‹ La citoyenne TallienChapitre 51 sur 122 · Barkre, Mémoires^ t. II, p · texte numérisé non relu

Barkre, Mémoires^ t. II, p

3. Député (le l'Avcyron, lerrorisle effréné, plus tard fonctionnaire do l'Einpirc. Il fit une grosse fortune comme trésorier général de la Somme.

— Je demande un décret d'accusation contre Ro- I)espierre, ajoute Lozeau.

On les vote.

C'est alors que Robespierre jeune, dans un mouvement d'amour fraternel que l'on n'a pas assez admiré \ demande à partager le sort de Maximilien.

On l'accorde.

Fréron, que cette simplicité dans le dévouement a fait un instant trembler pour le résultat de la journée, — comme si la générosité était aussi contagieuse que les mauvaises passions! — dit, en s'essuyant le front que l'effroi a fait perler non moins que la chaleur : « Ah! qu'un tyran est dur à abattre! »

Et ce Fréron, qui a mitraillé Toulon et noyé Marseille dans le sang, crie : Vive la Liberté! vive la Piépublique!

Maximilien et Augustin Robespierre, Saint-Just, Couthon, Le Ras, décrétés d'accusation, sont traduits à la barre et emmenés par une brigade de gendarmes.

La séance était terminée, mais la journée ne l'était pas. La Commune, au fait des événements, était réunie. Elle rendit arrêté sur arrêté, défendant aux directeurs de prisons d'écrouer un seul nouvel individu sans un ordre formel du maire Fleuriot-Lescot,... ordonnant qu'une députation du conseil général irait, avec la force armée, délivrer Robespierre et ses collègues décrétés d'accusation,... appelant le peuple aux armes...

Les nouveaux maîtres de la France, non moins actifs que la Commune, avaient repris séance à sept heures. Ils rendaient à la Commune coup pour coup

1. Quelle différence avec la conduite des deux frères du mallieureux Louis XVI, qui filèrent à l'étranger dès que la place devint dangereuse pour le roi à Paris !

et ripostaient à ses arrêtés par des décrets les annulant. La victoire leur demeura.

Conduit de prison en prison — car toutes les portes, conformément à l'ordre de la Commune, se fermaient devant lui, — Robespierre fut amené à l'administration de la police sur le quai des Orfèvres et conduit enfin à rilùtel de Ville par une dépulation de la Commune.

Il était huit heures et demie du soir. Peut-cire aurait-il pu, grâce à sa popularité, rétablir ses affaires. Mais il n'était pas homme d'action. Il hésita, perdit du temps et, consentant enfin à signer un appel à la section des Piques que venait de rédiger le représentant Lerebours, il avait écrit les deux premières lettres de son nom, Ro...., lorsqu'il s'interrompit brusquement : un coup de pistolet, tiré par un assassin soldé ', lui fit tomber la plume des mains. La balle l'avait atteint à la joue, lui déchirant les chairs, brisant l'os maxillaire inférieur et éclaboussant de taches de sang le papier sur lequel il écrivait^.

Robespierre abattu, la lutte était finie. La victoire définitive restait à ceux que l'on a appelés les Thermidoriens. C'était un triomphe d'intérêts personnels sur d'autres intérêts personnels : c'est pour cela que l'acharnement avait été si sauvage. Mais de doctrines, d'idées, point.

1. C'est Léonard Bourdon, à en croire E. Hamel, le très crudit historien de Robespierre et de Saint-Just, qui recruta cet assassin de vingt ans, nommé Mcrda. Ce vilain drôle devint colonel, baron de TEmpire et eut l'honneur, qu'il ne méritait pas, d'être tué à la tête du l""" régiment de chasseurs à cheval le jour de la bataille de la Moskowa. (Voir à ce sujet Le général Curely, par le général Tlidumas, p. 22.)

2. Un fac-similé de ce j)apier, photographié à demi-grandeur de l'original, document saisissant s'il en fut, est annexé aux Aiemoires de Barras, t. I, p. 191.

C'était le cas, pour les vainqueurs, de montrer leurs sentiments de modération et d'humanité, — s'ils en avaient eu. Comme si elles avaient attendu un contreordre, les charrettes chargées de porter à la place du Trône-Renversé la pâture journalière de la guillotine s'attardaient dans la cour du palais de justice^ elles attendaient... et elles parurent ne s'éhranlcr qu'à regret pour leur lugubre destination. Il était cinq heures. La Convention aurait eu le temps d'envoyer, par un exprès, l'ordre de surseoir aux exécutions : elle ne le fit pas. Ceci n'est-il pas une preuve que les Thermidoriens ne songeaient nullement à abolir le régime du sang? Ils n'eurent pas non plus la moindre idée de clémence, le lendemain, et la guillotine régla définitivement leurs démêlés avec Robespierre, son parti et la Commune de Paris; soixante-dix victimes portèrent ce jour-là leurs tètes sur l'échafaud, et c'est dans le sang, sur un lit de cadavres, que s'inaugura le règne des Thermidoriens.

Ce ne fut que quelques jours après, et sous la pression de l'opinion publique, que les exécutions furent suspendues, les prisons ouvertes peu à peu et la Terreur mitigée. Mais les Thermidoriens, qui bénéficièrent ainsi d'une réputation de clémence, et dont l'histoire a fait des soldats de l'humanité, méritaient tout autant que ceux qu'ils venaient de jeter à bas qu'on leur appliquât les dernières et vengeresses imprécations de Chénier que le tribunal révolutionnaire, ce

...tribunal impie Qui mange, boit, rote du sang

venait d'envoyer à la mort ; de Chénier qui écrivait, au

moment où l'on vint le prendre pour le faire monter sur la fatale charrette :

Mourir sans vider mon carquois !

Sans percer, sans fouler, sans pétrir dans leur fange Ces bourreaux barbouilleurs de lois !

Quant à Robespierre, sans chercher à faire de lui une innocente victime, comme quelques amis posthumes l'ont essayé, on peut en penser ce que disait plus tard son ami le docteur Souberbielie : « Un homme de sang, lui, le plus probe des citoyens; un homme de sang, jamais! Écoutez ceci : Henriot, son ami, lui dit : « Pour en finir d'un seul coup, il faut « faire tomber cent mille têtes. » Que fit Robespierre? Il fit guillotiner son ami Henriot. Et vous me direz après cela que c'était un homme de sang ^ ! »

1. Docteur Cabanes, Cabinet secret de l'Histoire, l'" série, p. 129. — Extrait d'une lettre du docteur Garât, de Bordeaux, qui avait connu Souberbielie. — Il n'y a qu'un petit maliicur à cette jolie boutade de Souberbielie, c'est que Hanriot (et non Henriot) fut décrété d'accusation le 9 thermidor en môme temps que Robespierre et que les Thermidoriens les envoyèrent tous les deux à la mort en même temps, le 10 thermidor.

CUAPiniE V

Triomphe des Thermidoriens. — Thérésia sort de prison. — Popularité colossale de Tallien. — Fermeture du Club des jacobins. — Tableau de Paris après le 9 thermidor. — Mariage de Tlicrésia et de Tallien. — La Cliaumière. — Luxe et extravagances de toilette de M""" Tallien. — Ses déceptions d'ambition. — Agissements louclies de Tallien. — Tiraillements dans le ménage. — M*"" Tallien inspiratrice de son mari. — Reine de la mode. — Le salon de la Chaumière. — Politicien et agioteur. — Luxe et misère. — Tallien à Quiberon. — Ses intrigues royalistes. — Anniversaire du 9 thermidor. — Toasts. — Exécutions de Quiberon. — Le général Bonaparte chez M""* Tallien.

Après leur triomphe, les Thermidoriens curent un moment d'ctonnement. Tallien n'était pas parmi les moins étonnés. Il se voyait devenu l'homme du jour pour avoir osé attaquer Robespierre en face et avoir entraîné la masse des indécis. Il entrevoyait vaguement qu'il y avait pour lui une grande situation à prendre dans la Convention après cet acte qui le mettait tellement en évidence, et c'est à lui que les tlatteurs, qui lui voyaient déjà une grande autorité, rapportaient tout l'honneur de la journée. Croyant aisément ce qui le flattait, Tallien n'avait garde de les contredire. En politicien avisé, il chercha à tirer le plus grand parti possible de son succès. L'intérêt per-

ig. — Cit. Tal.

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