‹ La citoyenne TallienChapitre 69 sur 122 · OuvHAKD, Mcinuircs, t. I, p · texte numérisé non relu

OuvHAKD, Mcinuircs, t. I, p

forle que la loi. Un arrêté du Comité de salut public an III accordait aux officiers en aclivilé du drap pour habit, redingote, gilet et culotte d'uniforme. Bonaparte, qui était à la suite, n'avait aucun droit à ces prestations. Il le savait bien. Mais il savait aussi que si M"'® Tallien le demandait pour lui, on ne refuserait rien à M'"^ Tallien. Il la pria donc de lui donner une lettre pour M. Lefeuve, ordonnateur de la IT" division. La lettre opéra comme par magie et Bonajiarte eut son uniforme neuf. C'est pour cela qu'on a dit depuis qu'il « devait ses culottes » à M""" Tallien.

Cette petite histoire a été contée autrement, et avec des fioritures de roman, par M. Alissan de Chazet, à qui M'"° Tallien l'avait contée en l'embellissant, et aussi par M'""' Sophie Gay, qui, la tenant de la même source, la raconta de la môme façon. M. Lairtulier, dans ses Femmes célèbres, la répète d'après cette version, mais celle d'Ouvrard est la seule qui soit exacte.

Le salon de Tallien était très suivi à cette époque, moins, on peut le croire, pour le maître que pour la maîtresse de maison. Là se combinaient les intrigues des politiciens, là se traitaient les affaires de fournitures pour les armées, les spéculations sur les biens nationaux : politique véreuse, affaires véreuses, qui attiraient dans les salons de la Chaumière tout ce qui était mêlé à la vie enfiévrée de cette époque. C'est là aussi que se distribuèrent les rôles pour la journée du 13 vendémiaire qui sauva la représentation nationale et fit surgir l'homme qui devait plus tard la briser et se substituer à elle.

Mis en évidence par sa victoire, ce « général de rue » fut récompensé largement et reçut même de grosses indemnités pécuniaires. Nommé commandant en chef de l'armée de rintérieur, logé dans l'hôtel de

la rue des Capucines, Bonaparte fréquenta de plus en plus la Chaumière. Et, pendant qu'il était auprès de sa femme, Tallien, tourmenté du besoin de faire parler de lui, — peut-être pour faire oublier ses intrigues avec les royalistes, peut-être pour assurer sa réélection — monta un jour à la tribune pour accuser un certain nombre de ses collègues d'avoir été complices de la faction royaliste au 13 vendémiaire. L'accusation était ridicule, absurde ; cependant pas une voix ne l'appuya. Elle ne servit qu'à raviver les ferments de haine qui couvaient sous la cendre et à faire adopter la loi de vengeance et d'exception du 3 brumaire. Ce fut le dernier acte législatif de la Convention. Le lendemain, 4 brumaire an IIÏ, l'Assemblée se séparait au milieu des haines politiques bouillonnantes et, pour cela sans doute, pour des souvenirs plus anciens peut-être, donnait le nom de « place de la Concorde » à la place sur laquelle avait été élevé le premier échafaud.

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