PART. II, LIV. IV, CHAP. XXVI
pourtant que ce fût celui qu'elle tenait entre les bras. Puis , afin qu'on reçût plus facilement toute cette doctrine et qu'on embrassât avec plus d'affection la vérité , elle la confirmait par de grands miracles, guérissant toutes sortes de maladies, et délivrant les énergumènes qui venaient de divers endroits. Elle se rendait quelquefois dans les hôpitaux , où elle opérait des merveilles en faveur des malades. De sorte que partout elle consolait les affligés , soulageait les misérables et secourait les pauvres; elle instruisait tout le monde avec un amour maternel, reprenait chacun avec une sévérité mêlée de douceur, et gagnait tous les cœurs par ses bienfaits.
668. En ce qui concerne les malades qui avaient des plaies, noire divine Souveraine se trouva balancée entre la charité , qui l'obligeait à les leur panser de ses propres mains , et un sentiment de retenue qui la portait à ne toucher personne. Mais afin de la tirer de celte peine , son très-saint Fils lui dit de guérir les hommes par ses seules paroles et en les instruisant; tandis qu'elle pourrait loucher les femmes et panser elle-même leurs plaies. C'est ce qu'elle fit dès lors, exerçant tour à tour les offices de mère et d'infirmière près de tous, jusqu'à ce que saint Joseph commença de guérir aussi les malades ; ce qui arriva deux années après , comme je le dirai. L'auguste Marie s'attachait surtout à guérir les femmes, et cela avec une si grande charité , que , malgré son extrême pudeur et sa délicatesse, elle pansait elle-même leurs plaies, quelque ulcérées qu'elles fussent , et y appliquait les linges et les bandages nécessaires ; et elle montrait à toutes ces malades une compassion aussi vive que si elle avait senti leurs maux. 11 arrivait parfois que , pour exercer cette charité, elle demandait à son très-saint Fils la permission de l'ôter de ses bras ; et alors elle le mettait dans son berceau et
s'employaitàsoulager les pauvres, parmi lesquels le même Seigneur des pauvres voyait sous une nouvelle forme l'humble et charitable Souveraine (1). Mais, chose admirable ! jamais , au milieu de ces œuvres et de ces soins , elle ne regardait qui que ce fût au visage. Lors même que la plaie s'y trouvait, notre très-modeste Reine 4a pansait avec une telle retenue , qu'après coup elle n'eût pu reconnaître aucun malade à ses traits , si d'ailleui-s elle ne les eût connus tous par la lumière intérieure.
669. Les chaleurs excessives de l'Egypte et les grands désordres de ce misérable peuple amenaient ordinairement des maladies très-dangereuses dans le pays. La peste ravagea Héliopolis et plusieurs autres endroits pendant le temps que l'Enfant Jésus et sa très-sainte Mère y demeurèrent. Ces calamités et le bruit des merveilles qu'ils opéraient leur attiraient un grand nombre de malades , qui s'en retournaient avec la santé du corps et de l'àme. Mais le Seigneur voulant étendre davantage sa grâce, et que la très-compatissante Mère fût soulagée dans les œuvres de miséricorde qu'elle faisait comme instrument vivant de son adorable Fils, détermina, à la prière de notre divine Souveraine , que saint Joseph instruirait et guérirait aussi les malades; et elle lui obtint une nouvelle lumière intérieure, et une grâce spéciale de sainteté pour exercer ce ministère. De sorte que, dans la troisième année qui suivit leur arrivée , saint Joseph se mit à appliquer ces dons du ciel. 11 enseignait et guérissait ordinairement les hommes , et la très-sainte Vierge les femmes. On ne saurait concevoir quels fruits ils produisaient , tant parles faveurs continuelles que ce peuple en recevait, cjuc par l'efficace des paroles de notre auguste Reine, et par l'affection que tous lui portaient, charmés de sa modestie et
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