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Discours sur l'Educatioil, par la citoyenne Thérésia Gabarrus-Fontenay, lu dans la séance tenue au Temple de la Raison de Bordeaux, le 1"^ décadi du mois de nivôse, jour de la fête nationale célébrée à l'occasion de là reprise de Toulon par les armes de la République, imprimé d'après îa demande des citoyens réunis dans ce temple.
Sans prétendre remplir avec gloire la tâche pénible que je m'impose, comptant plus sur l'indulgence de mes auditeurs qiie sur mes moyens, je vais essayer de tracer l'esquisse rapide d'un plan d'éducation pour la jeunesse. Je vais jeter au hasard quelques idées, heureuse si, par le sacrifice de mon amoUr-propre, je peux mériter le suffrage des âmes sensibles et des bons citoyens.
Beaucoup d'auteurs ont paru dans cette carrière difficile ; beaucoup de philosophes célèbres se sont occupés de former à la vertu déjeunes élèves que leurs sages leçoUs devaient éclairer mais aucun d'entre eux n'était à la hauteur des événements qui se succèdent aujourd'hui: presque tous, resserrés par d'antiques préjugés, inlluencés par eux, n'ont pu laisser prendre à leut imagination cet essor vers la vérité qui peut seul former des héros, je dis plus, des hommes faits pour habiter une repu* blique. Ce flambeau sublime, nommé Raison, ne jetait plus qu'une faible lueur; le génie était entravé, enchaîné par le deâ-
polisme les vertus qui constituent le grand homme étaient étouffées dès leur naissance; le vice seul triomphait. Pour qui auraient-ils écrit? Et comment auraient-ils pu écrire? « Les enfants, disait le sage Locke, doivent être propres à être élevés avant que l'on puisse songer à leur éducation. »
La première doit être physique, consacrée seulement à celte partie de leur existence, et si leurs jeunes cerveaux sont propres par leur souplesse à recevoir toutes sortes d'impressions, pourquoi fatiguer leur imagination de choses qui ne sont pas à leur portée?... Pourquo ensevelir leurs idées dans une foule de mots qu'ils ne comprennent pas?... Pourquoi, contrariant la nature, chercher à greffer sur ces jeunes arbrisseaux des plantes étrangères dont la sève trop forte entraine la destruction do ce nouvel essai d'habitudes nuisibles à l'humanité ?
Mères de famille, respectez, chérissez le titre que la nature vous donne ; remplissez avec exactitude scrupuleuse les devoirs qu'elle vous impose envers vos enfants ; rappelez-vous qu'une mère insouciante et coupable est une calamité publique, que la société doit punir de tout son mépris, que c'est un monstre qu'elle doit extraire de son sein; ressouvenez-vous qu'il n'est point de détails, de soins qui ne soient précieux pour cet âge où tout, jusqu'à l'existence, est un travail. N'accablez point leur triste et stérile enfance des fatras d'un régime proscrit par la philosophie et dont le temps a tiré une juste vengeance ; nourrissez leurs jeunes têtes de toutes les idées relatives à l'état de l'homme; que toutes celles qui peuvent leur servir un jour de principe et de méthode pour une conduite irréprochable s'y gravent en caractères ardents et ineffaçables, et vous aurez créé le thermomètre de leur bonheur pour l'âge où vous serez obligés de les éloigner de l'asile où vous abritiez leur débile jeunesse.
Alors devra commencer réellement le plan de leur éducation. Que ce soit loin du toit paternel ; que des mains avides et mercenaires ne soient point chargées de l'instruction de cette pépinière nombreuse et faible ; que ce soit un titre à l'estime et que, dans le siècle de la régénération philosophique, les agents vertueux chargés de l'éducation publique soient considérés et
respectés comme les principes de vertu qui peuvent embellir la sociclc et la maintenir.
Oh ! vous, zélateurs généreux dont la tâche pénible est seméo d'épines, que rien ne vous rebute ; ayez, après le choix que vos concitoyens auront fait de vos lumières, de vos talents et surtout de vos vertus, ce courage impassible si nécessaire dans l'état glorieux que vous devez embrasser ; que vos élèves soient vos enfants, mais aussi soyez leurs pères tendres ; consultez l'inclination de leurs cœurs qu'aucune dissimulation n'environne encore ; et quand une fois vous aurez connu ce dédale dans lequel la sagesse s'égare souvent elle-même par ses tardives recherches, dirigez vos instructions particulières vers le point où vous apercevrez des dispositions; que l'enfant trouve en vous un juge, mais un ami; qu'il ait besoin de vous avouer ses fautes pour se débarrasser d'un poids funeste qui entrave la vertu; que vos sages conseils l'y ramènent; qu'il se sente soulagé et que la douceur seule le gouverne : loin d'une cohorte républicaine, toutes les punitions qui abrutissent l'enfant, qui l'asservissent honteusement et qui le forcent à une dissimulation coupable et naturelle pour éviter un châtiment mérité, dont l'aveu de sa faute ne saurait le préserver.
Évitez aux enfants de ce régime nouveau toutes les formes scolastiques et pédantesques; que le latin, cette langue sublime, il est vrai, dans ses beautés ne soit pas un principe exigé dans l'éducation de nos jeunes élèves ; qu'ils apprennent d'abord le langage correct de leur pays ; que l'on ait soin de leur prononciation ; qu'ils s'énoncent en public avec grâce et facilité ; qu'ils y rendent leurs idées sans pompe et sans luxe, la simplicité et la précision étant les compagnes de la franchise ; que tous les exercices du corps soient protégés et que, dans ce nouveau système, l'adresse, le courage et la vertu soient les seuls objets d'égards, de récompenses et de distinctions : que tous les enfants, sans exception, soient envoyés dans les écoles publiques; ils appartiennent à l'État avant d'être à leurs parents ; que la disposition aux talents soit accueillie et protégée, sans toutefois être insultante pour ceux que la nature a traités avec moins de laveur.
Tous les exercices du corps, les manœuvres militaires, une lutte même à laquelle présideraient de sages directeurs, tout ce qui peut entretenir enfin la souplesse et la force : voilà ce qui doit former de jeunes soldats, des républicains, des défenseurs de la liberté, des hommes !
Instituteurs, mêlez-vous aux jeux de vos disciples, comme vous présidez à leurs travaux ; qu'une douce paix accompagne vos regards moins sévères ; soyez-y leurs modèles, mais n'opposez point d'entraves à leurs simples amusements. Après les jouissances de cet âge heureux, viennent les études plus sérieuses de l'adolescence ; elles doivent prendre un caractère plus grave, plus majestueux, rappeler à l'homme qu'il doit acquérir ce nom pour ne pas être classé parmi les usurpateurs de ce titre imposant.
Sybarites étrangers, que votre mollesse fatale ne reparaisse plus dans l'enceinte régénérée de ma patrie ; que des vêtements simples et modestes habituent la jeunesse à fuir le luxe comme l'ennemi des mœurs et de la dignité républicaines; que la France suffise à ses besoins ; que les bras, endurcis à tous les travaux, contribuent à son indéj)endance, à sa culture, à l'accroissement de ses richesses et de ses productions : nous verrons alors renaître le siècle de la philosophie, de la justice, de la fraternité, et l'Europe étonnée applaudira du moins à cette combinaison philanthropique, si tous ses peuples n'ont pas le courage de l'imiter: l'honneur seul alors gouvernera les hommes; cette vertu, masque habituel de toutes les erreurs, de tous les égarements, j'ai presque dit de tous les vices, brillera pour lors de tout son éclat. Sages directeurs de nos gymnases, ménagez ce tissu de sensibilité et d'orgueil ; sachez que ce sont les deux lisières qui soutiennent tous les âges et qui étayent le bonheur d'une manière durable; elles sont les deux supports de ces jeunes rameaux dont vous cultivez les fleurs ; elles périront si vous ne les protégez : ces deux nuances qui n'appartiennent qu'à l'homme digne de porter ce nom, conservez-les avec soin quand vous les rencontrez, ce sont les vertus avec lesquelles oa peut former un être digne de tout; l'une d'elles, isolée, peut créer un monstre, un tyran ; réunies elles donnent le jour à ua
héros: celui qui les possède est un coursier fougueux que le frein doit dompter, mais qu'il ne doit pas réduire.
Heureuse sensibilité ! toi qui fais le charme de la vie, qui peux seule réparer les maux que tu causes, viens épanouir les cœurs de nos jeunes athlètes, et si la fierté guide leurs pas vers la gloire, arrête quelquefois ses nobles élans pour qu'ils sachent que, sans toi, il n'est point de gloire ou de bonheur véritable.
Liberté sacrée, échauffe leurs cœurs ; que les deux hémisphères retentissent de tes accents ; que ta statue remplace partout celle des tyrans et des suborneurs qui t'ont si longtemps sacrifiée à leurs passions et à leurs criminelles entreprises; que tes feux brillants pénètrent jusque dans les plus affreux climats ; que là môme, la nature multiplie ses ressources pour rendre aux êtres sensibles le bénéfice de ton influence céleste. Déjà tous les peuples veulent fléchir le genou vers ton disque éclatant ; comme à l'aurore d'un beau jour l'ombre et le soleil luttent encore dans nos campagnes azurées, mais la faible partie de ce tableau magique disparaissant bientôt, il ne reste plus devant l'œil étonné que le triomphe complet de la lumière.
Loin de nous aussi tous les préjugés religieux que le despotisme inventa et que le charlatanisme sacerdotal prêcha pendant tant de siècles, en riant lui-même de cette doctrine puérile et fastidieuse. Directeurs de la jeunesse, menez vos jeunes élèves voir le lever de la brillante aurore ; que le soleil les étonne à son coucher, que le cœur à ce spectacle imposant éprouve un mouvement d'admiration et que d'eux-mêmes ils fléchissent le genou devant le créateur de la nature; là, point d'enthousiasme, point de sectaires adroits à exalter leur débile cerveau ; qu ils prient, qu'ils versent des larmes de joie, que leur cœur extasié envoie à la divinité, sans aucune formule d'habitude, les hommages de sa reconnaissance et de son admiration : ceux-là seuls sont agréables à l'Être suprême. Bientôt leur imagination sort du sommeil de l'enfance; ils sentent leur glorieuse deslinution, ils ont besoin de la gloire et leur cœur, que rien n'a rétréci, les y entraîne sur les ailes du génie.
Mais tout passe, la fraîcheur de la jeunesse, celle de la beauté; semblables à la rose, elles brillent et se flétrissent; les généra-
lions rapides des faibles mortels ressemblent aux feuilles qui tombent dans les forêts à la fin de l'automn*^, c'est pour cette saison de la vie qu'il faut se préparer des consolations, qu'il faut instruire la jeunesse; forte de son éclat, elle regarde souvent avec mépris ceux qui leur (.sic) ont donné le jour; ils ne prévoient pas qu'ils sont dans cette classe qui peut parvenir à cet âge respectable, quand l'honneur vous y a conduits ; ils ne songent pas qu'ils auront besoin de leurs semblables s'ils arrivent jamais à cette époque où l'homme, en décroissant, accumule ses besoins.
Instituteurs, je n'ai plus qu'un mot à vous dire : vous arrivez à la vieillesse avant les élèves que vous formez, apprenez-leur à la respecter; que les cheveux blanchis dans le respect des lois soient l'objet de leur vénération ; que dans les fêtes publiques ils aient une place distinguée ; que dans un siège ils soient entourés des bras de nos jeunes Spartiates; ces glorieux défenseurs de la liberté donneront encore des exemples de courage; les Nestors de la régénération moderne offriront à nos guerriers les cicatrices honorables dont ils seront couverts ; ils leur inspireront l'amour de la patrie, la haine de la servitude des tyrans, et après avoir rempli leur carrière avec honneur, ils attendront sans murmure et sans effroi l'heure qui doit les séparer de leurs neveux, dont ils auront obtenu l'estime et les regrets.
Pétition adressée à la Convention, par la citoyenne Thérésia Cabarrus-Fontenay, et lue dans la séance du 5 floréal an II (24 avril 1794).
Citoyens représentants, lorsque la morale est plus que jamais à l'ordre du jour de vos grandes délibérations ; lorsque chacune des factions que vous terrassez vous ramène avec une force nouvelle à cette vérité si féconde, que la vertu est la vie des républiques, et que les bonnes mœurs doivent maintenir ce que les institutions populaires ont créé, n'a-t-on pas raison de croire que votre attention va se porter avec un pressant intérêt
vers la portion du genre humain qui exerce une si grande influence?
Malheur, sans doute, aux femmes qui, méconnaissant la belle destination à laquelle elles sont appelées, affecteraient, pour s'affranchir de leurs devoirs, l'absurde ambition de s'approprier ceux des hommes et perdraient ainsi les vertus de leur sexe sans acquérir celles du vôtre 1
Mais ne serait-ce pas aussi un malheur si, privées, au nom de la nature, de l'exercice de ces droits politiques d'où naissent et les résolutions fortes et les combinaisons sociales, elles se croyaient fondées à se regarder comme étrangères à ce qui doit en assurer le maintien, et même à ce qui peut en préparer l'existence ?
Ah 1 dans une république, tout, sans doute, doit être républicain, et nul être doué de raison ne peut sans honte s'exiler par son vœu de l'honorable emploi de servir la patrie. Les compagnes de l'homme ne doivent pas, il est vrai, en être les rivales, car elles en sont les consolatrices et souvent les appuis ; mais il est d'intéressantes fonctions que la nature semble leur avoir départies, et dont, j'en suis certaine, vous ne vous offenserez pas, si elles se plaisent à vous en entretenir.
Pardonnez toutefois, législateurs, si elles vous parlent par ma voix de leurs destinées et de leurs devoirs ; nulle d'entre elles n'a le ridicule orgueil de prétendre vous les faire connaître. Mais peut-être leur sied-il bien de vous dire qu'elles les sentent vivement ; qu'elles sont pressées d'impatience de les voir convertis par vous en décrets bienfaiteurs pour l'humanité ; qu'enfin elles sont prêtes pour l'instant précis où, au nom de la Patrie, vous les appellerez dans vos belles institutions.
Vous leur permettrez sûrement d'espérer qu'elles occuperont une place dans l'instruction publique ; car pourraient-elles se résoudre à croire qu'elles ne seraient comptées pour rien dans les soins particuHers que vous réservez à l'enfance? Pourraient-elles penser que vous ne leur confierez pas surtout l'éducation de leurs jeunes compagnes que le malheur aura privées de l'instruction maternelle?
Ce n'est pas à vous qu'on aura à reprocher un jour d'avoi-
méconnu la pudeur et sa vertueuse influence : et qui peut enseigner la pudeur, si ce n'est la voix d'une femme? Qui peut la persuader, si ce n'est son exemple?
Mais ce que je viens aujourd'hui particulièrement réclamer en leur nom avec la plus forte confiance, c'est l'honorable avantage d'être appelées toutes dans les asiles sacrés du malheur et des souffrances, pour y prodiguer leurs soins et leurs plus douces consolations.
Craindrais-je de m'abuscr, citoyens représentants, lorsque je pense que là doit être le véritable apprentissage de la vie d'une femme; que c'est dans cette école que les filles, avant de devenir épouses, doivent aller développer, éclairer leurs premiers sentiments, et s'instruire, par la pratique de la bienfaisance, à tous les détails des devoirs qu'elles auront bientôt à remplir envers leurs enfants, leurs époux, leurs parents; que là leur sensibiHté, sans rien perdre de ce qui peut en faire lo charme, prendra un caractère, et plus auguste et plus pur ; que la compassion, ce germe inné de toutes les vertus, ne sera plus en elles une émotion passagère et stérile, mais un sentiment profond et courageusement actif; qu'elles y apprendront surtout à vaincre ou plutôt à ignorer à jamais les dégoûts impies pour les infirmités de la vieillesse ; et qu'ainsi leur délicatesse, loin d'être, comme par le passé, un obstacle à leur vertu, ne sera qu'un nouveau moyen de la rendre, et plus utile et plus aimable ?
Et qui ignore combien leur présence est douce aux malheureux? Qu'il soit permis à une femme de le dire : les hommes sont destinés à des actions fortes, à d'énergiques vertus ; mais, auprès des malades, leurs soins les plus tendres sont brusques et précipités ; leur voix radoucie est encore trop rude ; leurs attentions mêmes sont distraites, leur patience a l'air trop pénible. Ils semblent, en quelque sorte, fuir l'infortuné qu'ils soulagent.
Les femmes, au contraire, lorsqu'elles soignent un malade, semblent ne plus exister que pour lui ; tout en elles porte allégeance et soulagement; elles trouvent bien qu'on se plaigne; elles sont là pour vous consoler ; leur voix seule est consola-
trice, leur regard est sensible, leurs mouvements sont doux, leurs mains semblent attentives aux plus légères douleurs, leurs promesses donnent de la confiance, leurs paroles font naître l'espoir ; enfin lorsqu'elles s'éloignent du malheureux, tout lui persuade que c'est pour lui qu'elles s'en vont, que c'est pour lui qu'elles s'empresseront de reparaître.
Si ces réflexions, même reportées vers les institutions vicieuses de l'ancien régime, ont encore de la jeunesse, quelle force n'acquerront-elles pas lorsqu'à votre voix, une généreuse émulation s'emparant des femmes, elles brigueront toutes de s'élancer dans cette carrière purifiée par la liberté et le saint amour de la patrie ? lorsqu'au nom de cette patrie, vous promettrez les plus belles récompenses de l'opinion à celles qui auront montré un zèle plus héroïquement sensible, et que, dirigeant vous-mêmes ce mouvement général des âmes vers l'humanité, vous confierez plus spécialement à la jeunesse l'honneur de servir ce qu'il y a de plus sacré sur la terre après la vertu, l'infortune? Qui ne sait, en eifet, que les soins attentifs d'une jeune fille ont quelque chose de plus attachant, de plus pur, de plus religieux de plus respectueux pour le malheur?
Ordonnez donc, citoyens représentants, nos cœurs vous en conjurent, ordonnez que toutes les jeunes filles, avant de prendre un époux, iront passer quelque temps dans les asiles de la pauvreté et de la douleur pour y secourir les malheureux et s'y exercer, sous les lois d'un régime organisé par vous, à toutes les vertus que la société a le droit d'attendre d'elles.
Et combien, d'une telle institution, rejailliront d'avantages sur la société entière! qui peut calculer rinfluence qui en résultera sur les habitudes, les caractères, les mœurs et, par elles, sur la félicité générale? Que sera-ce surtout si les hôpitaux, perdant jusqu'à leur nom odieux, pour que rien ne rappelle le souvenir do ces horribles tombeaux, deviennent désormais des temples consacrés à l'humanité, comme il en existera ailleurs qui seront consacrés à la justice et à la raison; si, autour de ces temples on voit s'élever sur un portique une inscription où sera
enseignée la théorie des vertus dont l'intérieur offrira la pratique; si enfin on en bannit ces images affreusts, ces impressions horribles dont on a eu jusqu'à ce jour la barbarie d'entourer les derniers instants de la vie humaine, pour y faire naître, au milieu de symboles consolateurs, des idées douces, pénétrantes, mélancoliques, telles enfin que l'homme sensible et affligé puisse venir avec confiance y chercher des consolations, sans craindre d'y trouver la terreur?
Mais est-ce donc à moi d'oser vous développer, vous indiquer môme, des idées que certes, dès longtemps, vous avez conçues d'une manière bien plus vaste?
Je m'arrête, citoyens représentants, et me renferme avec une attente respectueuse dans le vœu que j*ai formé de toute l'ardeur de mon àme pour que mon sexe concoure enfin, par les moyens que la nature lui a dispensés, au plus grand bonheur de la République.
L'usage, si souvent précurseur de vos décrets, a décerné aux femmes le beau nom de citoyenne; que ce ne soit plus désormais un vain nom dont elles se parent, et qu'elles aussi puissent présenter avec orgueil ou plutôt avec confiance les titres véritables de leur civisme!
Tous les hommes, les vieillards eux-mêmes, jouissent de l'avantage honorable d'être sentinelles vigilantes autour de la demeure du paisible citoyen ; tous montent la garde dans nos murs pour écarter les dangers dont nos frères peuvent être menacés : elles vous demandent à faire la garde, toutes, autour des malheureux, pour en écarter, par leurs soins tendres et compatissants, les douleurs cruelles, les sombres inquiétudes et le sentiment anticipé de la mort, plus aifreux que la mort même.
Citoyens représentants, celle qui vous adresse en ce moment l'hommage de ses pensées, de ses plus intimes sentiments, est jeune, âgée de vingt ans (1794); elle est mère; elle n'est plus épouse : toute son ambition, tout son bonheur serait d'être une des nremières à se livrer à ces douces, à ces ravissautes fonctions. Daignez accueillir avec intérêt son vœu le
plus ardent, et que, par vous, ce vœu devienne celui de toute la France.
Arrêté du Comité de salut public, ordonnant l'arrestation immédiate de Thérésia Cabarrus ^
Le Comité de salut public arrête que la nommée Cabarrus, fille d'un banquier espagnol et femme d'un nommé Fontenay, ex-conseiller au parlement de Paris, sera mise sur-le-champ en état d'arrestation et mise au secret, et les scellés apposés sur ses papiers. Le jeune homme qui demeure avec elle et ceux qui seraient trouvés chez elle seront pareillement arrêtés. Le citoyen Boulanger est chargé de l'exécution du présent arrêté.
Paris, le 3 prairial l'an II de la République.
Robespierre, Billaud-Varennb, B. Bàrère,
COLLOT D'HeRBOIS.
Rapport du citoyen Boulanger sur l'exécution de l'arrêt du Comité de salut public de la Convention nationale,
en date du 7 prairial, dont il a été chargé, qui ordonne que la citoyenne Cabarrus-Fontenay sera arrêtée et mise au secret, et que l'on arrêtera de même tout ce qui sera avec elle.
Le 13 prairial, Tan II de la République française une et
indivisible,
Ayant pris toutes les précautions pour m'assurer de toutes les démarches de la citoyenne Fontenay, et étant parvenu à la suivre dans tous les changements de domicile qu'elle a multipliés, tant à Paris que dans les environs, je suis parvenu
1. Cet arrêté, « qui a disparu, dit M. Ch. Nauroy, dans les dilapidations des papiers des comités de sûreté générale et de salut public », a été retrouvé. M. Charavay en possède l'original : il l'a publié dans les Mémoires du comte de Paroy.
à arrôter à Fontenay-aux-Roses sa femme de chambre qui y devait enlever ses eirets, ce que prouve le procès-verbal dressé à Fonlenay, ci coté n° 1. J'ai arrêté de même son domestique dans la maison du citoyen Desmousscau, rue de l'Union, n^ 6, section des Champs-Elysées, où j'ai trouvé les effets de la citoyenne Fontenay que l'on allait lui expédier à Versailles, ce que prouve le procès-verbal ci-joint, coté n'* 2 ; et enfin, j'ai arrêté la citoyenne Fontenay et le jeune homme qui l'accompagnait, à Versailles, dans la nuit du 11 au 12 prairial, ainsi que Tindique le procès-verbal dressé à Versailles, ci coté n° 3. La citoyenne, conduite à la section des Champs- Elysées, y a été interrogée, ainsi que le citoyen Guéry qui l'accompagnait, ce qui se trouve constaté par le procès-verbal n° 4.
En exécution de l'arrêté du Comité de salut public, la citoyenne Fontenay a été conduite à la Petite-Force, où elle a été mise au secret; le citoyen Guéry au Luxembourg, et le domestique et la femme de chambre, l'un au Luxembourg, l'autre à la Petite-Force. L'on a cru devoir, de suite, par mesure de sûreté, en apposant les scellés sur les effets et la chambre de la citoyenne Fontenay, dans la maison de Desmousseau, devoir ordonner la conservation de ce citoyen et de sa femme dans leur domicile, jus(|U'à ce que le Comité se soit déterminé, d'après les rapports que nous allons indiquer de ces citoyens avec la citoyenne Fontenay.
De toute nôtre opération, il résulte que la citoyenne Fontenay, fille de Cabarrus, banquier espagnol, qui a tant agioté dans la banque de Saint-Charles, en Espagne, dans l'affaire du canal de Murcie, dans les opérations des piastres, agiotage protégé par Galonné, etc., s'était divorcée, il y a plus de quinze mois^, d*avec son mari, à l'époque où tous ceux qui avaient des projets d'émigration avaient pris cette marche ; que depuis ces quinze mois, on la voit successivement à 6oulogne-sur-Mer, à Paris, à Bordeaux, aux eaux sur la frontière d'Espagne ^,