‹ La citoyenne TallienChapitre 23 sur 122 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Combien de temps Thérésia resta-t-elle en prison ? — Légende. — Maîtresse de Tallien. • — Fête à Bordeaux pour la reprise de Toulon sur les Anglais. — Thérésia lit un discours au Temple de la Raison. — Sa bonté n'est pas toujours désintéressée. — Le pain des représentants. — Actes de dévouement de Thérésia. — Son énergique intervention auprès de Lacombe, en faveur de M. Louvet. — M. de Paroy. — Le boudoir des Muses. — r Les prétentions de Thérésia. — Un souper à Bordeaux en 1794. — Le représentant Lcquinio. — Manigances de Tallien. — Tous voleurs! — Tallien met de l'eau dans son vin. — Un peu de statistique. — Tallien part pour Paris. — Marc- Antoine JuUicn. — Ses lettres à Robespierre. — Thérésia quitte Bordeaux.

On ne sait pas combien de temps Thérésia demeura sous les verrous ; on ignore aussi bien la date de son entrée en prison que celle de sa sortie. Il est certain (|u'elle n'y était pas avant le 16 octobre 1793, jour de l'entrée de Tallien à Bordeaux. Elle n'y était pas encore le 13 novembre puisque, à cette date, on trouve dans les registres du Comité de surveillance une décision relative à une pétition (|ue Thérésia, amie intime des familles Ducos et Boyer-Fonfrède, avait adressée afin d'obtenir la levée des scellés qui, après la chute des Girondins, avaient été apposés chez

la femme de Boyer-Fonfrcde \ Elle n'y était pas davantage le 25 novembre, jour du vol fait chez son frère par les agents de l'autorité, car tout fait présumer que c'est à l'occasion de ce vol qu'elle entra en relations avec Tallien. D'un autre côté, il est certain qu'elle n'était plus en prison dès avant le 30 décembre, car, ce jour-là, on célébra à Bordeaux une fête triomphale en l'honneur de la prise de Toulon sur les Anglais, et Thérésia Cabarrus, « qui ne craignait plus d'afficher publiquement son intimité avec Tallien, et que l'on voyait presque chaque jour en compagnie du proconsul et nonchalamment étendue dans sa calèche, parcourir la ville dans des atours pleins de coquetterie et gracieusement coiffée du bonnet rouge, devait prononcer un discours dans cette circonstance ^. »

Elle n'est donc restée que très peu de temps en prison, quelques jours tout au plus, un jour seulement peut-être. Et c'est encore ici le lieu de détruire une légende, celle qui veut que, dans sa prison de Bordeaux, Thérésia ait eu les pieds mordus par les rats, vX cela si cruellement, que les cicatrices ne s'en allèrent jamais. Plaisanterie que tout cela! C'est elle encore qui a fait courir ce bruit-là, sous le Directoire, quand elle se montrait partout, les pieds nus et les orteils chargés de bagues ; mais c'était bien plus pour avoir l'occasion de faire voir ses pieds, qui étaient, paraît-il,

1. Voici ce document : « Vu la pétition de la citoyenne Thérésia loiilenay agissant pour la citoyenne Boyer-Fonfrède, le Comité autorise le citoyen Dorgucil à lever les scellés apposés dans les appartements de cette citoyenne, et de réapposer les scellés sur les effets qui seraient susceptibles d'être soustraits à la nation. (1. — Archives de la Gironde, série L, Reg. 490 6i«.) — A. DE ViviE, la Terreur à Bordeauœ.

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