‹ La citoyenne TallienChapitre 67 sur 122 · Cit. Tal · texte numérisé non relu

Cit. Tal

Dame, donné avec plusieurs variantes dans ses épithètes, à une femme qui ne rappelait la mère du Christ en aucune façon, si ce n'est par une bonté qui était plutôt attachée au rôle qu'elle avait pris qu'à sa douce indifférence native. C'est Notre-Dame de Bon-Secours, c'est Notre-Dame de Thermidor. . . Il est vrai que, dans ces temps d'incrédulité générale, on ne prenait guère plus au sérieux cette Notre-Dame que les autres. Le peuple, lui, injuste souvent dans ses aversions comme dans ses engouements, lui donna aussi le sobriquet de Notre- Dame de Septembre. Il semblait qu'on voulût à toute force faire d'elle une Madone et la canoniser, fût-ce au prix du plus exécrable souvenir. Mais c'était l'usage, à cette époque, où le temps se passait presque entièrement en causeries, de donner un surnom à chaque personne en vue : n'allait-on pas avoir bientôt le général Vendémiaire ?

Cependant le règne de la Convention touchait à son terme. Il avait failli être écourté par le mouvement royaliste du 13 vendémiaire. Heureusement pour l'Assemblée que le général Bonaparte, choisi par Barras, pour commander sous ses ordres, la tira d'affaire : l'attaque avait été, du reste, comme toutes les autres tentatives royalistes, menée en dépit du bon sens; et, si Tallien avait quelque intérêt dans l'affaire, il en fut pour ses espérances. Il en fut aussi, toujours à propos d'intiigucs avec les royalistes, pour sa honte. La Convention ne termina pas sa longue session sans qu'il entendit encore porter des accusations sur l'ambiguïté de sa conduite. A la séance du 1" brumaire (23 octobre), le représentant Thibaudeau ^ dit, au mi-

1. Thibaucican survécut à tous ses collègues de la Convention et devint, sous le second Empire, sénateur de Napoléon III.

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lieu d'un silence attentif : « Les agents du gouvernement à Gènes et à Venise ont écrit, il y a quelque temps, que les émigrés comptaient beaucoup sur Tallien pour rétablir le royalisme. Une lettre du prétendant Monsieur, signée de lui, annonce qu'il a de grandes espérances sur Tallien. Les pièces existent aux Comités ^ »

j^jme xallien n'aurait donc pu, comme le fit M"''* Roland, s'appeler orgueilleusement la femme de Gaton : elle n'en eut pas plus la pensée qu'elle n'avait eu, à Bordeaux, celle d'être une seconde Lucrèce , dans ce temps de classiques à outrance, elle aurait pu dire, de chacun de ces exemples de l'antiquité :

Souffrez que je l'admire et ne l'imite point.

Ce qu'elle n'admirait plus, c'était son mari. Elle voyait nettement qu'il était complètement démonétisé et qu'il serait à tout jamais condamné à demeurer dans sa brouillonne incapacité. Ses espérances étaient donc déçues de ce côté-là. Il lui fallait bien en prendre son parti.

C'est à peu près à ce moment, mais avant le 13 vendémiaire, que le général Bonaparte fut introduit chez M"'^ Tallien. C'est Barras qui l'avait présenté-. Malgré sa pauvreté, qui perçait sous son uniforme usé, la bienveillance de la maîtresse de maison l'engagea à revenir. Le jeune Corse n'eut garde de négliger une maison qui pouvait lui être utile. Il commençait à voir, depuis qu'il était à Paris, la grande inlluence que les femmes avaient dans les affaires. 11 écrivait à son frère Joseph. . . : « Les femmes

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