « mains et faites à mon image et à ma ressemblance, afin « de les conduire dans mon royaume et de les faire vivre « éternellement avec moi après avoir triomplié de mes « ennemis (t). C'est ce que vous souhaitez aussi. » La (1) l^phca., n, ie;Gcn., I, 27; Rom., VI, 8 ; Coloss., Il, 15.

Page 1