‹ La cité mystique de DieuChapitre 95 sur 122 · PART. II, MV. IV, CHAP. XXV · texte numérisé non relu

PART. II, MV. IV, CHAP. XXV

consolation que lui procurait cet adorable Seigneur était /' si grande, qu'il oubliait ses peines, et elles lui paraissaient toutes très-légères et même douces. Chaque fois que nos deux saints époux prenaient leur repas , la bienheureuse Vierge tenait l'Enfant; elle le reprenait des mains de saint Joseph après avoir servi la table, et elle mangeait avec une très -grande propreté; mais la nourriture que son âme très-sainte recevait était bien plus douce et plus abondante que celle de son corps : car, tandis qu'elle avait son Fils bien-aimé entre ses bras comme enfant, et qu'elle le caressait avec la tendresse d'une Mère amoureuse, elle le respectait, l'adorait et l'aimait comme son Dieu éternel. 11 n'est pas possible d'exprimer les soins qu'elle prenait de s'acquitter envers son Créateur de cette double obligation de créature et de Mère; d'un côté elle le reconnaissait pour le Fils du Père éternel, pour le Roi des rois, pour le Seigneur des seigneui*s, et pour le Créateur et le Conservateur de tout l'univers (1); et par un autre endroit elle le considérait comme homme véritable encore dans son enfance, et qu'elle devait servir et nourrir. Par ces deux difl'érents motifs d'amour, elle se sentait tout embrasée, et ne cessait d'admirer, de louer et d'aimer celui qui en était le principe. Quant à toutes les autres choses que nos divins époux faisaient, je puis seulement dire qu'ils excitaient l'admiration des anges, et que par la plénitude de leur sainteté ils comblaient le bon plaisir du Seigneur.

(1) Apoc, XIX, 16.

Instruction que me donna la Reine du ciel.

662. Ma fille, si l'on considère qu'étant en Egypte avec mon très-saint Fils et mon époux, nous étions dans un pays d'une religion étrangère, où nous n'avions ni amis ni parents, et où je me trouvais dépourvue de tout secours humain pour nourrir un Fils que j'aimais si tendrement, on pourra se faire une idée des peines, des tribulations et des incommodités que nous y essuyâmes; car le Seigneur permettait que nous en fussions affligés. Mais on ne saurait concevoir la patience avec laquelle nous les supportâmes; les anges mêmes sont incapables d'apprécier à sa valeur la récompense que j'obtins du Très-Haut pour l'amour et la résignation avec lesquels je les souffris, y conservant plus de calme que si j'eusse été au sein de la prospérité. 11 est vrai que j'étais désolée de voir mon époux dans une si grande nécessité; mais je bénissais le Seigneur de cette désolation même, parce que je m'y soumettais avec joie. Je veux, ma fille, que vous m'imitiez en cette généreuse patience et en cette paisible sérénité, dans toutes les circonstances où vous placera le Seigneur, et que vous y sachiez partager avec prudence ce qui regarde l'intérieur et l'extérieur, donnant à l'un et à l'autre ce qu'il est juste que vous donniez par l'action et par la contemplation , sans que la première empêche la seconde, et réciproquement.

663. Quand le nécessaire manquera à vos inférieures, tâchez de le leur procurer par les moyens convenables; et si vous renoncez à votre propre repos pour vous acquitter de cette obligation, vous n'en perdrez pas la paix, surtout si vous suivez l'avis que je vous ai donné plusieui's

PART. Il, LIV. IV, CHAP. XXVI. 437

fois, c'est-à- dire si vous faites en sorte de ne perdre jamais le Seigneur de vue , quelque occupation que vous ayez. Avec le secours de sa lumière et de sa grâce vous viendrez, sans vous troubler, à bout de tout, si vous êtes vigilante. Car lorsqu'on peut légitimement subvenir aux nécessités par des moyens humains , on ne doit pas attendre de miracles ni rester les bras croisés, dans l'espérance que Dieu pourvoira à tout par des voies surnaturelles, attendu que le Très- Haut ne concourt qu'aux moyens doux, communs et convenables ; or le travail corporel en est un où le corps sert avec l'âme le Seigneur, offre son sacrifice , et acquiert son mérite en la manière qui lui est possible. De sorte que la créature raisonnable peut, en vaquant au travail, louer et adorer Dieu en esprit et en vérité (1). Pour le faire, subordonnez donc toutes vos actions à son bon plaisir, proposez-les-lui, et pesez-les au poids du sanctuaire , en donnant toute votre attention à la divine lumière que le Tout-Puissant vous communique.

Page 1