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Marquise de Lage, Soucenlrs, p

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lement, surmonte tous les obstacles. La bonne Frcnelle, qui connaissait l'empire des bijoux sur sa frivole maîtresse, n'hésita pas à les faire intervenir pour la décidera procurer un passeport à une ci-devant marquise dénoncée comme suspecte. « Elle me dit, poursuit M''"" de Lage, que Thérésia avait envie depuis plusieurs jours d'un antique monté en bandeau qui était chez un marchand qu'elle m'indiqua, et qu'on voulait vendre mille écus. » Quelques jours après, l'antique monté en bandeau avait passé sur la tète de Thérésia et la marquise de Lage avait son passeport. « Quelle folie vous avez faite, disait l'heureuse poupée en se regardant à la glace avec son nouveau bijou sur la tête, il est vraiment charmant! »

Quant au comte d'Allonville, qui était reçu chez Tallien dans les deiniers temps de la Convention, et qui y dînait à côté de Thérésia, on s'explique aisément son enthousiasme pour elle, mais, au point de vue historique, on fera bien de ne pas le partager.

Il y a des témoignages plus graves encore que celui de la marquise de Lage. Les Mémoires de Sénar qui, de l'aveu de M. Ernest Hamel, l'éminent historien de Saint-Just et de Robespierre, peuvent être considérés comme exacts en ce qui concerne Tallien, disent que ce commissaire de la Convention, à Bordeaux, « avait défendu de s'intéresser à aucun détenu, sous peine d'arrestation, mais il paraît que cette peine n'était exécutée qu'à l'égard de ceux qui ne pouvaient pas payer... Il écrivait aux deux comités de salut public et de sûreté générale et aux Jacobins que la guillotine produirait en peu de temps quarante millions.

« La Gabarrus avait chez elle un bureau dans lequel on vendait les grâces et les libertés et où l'on

traitait à des prix excessifs : pour racheter leur tête, les riciies payaient avec empressement des cent mille livres ; l'un d eux, ayant eu la faiblesse de s'en vanter, fut repris le lendemain et guillotiné tout de suite. » Ce dernier point expliquerait un passage des Mémoires du comte de Paroy, inexplicable sans cela. Pendant que « la Cabarrus » était emprisonnée à Paris, son fils était à Bordeaux, confié aux soins d'un valet de chambre. Celui-ci, n'ayant plus d'argent pour payer sa pension dans l'hôtel garni qu'il habitait avec lui, eut la pensée d'en aller demander à un négociant, « M. Legris, très riche, que M"'"" de Fontenay avait sauvé de la guillotine..., ayant obtenu sa grâce de Tallicn, qui l'avait fait rentrer dans ses biens moyennant une amende pour les hôpitaux ^ » Le négociant refusa de prêter les trois cents francs qu'on venait lui demander pour payer la pension du fils de sa bien-

1. a Sur les 0,910,000 francs d'amendes infligées par la Commission militaire, 1,000,000 fut attribué aux sans-culottes et 1,325,000 francs à la construction d'un hospice qui ne fut jamais commencé : ces fonds paraissent avoir été dilapidés... Il faut lire à cet égard les philippiques de Cambon, l'austère financier de la Convention nationale. >> (A. de Vivie, la Terreur à Bordeaux, t. II, p. 402.)

Indépendamment de cet argent qui fut dilapidé administrativcmcnt, il est hors de doute (uie Tallien ait traité directement, de gré à gré, avec les malheureux à qui il vendait la liberté et la vie, disant que c'était une amende pour les hôpitaux.

Thérôsia n'a pas démenti ce qu'elle appelle les « atroces calomnies » portées contre elle et Tallicn. Elle s'est contentée d'en gémir, de dire que Tallien « sauva la France au 9 thermidor m, (lue « c'est un peu par sa petite main à elle que la guillotine a été renversée » et finalement, elle se demande, la pauvre femme : « Qu'ai-je donc fait à ce Sénar?... » tant elle est désolée de ce qu'il ait parlé de choses qu'elle eût mieux aimé qu'on laissât dans l'oubli. Et, au fait, M'-'^de Chimay n'était plus la femme de Bordeaux, non plus que celle du Directoire, et ces bribes du prissi':, qu'on lui jetait pour ainsi dire à la face, devaient cruelleniciil la faire souffrir.

faitricc. Il cs( inflnimonl probable que sa bourse avait essuyé une trop Ibrlc saignée pour les hôpitaux et qu'il se considérait comme quitte envers le conventionnel et sa maîtresse. 11 ne le dit pas, car il était dangereux alors d'avoir la langue trop longue, mais il refusa net.

D'ailleurs^ menant grand train, ne se refusant aucun luxe, Tallicn et Thérésia avaient d'incessants besoins d'argent, et ce n'est pas la modeste indemnité de représentant du peuple qui pouvait suffire à leurs dépenses : quant à la fortune de Thérésia, elle avait été fortement entamée par M. de Fontenay et, dans ces temps difficiles, la jeune femme avait de la peine à percevoir le revenu de ce qui en était resté.

Le faux ménage passait joyeusement son temps : on donnait des dîners où, parmi la misère générale et la disette de toutes subsistances, la chère était exquise, accompagnée des vins les plus renommés du département et de pain blanc, le seul qui fût dans Bordeaux et qui était fait exprès pour la table de ïallien : on l'appelait le pain des représentants. Le jeune couple ne sortait qu'en voiture et les Bordelais ne parlaient que du « char de Tallien dans lequel la Cabarrus, appelée Dona Thérésia, se faisait traîner avec son amant dans un pompeux étalage, courrier devant, courrier derrière : la Cabarrus était affublée d'un bonnet rouge sur la tête. Souvent il allait en voiture découverte, et la Cabarrus, connue pour prostituée, était promenée en déesse, tenant une pique d'une main, et mettant l'autre sur l'épaule du représentant Tallien.^ »

Cette brillante existence est une bien vilaine page

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