‹ La citoyenne TallienChapitre 68 sur 122 · Barras, Mémoires, t. I, p · texte numérisé non relu

Barras, Mémoires, t. I, p

sont partout : aux spectacles, aux promenades, aux bibliothèques. Dans le cabinet du savant, vous voyez de très jolies personnes. Ici seulement, de tous les lieux de la terre, elles méritent de tenir le gouvernail ; aussi les hommes en sont-ils fous, ne pensent-ils qu'à elles et ne vivent-ils que par et pour elles.

« Une femme a besoin de six mois de Paris pour connaître ce qui lui est dû et quel est son empire^ ».

jyjrae xallien, qui pensait que tout lui était dû et que le monde avait été fait spécialement à son usage, était donc courtisée par celui qui allait bientôt avoir la même manière de voir pour son propre compte. Le petit général, qui savait par intuition que les femmes cotent le mérite des hommes selon le plus ou moins d'attention qu'ils ont pour elles, faisait mille efforts pour se concilier la faveur de la souveraine de la Chaumière et de Paris. Le financier Ouvrard nous a laissé le joli tableau d'une des soirées de la Chaumière, où Bonaparte, prenant « le ton et les manières d'un diseur de bonne aventure, s'empara de la main de M"""" Tallien et débita mille folies^ ». S'étant ainsi acquis la bienveillance de la jeune femme, le général voulut employer son crédit pour obtenir une faveur. On sait combien il était besogneux à cette époque : chef de brigade d'artillerie à la suite, sans solde, il prenait ses repas chez M™° Permon, amie de sa mère, et promenait ses bottes éculées et son uniforme râpé dans toutes les rues de Paris. Un soir il pria M"'° Tallien de s'intéresser à lui. C'est elle, il le savait, qui était la grande dispensatrice des faveurs et des grâces; devant elle, tout s'aplanissait; sa volonté était plus

1. Comte DE SuRviLi.iEHS (roi Joseph), Mémoires, Lettre de Napoléon à son frère, 18 juillet 1795.

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