CHAPITRE XXVI
Où sont racontées les merveilles que l'Enfant Jésus, sa très-sainte Mère et saint Joseph firent à Héliopolis en Egypte.
664. Lorsqu'lsale dit (2) que le Seigneur entrerait dans l'Egypte sur un nuage léger pour y faire éclater les merveilles qu'il y voulait opérer, il est constant, soit que l'on entende sa très-sainte Mère, soit qu'avec d'autres inter-
(l)Joan., iv,23. — (2) Isa., XIX, 1.
438 LA CITÉ MÏSTIOUE.
prêtes l'on entende l'humanité qu'il en avait prise , il est constant, dis-je, qu'il a voulu signifier par cette métaphore qu'il fertiliserait cette terre stérile (c'est-à-dire les cœurs des habitants de ce royaume), par le moyen de ce divin nuage, afin qu'elle produisît à l'avenir de nouveaux fruits de sainteté par la connaissance de Dieu , ainsi qu'il arriva quand ce nuage céleste y fut entré. Car aussitôt la foi du véritable Dieu se propagea dans l'Egypte, l'idolâtrie y fut détruite, et le chemin de la vie éternelle , que le démon avait tenu fermé jusqu'alors, fut ouvert; et cet ennemi de nos âmes l'avait tenu si bien fermé, qu'on eût trouvé à peine dans le pays une personne qui connut la véritable Divinité lorsque le Verbe incarné y entra. Il est vrai que quelques Égyptiens avaient puisé cette connaissance dans leurs rapports avec les Hébreux qui l'habitaient ; mais ils y mêlaient beaucoup d'erreurs et de superstitions, et plusieurs pratiques qui se rattachaient au culte du démon, comme avaient fait autrefois les Babyloniens qui étaient venus demeurer à Samarie (1). Mais après que le Soleil de justice eut éclairé l'Egypte, et que la nue exempte de toute sorte de souillure, l'auguste Marie, l'eut ferlihsée (2), elle fut si remplie de sainteté et de grâce, qu'elle en donna abondamment des fruits durant plusieurs siècles, témoin le grand nombre de saints et d'anachorètes qu'elle a produits ensuite, et qui ont distillé dans ses montagnes le miel délicieux de la sainteté et de la perfection chrétienne (3).
665. Le Seigneur, voulant distribuer ses faveurs qu'il destinait aux Égyptiens, s'arrêta dans la ville d' Héliopolis, ainsi que nous l'avons dit. Elle était fort peuplée et rem- I>lie d'idoles, de temples et d'autels consacrés au démon ,
(1) IV Rcg.,xvn, 24. — (2) Isa., XIX, 1. ~ (3) Joël, ni, 18.
PAKT. Il, LIV. IV, CHAP. XXVI. 430
qui tous croulèrent avec un bruit épouvantable lorsque l'Enfant Jésus y entra: aussi ne saurait-on exprimer la crainte , l'émotion et le trouble dans lesquels ce prodige inouï jeta tous les habitants (1). Us erraient dans les rues comme éperdus de terreur, et la curiosité de voir les étrangers nouvellement arrivés se joignant à cet effroi général, il y eut un grand nombre d'honmies et de femmes qui se présentèrent ù notre grande Kcine et au glorieux saint Joseph. L'auguste Mère, qui savait le mystère et la volonté du Très-Haut, répondit à tous avec beaucoup de prudence, de sagesse et de douceur, pur des paroles qui touchaient profondément les cœurs. Ils admiraient sagrâce incomparable et la sublimité de la doctrine qu'elle leur enseignait; et comme tout en les retirant de leurs erreuis elle guérissait en même temps plusieurs des malades qui se trouvaient parmi ceux qui la visitaient, ils étaient consolés en toutes les manières. Le bruit de ces miracles se répandit de telle sorte, que la prudente et divine étrangère se vit en peu de temps aborder de tant de personnes, qu'elle fut obligée de prier son très-saint Fils de lui indiquer ce qu'il voulait qu'elle fit dans cette rencontre. L'Enfant-Dieu lui répondit de leur apprendre la vérité et la connaissance de la Divinité; de leur enseigner son culte, et les moyens dont elles devaient se servir pour sortir du péché.
666. Notre Souveraine exerça cet office de prédicateur et de docteur des Égyptiens comme organe de son trèssaint Fils, qui donnait cette admirable vertu à ses paroles. Or le fruit que ces âmes en tirèrent fut si grand , qu'il faudrait faire plusieurs livres s'il fallait raconter les merveilles et les conversions qui eurent lieu pendant les sept années qu'ils demeurèrent dans ce pays ; car il fut
(4) Isa., iix, 1, etc.
tout sanctifié et rempli de douces bénédictions (t). Toutes les fois que la bienheureuse Vierge écoutait ou instruisait ceux qui la venaient voir, elle prenait l'Enfant Jésus entre ses bras, comme celui qui était l'auteur de cette grâce et de toutes celles que les pécheurs obtiennent. Elle parlait à chacun selon la portée de son esprit , et se servait des moyens les plus convenables pour que tous reçussent et comprissent la doctrine de la vie éternelle. Elle leur fit connaître la Divinité et leur apprit qu'il n'y avait qu'un Dieu, et qu'il était impossible qu'ily en eût plusieurs. Elle leur enseigna aussi toutes les choses et toutes les vérités relatives ù la Divinité et à la 'création du monde. Ensuite elle leur annonça que Dieu lui-même le devait racheter et réparer, et elle leur expliqua tous les commandements que contient le Décalogue, et qui sont fondés .sur la loi de nature elle-même, leur enseignant de quelle manière ils devaient servir et adorer Dieu, et comment ils devaient attendre la rédemption du genre humain.
667. Elle leur fit comprendre aussi qu'ily avait des démons ennemis du véritable Dieu et des hommes; elle les désabusa des erreurs dans lesquelles les entretenaient leurs idoles avec les faux oracles qu'elles rendaient, et que ces mêmes démons les portaient à consulter, en contribuant secrètement au désordre de leurs passions, pour les plonger ensuite dans des péchés énormes. Et, quoique notre auguste Reine fût si pure et si éloignée de toute sorte d'imperfection, elle ne laissa pas, regardant en cela et la gloire de Dieu et le salut des ùmes , de leur inspirer une juste horreur des crimes abominables dont toute l'Egypte était souillée. Elle leur déclara aussi que le Restaurateur de toutes choses, qui devait vaincre le démon , selon les prédictions des Écritures, était déjà venu, sans leur dire
(1) Ps. XX, i.