‹ La citoyenne TallienChapitre 48 sur 122 · Voir ce rapport à V Appendice · texte numérisé non relu

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jours que nous sommes enfermés : on nous dit que nous sortirons demain, mais n'est-ce pas là un vain espoir?

« Citoyenne Tallien, Joséphine V''" Beauiiaunais,

d'Aiguillon. »

« Ces trois noms mis au bas de l'inscription étaient certainement de nature à commander le respect et, pour éviter toute dégradation, M"^ de Soyecourt fit recouvrir cette partie de la muraille d'un petit châssis vitré.

« Mais il faut se demander si c'est bien authentique, d'abord le mot enfermés au masculin? puis les signatures ^ ? »

Il n'y a pas à s'arrêter à une faute d'orthographe : les lettres de M™^ Tallien, comme celles de Joséphine, en fourmillent. Celles de Voltaire en étaient pleines. Tout le monde alors en faisait, plus ou moins. Mais on peut remarquer que Thérésia n'a jamais signé Cltoijenne Tallien : à ce moment, elle n'était pas encore mariée avec le représentant Tallien et signait Cabarrus-Fontenay. Et puis, jamais Thérésia ne mit les pieds, comme prisonnière, à la maison des Carmes. Cette inscription ne peut donc en aucune façon être considérée comme l'œuvre d'une seule des trois femmes dont elle porte la signature.

Enfermée à la Petite-Force et au secret, combien elle dut souffrir, la pauvre jeune femme, habituée comme elle Tétait à tous les raffinements du luxe et jetée tout à coup dans un lieu qui n'offrait pas plus de confortable qu'un cul de basse-fosse! Enfin, nos pères, moins difficiles que nous, estimaient que, comme

1. Alexandre Sorel, Le coucent des Carmes pendant la Terreur, pp. 317-325 (Paris, Didier, 1863).

antichambre de la mort, c'était suffisant. Taine fait, de cette prison primitivement destinée aux assassins et aux voleurs, une description qui est à donner la nausée : « Au pied de l'escalier, et sous les lucarnes qui servent de fenêtres, sont deux loges à cochons; des latrines communes au bout de la salle et le baquet de nuit achèvent d'empoisonner l'air... Les lits sont des sacs de paille fourmillant de vermine... On impose aux prisonniers la nourriture et la gamelle des forçats. » Tout cela était répugnant au dernier point, mais on n'a pas oublié que Thérésia avait du courage et qu'elle savait surmonter ses répugnances. D'ailleurs, à vingt ans, quelle misère n'accepte-t-on pas joyeusement? Elle souffrit, sans doute, mais en bonne compagnie. Les débris de l'ancien régime, hommes et femmes, enfermés avec elle, n'étaient, pas plus qu'elle, habitués à ce nouveau régime et en souffraient tout autant ; il y avait entre autres le maréchal de Ségur, le glorieux blessé de Rocoux et de Lawfelt, l'ancien ministre de la guerre de Louis XVI, qui, amputé d'un bras par le canon autrichien, s'attendait chaque jour à subir une amputation plus grave...

Il fallait avoir l'âme solidement trempée ou singulièrement frivole pour ne pas se laisser aller au découragement dans un pareil endroit, avec la guillotine toujours en perspective. Quelques prisonniers étaient pris d'une invincible torpeur au milieu de cette oisiveté forcée et cherchaient à oublier leurs angoisses dans le sommeil ; d'autres réagissaient contre le malheur et contre la privation, plus sensible encore, de ces mille riens qui sont tout dans certaines existences et cherchaient à communiquer à leurs compagnons et compagnes d'infortune la fermeté qu'ils n'avaient peut-être pas tant qu'ils voulaient bien le dire. C'est

Cliché J. T.

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