‹ La citoyenne TallienChapitre 109 sur 122 · C'est e^act, la date du divorce est le 5 avril · texte numérisé non relu

C'est e^act, la date du divorce est le 5 avril

2. Cela confirme le récit du voyage de Thércsia aux eaux de Bagnère», en

puis à Bordeaux, où son mari vient la trouver pour se réunir à elle et finit par s'occuper à régler un divorce qui traîne depuis plus de quinze mois ^, après quoi il s'embarque et disparaît ; ce même mari, pendant les troubles du Calvados, se trouve dans une terre qu'il possède dans ce département ; enfin la citoyenne, dans le compte qu'elle rend de ses séjours dilîerents, se trouve, dans l'espace de treize mois, avoir trois mois passés dont elle ne rend aucun compte.

On voit la citoyenne Fontenay liée, à Bordeaux, avec le représentant du peuple Tallien; on la voit là acquérir une association de salpêtre avec un enfant de 14 ans, dont elle dit à peine connaître le père; on la voit contrainte par Ysabeau, le représentant du peuple, de partir de Bordeaux, malgré la loi et l'autorisation des autorités constituées; elle arrive à Orléans, et bientôt se fait donner une passe pour Fontenay-aux-Roses, propriété de son mari, où on retrouve Tallien fréquemment avec elle; munie de sa commission de salpêtre, on la voit à Paris et presque toujours avec Tallien, soit chez Méau^, restaurateur, etc. ; on la voit coucher chez Gibert, notaire, rue Honoré, et puis à diverses reprises chez le citoyen Desmousseau, maison de t)uplex {sic), aux Champs-Elysées; on la voit prendre une maison à Chaillot, y mettre les ouvriers et puis suspendre les travaux; on la voit stimuler sa femme de chambre d'aller faire viser un passeport qu'elle a de Bordeaux et qui se trouve^ quant au signalement, avoir beaucoup de rapports avec elle ; tout est combiné pour un départ, tous les gens et les effets se doivent réunir à Versailles, et l'on parle de retourner à Bordeaux . Desmousseau confesse que lui-même a désiré le voyage de Versailles, espérant que d'anciennes liaisons, projetées entre Félix Lepeletier et la citoyenne Fontenay, pourraient se renouveler et détruire les inconvénients des liaisons avec Tallien. Oh voit ce même Tallien fournir un domestique pour avoir à Fontenay-aux-Roses une expédition du procès-verbal. La citoyenne

compagnie de M. Edouard de Colbert et de M. de Lamothe, qui a été fait par la duchoRse d'Abrantès. (Voir plus haut, p. 47 et suiv.)

i. Erreur : le divorce a été prononcé à Paris, on l'a vu, le B avril 1793.

2. Miiox, un des premiers restaurateurs de Paris, ao Palais-Ro/alt

produit un certificat, signé des représentants Brival, Monestier, Ysabeau et autres, qui déclare qu'elle ne doit pas être regardée comme étrangère quoique née à Madrid. Elle déclare enfin avoir eu des correspondances et des relations avec Tallien et Monestier, représentants du peuple dans le Midi, avec Freschcville% actuellement destitué, Sagon, officier de santf^. à l'armée du Nord, Félix Lepeletier, etc. Elle a fait partir son fils pour Bordeaux, où il est avec deux domestiques en hôtel garni, et cela au moment où elle revenait ici. Voilà ce qu'ont produit les différentes enquêtes : le Comité de salut public jugera du tout.

L'on observe que tous ses papiers, portefeuilles et écritoires sont sous les scellés dans la maison de Desmousseau.

Boulanger, général de brigade 2.

Tallien surveillé.

(Ces pages sont extraites des Papiers inédits trouvés chez Robespierre^ Saint- Jiist^ Payan^ etc.^ supprimés ou omis par Courtois. Paris, Baudoin frères, éditeurs, 1828.)

Guérin, agent de Robespierre 3. — Espionnage. — Pièce n» XXVIII. — Papiers de Robespierre. — Il espionne Legendre, Bourdon de l'Oise, Thuriot, Tallien, etc.

Le citoyen Tallien est resté, le 6 messidor (24 juin) au soir, aux Jacobins, jusqu'à la fin de la séance; il a attendu son homme au gros bâton rue Honoré, devant une porte cochère ;

1. Le général Frégeville, célèbre par sa liaison avec M™» de Krudner.

2. Papiers inédits trouvés chez Robespierre^ Saint-Just^ Payan^ etc., supprimés ou omis par Courtois^ t. I, p. 269-272.

3. C'est là une erreur. Guérin, comme l'a très justement fait remarquer M. E. Hamel, avec preuves à l'appui (voir Histoire de Robespierre, t. lU, p. 668), n'était pas l'agent de Robespierre, mais bien du Comité de salut publia .Ce comité faisait surveiller cinq ou six membres de la Convention dont les agissements lui semblaient louches. Tallien était parmi ceux-là. Le rapport de Courtois, dans un but facile à deviner, fait d'un agent du comité un agent particulier de Robespierre et ne recule pas pour cela, devant la falsiûcation, comme s'en est assuré M. E. Hamel, en comparant cette reproduction de pièce à l'original conservé aux Archives.

nous avons remarqué quMl avait beaucoup d'importance. Enfin, il est arrivé; il n'y a pas de doute qu'il était dans les tribunes. Ils ont remonté la rue Honoré, celle de la Loi, les baraques, la galerie à droite de la maison Égalité, se sont assis dans le bas du jardin, ont pris chacun une bavaroise, ont remonté sous les galeries do bois, dont ils ont fait trois ibis le tour, se parlant toujours mystérieusement et se tenant sous les bras. A onze heures, ils ont traversé la cour du palais et ont gagné la place Égalité; son garde a été arrêter un fiacre, a salué ïallien et ils se sont qualifiés réciproquement d'amis, en disant : « A demain, mon ami. » Nous nous sommes approchés de la voiture: Tallien a dit au cocher de le conduire rue de la Perle; l'autre s'en est allé par la rue de Chartres, à pied. Nous avons couru jusqu'au pont, ci-devant Royal, nous n'avons pu le rejoindre ; nous présumons qu'il est entré dans une allée, ou qu'il demeure sur la section des Tuileries. Nous l'avons signalé hier soir, une veste rouge et blanche, à grandes raies, culotte noire, un gilet, chapeau rond, cheveux blonds et en rond, presque de la taille de Tallien. (Tome I, p. 308-309.)

Le 14 messidor (2 juillet).

Le citoyen T (Tallien), hier, depuis neuf heures du

matin jusqu'à trois heures de l'après-midi, n'est pas sorti de son domicile, rue de la Perle, au Marais, n"^ 60, et on était assuré qu'il était cependant chez lui.

Sur les dix heures et demie, le nommé Rambouillet, ci-devant préposé pour la surveillance de la police, aperçut notre agent, qui lui demanda où il allait. Rambouillet répondit qu'il allait

chez le citoyen Ta ; il le fit jaser. Notre agent lui dit qu'il

était étonnant que ce député ne fît plus parler de lui à la Convention, à quoi l'autre répliqua que ce député ne faisait presque plus rien depuis qu'on lui avait reproché, au Comité de sûreté générale, qu'il n'avait pas fait guillotiner assez de monde à

Bordeaux; il ajouta de plus que le citoyen Ta avait placé

son secrétaire au Comité de salut public, et qu'on l'avait renvoyé le l*^"" messidor.

Nous ne serions pas surpris que le sieur Rambouillet, qui a été placé à la police par le citoyen Ta , et qui vient d'être supprimé de son emploi, ne fût un de ceux que ce député emploie auprès de lui, pour l'escorler et savoir si on le surveille, attendu

qu'il a dit, avant d'entrer chez le citoyen Ta , qu'il n'y

serait qu'une demi-heure probablement ; et au contraire, il n'en était pas encore sorti à trois heures. Ce sieur Rambouillet a

ajouté de plus que quatre particuliers suivaient le citoyen Ta ;

que, ces jours derniers (il ne se rappelait pas bien si ce n'était

pas au jardin national), le citoyen Ta s'apercevant que ces

particuliers le suivaient, il s'arrêta et leur dit qu'il était un représentant du peuple ; que beaucoup de monde s'attroupa et que la garde conduisit lesdits particuliers au Comité de la sûreté générale.

11 est impossible de pouvoir surveiller ledit député dans sa rue, vu qu'elle est fort courte et droite. Il n'y a aucune retraite, que quelques bancs de pierre à côté de quelques portes cochères, pour s'asseoir; et pour peu que les locataires de ladite rue s'aperçoivent qu'un individu passe fréquemment, ils se mettent aux croisées, ou envoient leurs domestiques sur la porte, en sorte qu'il est impossible à un surveillant de faire sentinelle dans le voisinage de son domicile, soit que ses propres domestiques soient toujours sur leur porte, ou d'autres avec qui ils causent. {Md., t. I, p. 372-374.)

Le 15 messidor (3 juillet).

Hier, 14 courant, le citoyen Ta est sorti

de chez lui à une heure et demie après midi, a passé rue des Quatre-Fils, rue du Temple, rue de la Réunion (ci-devant Montmorency), au ï^arais, rue Martin, rue Grenétat {sic), petite rue du Renard-Sauveur, rue Bcaurepaire, rue Montorgueil, passage du Saumon, rue des Fossés-Montmartre, s'est amusé plus d'une heure à marchander des livres, est entré au jardin Égalité, toujours regardant de côté et d'autre, d'un air inquiet.

Il est entré à la Convention à deux heures trois quarts, y a entendu le rapport du citoyen Barère, a parlé avec un ou deux

députés, de là traversé la salle, et est ressorti par l'escalier où était la chapelle; est allé comme pour sortir par les cours, mais il s'est ravisé, a pris par le jardin national, a remonté par le bas de la terrasse des Feuillants, et est retourné sur ses pas, a monté ladite terrasse par l'escalier qui fait face au café Holto; s'est encore amusé à marchander des livres un grand quart d'heure; de là, a pris la porte du Manège et est entré chez Vénua, restaurateur, n** 75; nous l'avons quitté à six heures sans avoir pu savoir par où il s'en est allé. {Ibid.y p. 376.)

Lettre de la citoyenne Thérésia Gabarrus à une amie,

à Bordeaux ^

Paris, ce l*' fructidor an II de la République.

Je ne doute point, ma Constance ', de ton amitié, et suis convaincue qu'elle n'a point été blessée par l'adversité. Ce serait t'outrager, et je te rends assez justice pour juger ton cœur par le mien. Je n'ai jamais craint de me compromettre pour l'innocence opprimée ; ton mari en est la preuve et Thérésia sûrement a trouvé en lui un appui. Je te suis bien obligée des soins que tu te donnes pour mes effets ; je pense, comme toi, qu'il faut en vendre le plus possible, mes guitares, mon serre-papiers d'acajou, mes orangers, mon cheval et mon cabriolet. J'accepte avec reconnaissance l'offre du citoyen Louvet, dis-le-lui, je suis pénétrée de sa bonté et l'en remercierai par le premier courrier. Je regrette mes orangers, mon balcon, le lien ; mais ta ville ne me reverra pas de sitôt. Vends aussi une

1. CeUe lettre appartient à M. MarcelHn Pellet, ancien député, qui l'a publiée dans la République française et dans ses Variétés révolutionnaires^ p. 163.

2. Anne-Jeannc-Conslance Lavaud, cousine germaine du girondin Dncos, morte peu avant le 25 avril 1839(Pg/t7e5 Affiches du 30 décembre 18.39), épouse de Laurent-Paul Nairac, député de Bordeaux à la Constituante, mort à Paris, rue Saint-Denis, n» 317, en avril 1817 [Petites Affiches du l»' mai). Il fut témoin au premier mariage d'Emile de Girardin. (Ch. Nauroy, Le Curieux.)

cassette en bois de noyer ; je suis fâchée de ne pouvoir vendre une partie de mes robes, car mes deux mois de cachot me coûtent horriblement cher. Joseph doit avoir deux bouteilles d'huile que me donna Guéry peu de jours avant mon départ. Fais, je t'en conjure, tout de suite, un envoi de vins, de sucre, de café, de thé, de bougie : tout cela m'est absolument indispensable. Gramont est porteur de 3,200 livres payant ici le mémoire de Sicard. J'imagine qu'avec la vente de mes effets Awson aura assez d'argent; au surplus, Guéry part dans quatre ou cinq jours et en portera encore.

Je voudrais que tout vînt par la diligence ou la messagerie, les rouliers mettant des siècles en route. Le citoyen Ysabeau m'a i)romis de favoriser tout cela ; ainsi, mon amie, adresse-toi à lui, s'il faut quelque permission. Quant aux petits objets, tu pourrais m'en envoyer par des occasions, par des personnes qui partent pour Paris ; on se chargerait peut-être de ces petits paquets et ce serait autant d'épargné ; au demeurant, je m'en rapporte à toi pour l'économie.

Je me bornerai à te dire que Fontcnay a fait mille infamies, m'a vendu des maisons, des terres qui n'étaient point payées et qui étaient vendues par lui argent comptant à d'autres, ce qui diminue considérablement ma fortune. J'avais du savon, envoie-le-moi aussi.

Je voudrais pour cinq cents livres de sucre et de café, tous frais faits; pour autant d'huile, de thé et de savon. Je remets, mon ange, mes intérêts entre tes mains, bien sûre qu'ils ne peuvent être mieux placés ; tire parti de tout.

Je crois devoir te prévenir que la vieille guitare m'a coûté quatre-vingt-seize livres.

Adieu ; comme on n'exprime jamais bien la reconnaissance, je me tais vis-à-vis de ta mère, de ton père et de ton mari, persuadée que ma Constance ne doute pas de sa vivacité, de sa sincérité et de sa durée ; elle est comme l'amitié que je lui ai vouée pour toujours. Thérésia Cabarrus.

Tallien t*aime et t'embrasse de tout son c^'ur ; n'en dis rion à ton mari, en femme prudente.

Paris est calme, heureux. La sérénité est sur tous les visages. Vive, vive à jamais la République ! Périssent les factions, les intrigants, voilà le vœu d'une de leurs victimes. Mon griironnagc est diffus, mais je suis dans un déménagement et je suis pressée. Adresse-moi tes lettres rue Saint-Georges, 9, Chaussée-d'Antin.

lettre de Tallieu à sa femme ^

Rosette, le 17 thermidor an VI.

Je ne sais, ma chère bonne, si tu as reçu toutes mes lettres. Depuis mon départ de France, je t'ai écrit une fois de Bastia, deux fois de Malle et une d'Alexandrie. Depuis cinq jours nous sommes ici, attendant une occasion pour aller au Caire, car il n'est pas sûr de remonter le Nil sans escorte. Dans notre traversée d'Alexandrie, nous avons eu le bonheur d'échapper aux Anglais qui étaient dans ces parages.

Au moment où tu recevras cette lettre, l'on saura déjà sans doute en France la défaite de notre escadre par les Anglais. Nous sommes tous ici dans la plus grande consternation. Je ne puis te donner aucun détail, parce que nous ne les connaissons pas encore d'une manière positive : ce qu'il y a malheureusement de trop certain, c'est que le superbe vaisseau V Orient est sauté dans le combat. Placés sur une éminence qui dominait la mer, nous avons été témoins de cet affreux spectacle. Le combat a duré plus de vingt-quatre heures ; les Anglais ont dû beaucoup souffrir. Nous ignorons encore combien nous avons perdu de vaisseaux. J'ose espérer que les bruits sinistres qui se répandent ne seront pas confirmés. L'amiral Brueys a été tué, ainsi que Ducheyla, et une foule d'autres braves.

Ce n'est pas dans un premier moment que Ton peut porter

1. René Pincebouude, Correspondance intime de l'armée d'Egypte.

un jugement sur les causes de co désastre affligeant pour tout bon Français; il faut, au contraire, s'empresser de repousser la calomnie» qui ne respecte ni le malheur ni la cendre des morts.

Quant à moi, j'ajoute, j'observe, et ne crois pas qu'il soit sage de prononcer au milieu des passions. Nous partons demain pour le Caire ; nous serons les premiers qui annoncerons cette aftligcante nouvelle à Bonaparte, qui, je l'espère, saura juger sa position et supporter avec courage ce premier revers de la fortune. J'avoue que je ne suis pas aussi tranquille sur l'effet que produira cette nouvelle en France. Déjà je vois les ennemis de Bonaparte, de celui des Directeurs qui est son ami 1 sortir de leurs retraites et agiter contre eux l'opinion publique.

Les services passés seront oubliés, chacun voudra se donner le mérite d'avoir prévu ce qui est arrivé. Les partis, les factions mal éteintes se ranimeront et produiront encore dans notre malheureureuse patrie de nouveaux déchirements.

Quant à moi, ma chère amie, je suis ici, comme tu le sais, bien contre mon gré ; ma position devient chaque jour plus désagréable, puisque, séparé de mon pays, de tout ce qui m'est cher, je ne prévois pas le moment où je pourrai m'en rapprocher ; cependant rien ne me fera trahir et l'amitié et mes devoirs. Bonaparte éprouve une chance malheureuse, c'est pour moi une raison de plus de m'altacher fortement à lui et d'unir mon sort au sien.

Ne crois pas cependant que je devienne jamais le partisan d'aucune faction ; le passé m'a assez éclairé pour me rendre sage, et, s'il pouvait, ce que je suis bien loin de penser, se présenter un ambitieux qui voulût ou donner des fers à sa patrie, ou faire tourner les armes de ses défenseurs contre la liberté, alors on me verrait dans les rangs de ceux qui se présenteraient pour le combattre '.

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