‹ La citoyenne TallienChapitre 30 sur 122 · Cit. Tal · texte numérisé non relu

Cit. Tal

« Lacombc résista longtemps, mais séduit enfin par son interlocutrice, qui régnait après tout sur l'esprit et le cœur de Tallien à qui il devait sa situation présente, il promit de sauver la tète de Louvet s'il se constituait prisonnier.

« Louvet avait tout entendu et remercia chaleureusement Tliérésia.

« Toutefois il hésita longtemps. Las enfin de la vie précaire où le mettait l'obligation de se tenir caché, il se constitua prisonnier.

« Son procès s'instruisit et l'affaire fut appelée. De l'audience même, où les débats avaient été assez vifs, Louvet put envoyer quelques mots à M™° Tallien : « Je suis perdu si vous m'abandonnez ! »

« Thérésia n'hésita pas. Elle se rendit au tribunal. On délibérait sur le sort de Louvet. Thérésia entra dans le cabinet de Lacombe et le fit demander. Le président répondit que le tribunal délibérait et qu'il ne pouvait sortir.

« Thérésia insista. Lacombe vint.

« — Tu n'as pas oublié, je l'espère, lui dit-elle, la promesse que tu m'as faite pour Louvet. Dans tous les cas, je viens te la rappeler. Tu m'as promis de le sauver...

« — Mais les faits sont graves, dit Lacombe, et je ne sais si je pourrai...

« — Il ne s'agit pas de cela, dit Thérésia avec résolution, tu as promis de le sauver, sauve-le.

« Puis elle ajouta d'un ton plus bas et d'une voix stridente :

— Je te préviens que ta tête me répond de la sienne!

« Elle se retira sur ces paroles menaçantes.

« Lacombe rentra à l'audience : deux voix étaient

pour la mort, deux pour l'amende : la voix du président fit pencher la balance et Louvet fut sauvé. Il eut seulement trois mois de prison et vingt-cinq mille francs d'amende. »

Nous avons tenu à reproduire le récit de cet épisode tel que nous Ta communiqué M. de Vivie. Le tempérament de M™" Tallien, son caractère, son énergie s'y détachent à merveille. On peut voir que, si elle n'était pas précisément ce qu'on nomme une gaillarde, elle était loin aussi d'être une femmelette, et que, pour faire le bien, elle savait mener haut la main les hommes les plus farouches, comme ce Lacombe. On voit également qu'elle n'hésitait pas à se déranger pour une œuvre d'humanité et qu'elle n'avait point de cesse qu'elle ne l'eût accomplie. Mais que de volonté dans cette jolie tête! et que de cœur dans cet admirable corps de femme !

Cette fois, la belle Thérésia ne recueillit pas d'ingratitude : la preuve s'en trouve dans une lettre qu'elle écrivit après le 9 thermidor, à une amie de Bordeaux, M™° Constance Nairac, cousine germaine du girondin Ducos. Elle y exprime sa reconnaissance pour elle et sa famille et aussi pour une offre que lui fait M. Louvet; elle se dit pénétrée de sa bonté et ajoute qu'elle se réserve de l'en remercier. Cette lettre confirme parla même, l'exactitude du récit qui nous a été si aimablement envoyé de Bordeaux^ Elle confirme aussi la bonté de Thérésia, car nous y voyons le nom d'une autre personne qu'elle a arrachée à la prison. « Je n'ai jamais craint de me compromettre pour l'innocence opprimée, dit-elle ; ton mari en est la preuve... »

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