‹ La citoyenne TallienChapitre 5 sur 122 · Cit. r.ii · texte numérisé non relu

Cit. r.ii

dans cette guerre d'escarmouches, elle n'a garde de ménager les armes de son arsenal d'attaque. Car, l'avez-vous remarqué ? ces grandes coquettes ne sont outillées que pour l'attaque et n'ont pas d'armes pour la défense.

Avec cela, de belles épaules et de beaux bras qui n'ont qu'un défaut, celui d'être donné trop souvent à baiser, comme une patène, aux gens dont elle attend un service ou qu'elle veut remercier d'une attention. La tournure est aisée, pas façonnière du tout. Ce n'est pas à dire que Thérésia ne l'ait pas étudiée longuement devant sa psyché, mais elle ne le laisse pas voir. Elle n'est nullement gênée de sa grande taille, au contraire des autres femmes qui, lorsqu'elles déplissent un peu les dimensions réglementaires, sont embarrassées d'elles-mêmes et gênent chacun de leur gênante personne.

Une personne qui ne se gênait guère, il faut bien le dire, c'était M. de Fontenay. Il ne semble pas qu'il ait beaucoup apprécié les grâces et perfections de sa jeune femme. Et, d'abord, était-il bien le mari qui lui eût convenu? Était-il en homme ce qu'elle était en femme? Était-il « le mâle > de Thérésia? Pas tout à fait, à en croire, non pas sa femme, ce serait trop naturel, mais M. de Norvins^ et les Mémoires inédits cités par M. Forneron, qui disent qu'il était petit et roux, ce qui, on ignore pourquoi, n'a jamais passé auprès des femmes pour des attraits irrésistibles. On n'en sait pas plus long sur les qualités physiques de M. de Fontenay. Sur ses qualités morales on en sait davantage, grâce à quelques indiscrétions de

1. J. DE NoRviNS, Mémorial^ t. I, p. 169. — Nous citons ce passage un peu plus loin, p. 20.

sa charmante femme. Il en manquait totalement. Ce qu'on n'ignore pas non plus, c'est que le joune ménage prit, dès le départ, une allure des plus fâcheuses. Il était allé s'installer, sitôt après la cérémonie du mariage, dans une maison de l'île Saint-Louis, qui avait un jardin. « Le curieux qui, venant de Notre-Dame de Paris, prend la rue Saint-Louis, trouve à sa droite une grande maison dont les sculptures attirent son attention; elle occupe aujourd'hui les numéros 51, 53, 55 et le n° 1 de la rue Budé, jadis rue Guillaume... C'est là ce qu'on appelait alors l'hôtel Fontenay^ » Les jeunes époux habitèrent ce quartier paisible, véritable ville de province au sein de la capitale, jusqu'à la fin de riiiver; ils passaient la belle saison dans leur maison dcFontenay-aux-Roses. Tous deux aimaient le monde. M. de Fontenay eut hâte d'y conduire sa femme. C'était aussi pour lui une manière d'y retourner. De son côté, Thérésia y trouvait trop son compte pour s'aviser de priver son mari de ce plaisir.

On était en 1788, à la veille de la Révolution. On sait combien les salons de Paris étaient brillants à ce point culminant de leur histoire, après lequel la tempête en fit des ruines et en dispersa les débris dans tousles coins de l'univers. La beauté, l'extrême bonne grâce de M""^ de Fontenay y firent un effet prodigieux. Un jeune homme de ce temps, qui se trouvait dans le salon de M""" de la Briche lorsque les jeunes mariés, en visites de noces, y firent leur entrée, a raconté cet épisode de la vie mondaine. Il faut reproduire son récit ; il donnera en même temps le croquis d'un des premiers salons de l'époque : « L'un de ces dimanches où la ville et les faubourgs, dit M. de Norvins-

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