A. DE Vivie, la Terreur à Bordcauœ, t. Il, p
Et elle les aurait portés sur le-champ elle-même au capitaine anglais. Au lieu d'un reçu, elle aurait simplement demandé la liste des émigrés et serait allée rejoindre son oncle sur la place du Théâtre.
Mais le capitaine anglais, admirateur de tant de bonté alliée à tant de beauté, n'avait pu s'empêcher de raconter ce trait dans un café. Des terroristes s'étaient jetés sur lui. Tirant alors son épée, il avait bravement fait retraite, tenant tête à ses assaillants et jetant bas quelques-uns d'entre eux.
Les blessés avaient ameuté le peuple, dénoncé la belle citoyenne comme amie des royalistes et juré de lui faire livrer la liste des émigrants. La foule alors de se porter sur la place du Théâtre où l'on dit que Thérésia se promène en ce moment.
— La liste! la liste! s'écrie le flot hurlant du peuple, en l'entourant avec mille menaces.
M""^ de Fontenay comprend. «: Mais, dit-elle, on vous a trompés, ceux qui se sont embarqués ne sont pas des contre-révolutionnaires. — En ce cas, donnenous la liste, puisque tu l'as dans ton sein. »
Et un homme lui passe la main dans le corsage.
Thérésia recule alors indignée et, prenant ellemême un papier dans son corsage : « Cette liste, ditelle en la brandissant, la voilà; si vous la voulez, venez la prendre! »
Et elle la déchire en petits morceaux qu'elle met incontinent dans sa bouche et avale devant la foule stupéfaite de tant de courage.
C'est à ce moment que Tallien, survenant, se serait interposé pour l'arracher à la fureur du peuple prêt à se précipiter sur eile et, au moment où il venait de donner l'ordre de la conduire en prison, — il l'aurait reconnue! Le soir même, il était allé au greffe de la
prison, s'était fait amener la belle prisonnière et, après une conversation où ses grâces l'avaient absolument subjugué, il l'avait fait sortir en disant devant le geôlier : « Tu es libre, citoyenne, je vais au Comité expliquer l'erreur dont tu es victime. »
C'est là la légende. La vérité se réduirait tout simplement à ceci : Thérésia fit la connaissance de ïallien à propos des réclamations que Théodore Cabarrus dut faire pour rentrer en possession de l'argenterie que les agents du Comité de surveillance, qui auraient eu bien besoin d'être surveillés eux-mêmes, avaient volée chez lui. Des relations toutes de courtoisie s'établirent entre elle et le jeune représentant en mission. Rien de plus naturel : en ces temps troublés, la jeune femme ne devait pas être fâchée de connaître un homme dont la puissance la mettait, elle et sa famille, à l'abri des persécutions. De son côté, le commissaire de la Convention était doublement flatté dans son orgueil de plébéien et dans sa vanité de jeune homme, d'être bien vu d'une femme si belle, et qui avait été marquise !
Arrêtée plus tard, sans doute pour avoir fait quelque imprudence en ce temps de suspicion générale, a pour quelques peccadilles aristocratiques », comme le dit M. Ch. Nauroy\ ou bien parce que ses papiers n'étaient peut-être pas bien en règle, comme le pense M. Villenave-, Thérésia, de sa prison, avait invoqué