Tallien se sert d'une périphrase pour désigner Barras
2. Tallien oublia ces bonnes résolutions car, à peine l'Empire proclamé, il sollicita un emploi de celui « qui avait donné des fors à sa patrie » et avait « fait tourner les armes de ses défenseurs contre la liberté. »
Tu vois, ma chère bonne, que je sais prendre mon parti ; mais je te Tavoue bien franchement, je préférerais mille fois être avec toi et ta fille, retiré dans un coin de terre, loin de toutes les passions, de toutes les intrigues, et je t'assure que si j'ai le bonheur de retoucher le sol de mon pays, ce sera pour ne le quitter jamais. Parmi les quarante mille Français qui sont ici, il n'y en a pas quatre qui pensent autrement.
Rien de plus triste que la vie que nous menons ici. Nous manquons de tout. Depuis cinq jours, je n'ai pas fermé l'œil ; je suis couché sur le carreau : les mouches, les punaises, les fourmis, les cousins, tous les insectes nous dévorent, et vingt fois chaque jour je regrette notre charmante chaumière. Je t'en prie, ma chère amie, ne t'en défais pas.
Adieu, ma bonne Thérésia, les larmes inondent mon papier. Les souvenirs les plus doux de ta bonté, de notre amour, l'espoir de te retrouver toujours aimable, toujours fidèle, d'embrasser ma chère fille, soutiennent seuls l'infortuné
Tallien.
Fais donner à ma mère de mes nouvelles.
Dans mon voyage j'ai fait une perte: M. Bellavoine, le jour de notre départ de Malte, s'est endormi dans quelque cabaret et nous ne l'avons plus vu. J'ai prié Regnault de me le renvoyer s'il se retrouvait.
Minerve est toujours avec moi, il se porte très bien.
Au quartier général du Caire, le 18 fructidor an VI de la République française
une et indivisible.
Bonaparte, général en chef, au citoyen Tallien.
Je vous prie, citoyen, de prévenir le divan que le i'^'" vendémiaire étant le premier jour de Tan, nous avons l'iiabitude de le célébrer avec pompe et que c'est à cet effet qu'on fait quelques travaux sur la place d'Elbékié, qu'il y aura une place
pour eux. Vous aurez soin do les dissuader de l'idée qu'ils pourraient avoir que c'est une fête religieuse. Je vous salue.
Bonaparte.
Au citoyen Tallien, commissaire près le divan^ quartier des FrancSf maison Sauvrem, au Caire.
{Lettre inédite.)
Nous donnons les deux lettres suivantes pour faire voir comme quoi M'"° Tallien savait écrire, même une simple lettre de recommandation, d'une façon peu banale :
Lettre à François de Neufcliâteau, ministre de l'Intérieur.
Je joins mes instances, citoyen minisire, à celles du représentant Le Coulteux de Canteleu en faveur du citoyen Vannier, malheureux rentier privé de toute espèce de ressources et de secours. Votre bienveillance peut le sauver du désespoir : permettez-moi de la solliciter vivement pour ce vieillard et de saisir cette occasion de vous assurer, citoyen ministre, de mon estime, de ma reconnaissance et de ma parfaite considération.
Thérésia Cabarrus-Tallien.
Ce 21 nivôse an VII. — 10 janvier.
(Archives nationales.) — Lettre inédite.
Lettre au citoyen Chaumont.
Le citoyen Chaumont vient à Paris, écrit une lettre avec 1ô laconisme et la légèreté française, oublie d'y insérer son adresse, fait une demande, se fâche sans doute de ce qu'on ne lui répond pas et ne vient pas lui-même faire des excuses d'avoir tardé si longtemps à se faire connaître, ce qui, vu son esprit,
est une faute essoiUicllo commise envers la société. La peine portée contre le citoyen Chaumont est : 1° qu'il se rendra le plus tôt possible chez la personne ^u'ii a ojjensée ; 2^ qu'il n'oubliera jamais qu'il existe à Paris une personne qui s'estimera heureuse de pouvoir lui être de quelque utilité et qui lui en aura même de la reconnaissance.
Savez-vous, monsieur, que je suis réellement fâchée de ce que peut- Ctre vous vous croyez quelques droits de l'être; savezvous bien auc je trouve très mauvais que vous ne m'écriviez plus ei MM-ii est îles mal de montrer qu'on est aimable lorsqu'on veut CPSGci- de l'être? Je ne sais en vérité pourquoi j'ai de l'amitié pour vous, que je n'ai jamais vu ; mais, puisqu'elle existe, je veux, citoyen, que vous m'en teniez compte, car je ne la prodigue pas.
Adieu, citoyen, écrivez-moi ; si vous ne voulez pas venir à Paris, donnez-moi votre adresse et dites-moi surtout en quoi je peux vous obliger.
Salut et estime.
Thérésia Cabarrus-Tallien.