‹ La citoyenne TallienChapitre 100 sur 122 · Voir cette lettre à l'Appendice^ p · texte numérisé non relu

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* C'est ainsi qu'elle appelait M"" Tallien.

** Bottotj et non Botot, était le secrétaire de Barras.

y exprime l'espoir de la « retrouver toujours aimable, toujours fidèle ».

Toujours aimable, c'était possible; mais toujours fidèle, ce n'était pas dans ses moyens et son mari ne devait pas, au fond de l'âme, se faire illusion sur ce point, malgré l'espoir qu'il en exprimait. Et en effet, le 12 pluviôse an VIII (31 janvier 1800), M'"'^ Tallien accouche d'une fille, Clémence-Isaure-Thérésia, déclarée sous le nom de Cabarrus et non pas de Tallien. Cette petite fille devint grande comme sa mère, épousa un colonel Devaux, devint veuve, entra dans un ordre religieux, oh! bien fantaisiste! et les élèves de la maison d'éducation des dames de Saint-Louis, dont elle fut supérieure, à Juilly, ont conservé le souvenir de sa grande taille et de sa barbe au menton, et aussi de certaines fantaisies qui cadraient peu avec la sévérité des règles d'un ordre religieux. Elle mourut il y a peu de temps à Juilly, à la fin de 1884.

Il paraît bien qu'elle était fille d'Ouvrard, qui eut d'elle trois autres enfants, entre autres celui qui fut l'aimable et spirituel docteur Cabarrus , né le 19 avril 1801.

A peu près à ce moment, Tallien débarquait à Calais.

Il avait quitté l'Egypte sur un ordre du général M^nou, qui devint, par droit d'ancienneté, commandant en chef de l'armée française après l'assassinat du général Kléber. Le bâtiment qui l'amenait en France fut pris par une frégate anglaise. Conduit en Angleterre d'abord, puis renvoyé en France dix jours après la signature de la paix, Tallien fut mis au courant de ses infortunes conjugales. « Des amis de haute considération, dit Lairtulier, l'avertirent que sa femme, pendant son absence, avait eu deux enfants et le prévinrent qu'elle le recevrait fort mal. » C'était un

comble î Comment ! être allé en Egypte, au milieu de la peste et de la guerre, pour acquérir de quoi pourvoir aux fantaisies ruineuses de sa femme, la laisser enceinte à Paris, la retrouver trois ans après dans le même état, avec une petite famille notablement augmentée, et être mal accueilli par-dessus le marché ! . . . C'était le monde renversé. C'était bien naturel cependant, à en croire Thérésia : « Est-ce ma faute, ditelle plus tard, si M. Tallien est parti pour l'Egypte quand son rôle le retenait à Paris? » Ces diables de femmes! il faut qu'elles aient toujours raison!

Tallien comprit qu'en effet il avait tort. C'était évidemment sa faute si, pendant son absence de trois ans, sa femme avait eu trois accouchements; sa faute encore s'il n'avait pas, comme Ouvrard, une fortune de trente ou quarante millions... Pourquoi aussi n'était-il pas resté en Egypte, ce gêneur? Est-ce que c( son rôle ne l'y retenait pas ? » Qui donc l'avait prié de venir?... Oh! ces maris, ils n'en font jamais d'autres !

L'avenir réservait à Tallien de plus grands revers encore.

Après quelques hésitations et malgré l'amour qu'il pouvait encore avoir au fond du cœur pour la belle infidèle, le pauvre Tallien se décida à intenter à sa femme une action en divorce. Le général Lannes en faisait autant, de son côté, pour la sienne, et le général Bonaparte, pour des motifs semblables, avait bien failli faire comme lui. Pendant la procédure et comme pour bien accentuer la nécessité d'un divorce, ]^|ine Tallien mit au monde un nouvel enfant, Clarisse- Gabrielle-Thérésia Cabarrus, qui, plus tard, épousa M. Brunetière.

Devant cette profusion de pièces à conviction, le divorce fut prononcé le 8 avril 1802. La justice avait

été vite. Elle n'avait mis qu'un an à étudier et comprendre l'affaire \

Que fit Tallicn après son divorce? On ne le sait trop. Il vécut un peu d'expédients sans doute, car la fortune ne lui avait pas souri en Egypte; Bonaparte non plus. Apres l'avoir choisi pour témoin de son mariage, en 1196, le général ne lui avait montré que fort peu de bienveillance sur la terre de Sésostris. Sa défaveur allait même aux gens dont Tallien cherchait à s'entourer. « Il avait presque frappé d'anathème tous ceux qui avaient des relations avec Taillent » La disgrâce dans laquelle il tint les deux frères Lanusse n'eut pas d'autre cause que leur amitié pour Tallien. « Lanusse est lié, ainsi que son frère, dit-il un jour, avec un homme tellement immoral qu'il compromet même les gens qu'il voit comme connaissances... Je n'aime pas Tallien, je n'aime pas cet homme, il est méchant et corrupteur ^ » Et c'est parce qu'il n'aimait pas Tallien, parce qu'il n'avait évidemment aucune confiance en lui, qu'il le laissait sans emploi sur le pavé de Paris. Fouché, qui ne valait pas mieux que Tallien, mais qui avait une instruction et une capacité bien supérieures à la sienne, avait été pris cependant par le premier consul comme ministre de la Police. Tous les autres thermidoriens, parmi lesquels il en était d'aussi incapables et d'aussi ignorants que Tallien, étaient pourvus et se montraient déjà les plus serviles adulateurs de César. Tallien seul n'avait rien obtenu. Découragé, il alla enfin trouver Fouché et, grâce à lui, grâce aussi à Talleyrand, il finit par décrocher, en novembre 1804, le titre pompeux de

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