PART. 11, LIV. IV, CHAP. XXV
écrits, tous les psaumes, toutes les hymnes que l'Église chante et tous les livres qu'elle possède : car on ne saurait douter que Dieu n'ait parlé d'une manière plus sublime et plus admirable par l'organe de son humanité et de sa très-sainte Mère, que par David, Moïse, Marie, Anne et tous les autres prophètes, La bienheureuse Mère était toujours renouvelée dans ces cantiques, et animée de nouvelles all'ections pour la Divinité et de désirs efticaces de s'unir à son Être immuable ; car elle était le phénix qui renaissait dans cet heureux embrasement , et l'aigle qui pouvait regarder (ixemeiit le Soleil de la lumière inelfable; et de si près, que jamais aucune créature n'a pu élever aussi haut son vol. Elle tendait à la tin pour laquelle le Verbe divin avait pris chair dans son sein virginal, et qui était de conduire les créatures raisonnables à son Père éternel. Or, étant la seule entre toutes que n'empêchaient ni l'obstacle du péché, ni ses effets, ni les passions, ni les appétits, la seule qui était au contraire libre de toutes les choses terrestres et de tous les empêchements de la nature, elle volait après son bien-aimé et s'élevait à une haute demeure, sans s'arrêter qu'elle n'eût atteint son centre, qui était la Divinité. Et comme elle avait toujours sous les yeux le Verbe incarné, qui e^t la voie et la lumière (1), comme elle dirigeait tous ses désirs, toutes ses affections vers l'Être immuable du Très-Haut, ils l'entraînaient sans cesse vers lui, et elle arrivait à son but plutôt qu'elle ne courait dans la voie, elle disparaissait d'ellemême pour se perdre dans l'objet de son amour,
C6U, L'Enfant-Dieu dormait quelquefois en présence de sa bienheureuse Mère, alin de réaliser ce qu'il avait dit : Je dors, et mon c(£ur veille (2). Or, comme le très-saint
(1) Joan., XIV, G, etc.; viii, 12. — (:i) Cmil., v, û. T, ni. 13
-t3i LA CITÉ MYSTIQUE.
corps de son Fils était à son égard un très-pur cristal à travers lequel elle pénétrait le secret de son âme déifiée et ses opérations (1), elle se regardait souvent dans ce miroir sans tache; et c'était une consolation singulière pour notre auguste Souveraine de voir la partie supérieure de l'àme très-sainte de son Fils si assidue aux actes les plus héroïques, tout à la fois comme voyageur et comme compréhenseur, tandis qu'en même temps il dormait plongé dans une si grande quiétude et brillant d'une beauté si rare; parce que tout ce qui était humain en cet adorable Seigneur était uni hypostatiquement à la Divinité. Nous ne saurions parler dés douces et ardentes affections qu'éprouvait la Reine du ciel , ni des actes sublimes qu'elle faisait dans ces occasions, sans en ternir en quelque sorte le lustre de notre bouche : ainsi il faut que la foi et le cœur suppléent aux paroles.
661. Quand la divine Mère voyait qu'il était temps de soulager saint Joseph en lui remettant l'Enfant Jésus, elle lui disait : « Mon Fils et mon Seigneur, regardez votre « fidèle serviteur avec un amour de Fils et de Père, et « prenez vos délices en la pureté de son àme si candide et « si agréable ù vos yeux. » Puis, s'adressant au saint, elle lui disait : « Mon époux , prenez dans vos bras le « Seigneur , qui renfei'me dans sa main les cieux et la « terre (2), auxquels il a donné l'être par sa seule bonté « infinie, et adoucissez les fatigues de votre travail par « Celui qui est la gloire de tout ce qui est créé. » Le saint recevait cette faveur avec beaucoup d'humilité et de reconnaissance, non sans demander à son auguste épouse s'il pourrait se permettre de faire quelques caresses a l'Enlanl. Et, rassuré par la prudente Marie, il en faisait; et la
(1) Sap., vu , 2(). — (2) IM., XI,, 12.