Mémorial de Sainte-Hélène^ t. III, p. 139 (éd. Garnier
insolence et que cet homme était l'empereur, la pauvre femme comprit que son incognito était dévoilé et que l'empereur en personne, par sa muette pantomime, était venu lui donner l'ordre de sortir. Elle se leva et partit sur-le-champ. Mais le manège de l'empereur avait été remarque, la fuite de la jeune femme aussi, et M"'° Georgette Ducrest donne assez de renseignements pour permettre de reconnaître dans l'écheveau embrouillé de ses aveux et de ses réticences la belle ar'^TalHen.
Au milieu de ces disgrâces, la pauvre femme eut un grand mérite : ce fut de n'en pas prendre prétexte pour s'aigrir et ne plus être bonne. Elle s'évertua au contraire à rendre plus de services que jamais à ceux qui venaient la solliciter, et, de cela, il faut lui savoir gré : tant d'autres, à sa place, auraient pris le vindicatif plaisir de se mettre en révolte contre la société et de rejeter sur elle les fautes dont elle était seule coupable!
Mais il est temps de parler des enfants de M"'^ Tallien. « Vous avez deux ou trois maris et des enfants de tout le monde », lui a dit brutalement Napoléon. 11 y avait un peu de vrai dans les paroles de l'empereur, et aussi beaucoup d'exagération, car elle n'en eut pas de lui. Thérésia avait eu de M. de Fontenay un fils, né le 2 mai 1189, dont elle s'occupa assez peu, et qui fut parfait pour elle; nous en avons déjà parlé et nous avons dit qu'il mourut à la fleur de son âge, en 1815.
De Tallien, son second mari, elle eut une fille, Thermidor-Rose-Tliérésia. Cette enfant naquit en 1795. Elle reçut le nom de Thermidor pour perpétuer dans la famille le souvenir de l'événement politique auquel avait pris part son père. Quant au nom de Rose, c'était
celui de sa marraine, M"'° de Beauharnais\ qui ne s'appela Joséphine qu'après son maringe avec le général Bonaparte. On n'a pas son acte de naissance. M. Ch. Nauroy en conclut que « peut-être avait-elle été conçue avant le mariage de ses parents ». Elle épousa M. de Narbonne-Pelct.
Pendant que Tallien était en route pour l'Egypte, sa femme eut un troisième enfant, le 30 frimaire an VI (20 décembre 1798), qui mourut en naissant. M. Gh. Nauroy en attribue avec vraisemblance la paternité à Barras. Une longue lettre que Tallien écrivit à sa femme le 17 thermidor de la môme année ^, cinq jours après son débarquement à Alexandrie, ne fait aucune allusion à des espérances de paternité, mais Tallien
1. M™" de Beauharnais, devenue la générale Bonaparte, n'oublia pas sa filleule. D'Italie elle écrivait à Barras :
Milan, ce 18 fructidor...
... Mon mari est parti depuis six jours pour Ravenne et de là dans le Tyrol ; j'attends bientôt de ses nouvelles, j'espère qu'elle seront aussi bonnes que je les désires (sic). Rappelez-moi au souvenir de ma petite*; je ne rerois point de lettres d'elle, cela me rend bien triste; dites-lui bien que M. Scrbclloni est chargé de lui présenter de ma part une pièce decrêpc et des chapeaux de pail (sic) de Florence; pour le déjeuner de son mari des saucissons et du fromage, pour Thermidor du corail. Je n'écris point à ma petite parce que M. Serbelloni part dans l'instant, embrassez-la pour moi bien tendrement. Adieu, mon cher Barras, croyez-moi avec les sentiments delà plus tendre amitié votre amie.
Lapagerie-Bonaparte.
M. Serbelloni veut bien se charger de vous remettre de ma part une caisse do liqueurs de Turin.
Mille amitiés à Botot**, compliments à Victor et Raimond. J'embrasse Tallien. (Lettre inédite.)