‹ La citoyenne TallienChapitre 70 sur 122 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Avènement du Directoire. — Le Directeur Barras. — Tristesses et soucis de Tallien. — Splendeurs et misères. — Le salon de M""* Tallien. — Nouvelles intrigues avec les royalistes. — Les bals publics sous le Directoire. — M""" de Beauharnais et M""» Tallien au Luxembourg. — Le salon de Barras. — Bonaparte et M"" Tallien. — Fête en l'honneur de Farmée d'Italie. — Toilettes et perruques. — Les « sans-chemise ». — Médisances et cancans. — Corruption générale. — Les <«. dames pour accompagner » M""* Tallien. — La famille de Barras au Luxembourg. — La main de M™° Tallien dans le coup d'État du 18 fructidor.

Le Directoire fut bien le pire de tous les gouvernements que la France eut à sul)ir. Ce fut le règne des Thermidoriens, des « pourris », et leur pourriture s'étendit de proche en proche jusqu'aux masses honnêtes de la population. C'est cette corruption, le plus redoutable de tous les dissolvants pour une nation, surtout pour une démocratie, qui prépara l'asservissement de la France. Sans les excès de corruption, sans les excès de pouvoir du Directoire, jamais Bonaparte n'aurait pu faire son coup d'État de brumaire.

On se figure généralement l'époque du Directoire comme un temps de fêtes et de divertissements sans fin. Il y en eut, à la vérité, mais dans une portion infime de la France, ou plutôt de Paris. Le bruyant

troupeau des fournisseurs des armées, des agioteurs, des banquiers, des enrichis de tout acabit, aurait pu faire croire par son luxe et ses prodigalités à ia prospérité de la France si, autour de lui, ne s'était trouvé grouillant l'immense troupeau des malheureux mourant de faim. Le scandale des fortunes récentes, de gens qu'on savait enrichis par la spoliation, par le vol, par le trafic de la vie et de la liberté des citoyens, s'affichait sans pudeur au milieu des misères de la rue; et le gros du peuple en était arrivé à un tel affaiblissement physique et moral par suite de ses privations, qu'il voyait ce révoltant spectacle avec un hébétement passif et résigné, sans même avoir la force de s'indigner. Cette décomposition des caractères était le résultat du provisoire qui régnait depuis cinq ou six ans, des convulsions qui avaient ébranlé le pays durant cette longue crise, des mauvaises passions et des idées fausses qui l'avaient désorienté : il était dû aussi aux pernicieux exemples donnés par les hommes corrompus qui détenaient le pouvoir à tous les degrés de la hiérarchie, dans toutes les branches des administrations.

Les nouveaux chefs de la France, les cinq Directeurs, par la diversité de leur caractère, celle de leurs vues, de leurs tendances, ne semblaient pas capables de marcher avec l'union indispensable pour donner une impulsion uniforme au pays, pour panser ses plaies saignantes, ramener peu à peu la paix dans les esprits et dans les provinces, faire renaître le travail et donner du pain à tout le monde. Le gouvernement allait à hue et à dia : les esprits suivaient le mo»vement.

Une apparence de vie et de splendeur enveloppait pourtant le palais du Luxembourg, siège du Diroc-

toire exécutif. Des soldats, superbes de prestance et de tenue, montaient la garde à toutes les portes\ Des voitures élégantes garnies des plus coquettes merveilleuses, des tilburys élevés, conduits par de brillants muscadins, entraient au palais, en sortaient à toute heure de jour et de nuit, au risque de rouer sous les voûtes les malheureux qui n'allaient qu'à pied. Mais c'est surtout chez Barras, l'un des cinq Directeurs, que se rend toute cette foule. Des femmes d'une élégance recherchée, W^ de Forbin, M"° de Châteaurenault, M"'^ de Beauharnais, sont les plus assidues. M""' Tallien l'est davantage. Elle va au Luxembourg tous les matins et déjeune presque chaque jour avec le jeune Directeur.

Le vicomte de Barras, à la fin de l'année 1195, n'a pas plus de quarante ans, Il est grand, bien fait, vigoureux, poseur. Il a cette médiocrité présomptueuse qui en impose aux hommes, cette fatuité insolente qui séduit les femmes, ces vices distingués qui font qu'elles l'adorent. Mais ce n'est qu'un drôle. A sa corruption accomplie, ce drôle joint pourtant une qualité : comme Thérésia, il a horreur de la mesquinerie. Comme elle, il est aimable dans ses propos ; de plus, il est accommodant pour placer dans les emplois de la République tous les fripons qu'on lui recommande, pour faire adopter toutes les affaires véreuses qu'on lui propose, car tout cela lui rapporte : il fait argent de son crédit, vend les radiations de la liste des émigrés et empoche des pots-de-vin. Mais il a si bonne grâce à le faire! Et puis il a un si beau costume! Qui donc porte mieux que lui cet habit-manteau nacarat

1. Il y avait une garde du Directoire, composée de 140 hommes à pied et de 140 hommes à cheval.

brodé d'or, cette veste blanche brodée, cette écharpe bleue frangée d'or, ce col de mousseline garni de dentelles? On le prendrait presque pour une femme, de loin, tant il a bonne mine avec son chapeau rond panaché de grandes plumes tricolores, son visage rasé, ses bas de soie blanche et ses souliers à bouffettes, — s'il n'avait à ses côtés ce glaive de forme antique, comme un glaive de la loi. Ah! ce n'est pas ce bossu de La Revellière, cette espèce de singe habillé, qui représente aussi dignement le gouvernement ! On dit bien tout bas que Barras a fait des atrocités dans le Midi, qu'il a mitraillé Toulon, qu'il a pillé les églises de Marseille avec son ami Fréron, que tous deux sont comptables envers le Trésor d'une somme de huit cent mille francs : mais le 9 thermidor n'a-t-il pas donné quittance de tout cela? Et Cambon, cet imbécile d'honnête homme, n'a~t-il pas honte d'avoir cherché noise sur ce sujet à un aussi bel homme?

Comme les autres Directeurs, Barras est logé au Luxembourg et la plupart des gens qui y viennent ne viennent que pour lui. Il a toujours mille affaires en train, reçoit une foule d'intrigants et surtout d'intrigantes. Il a plus d'une liaison à la fois : mais il a trop d'esprit, ce saltimbanque de la politique, pour mettre le cœur de la partie. Sa pose favorite, auprès de chacun, est de se faire passer pour le véritable maître de la France; il parle de ses collègues et les traite avec un petit air de mépris mêlé de pitié. On le remet bien parfois à sa place, mais cela lui est égal : la dignité n'est pas plus son fait que la probité. Il tient seulement à faire croire au public que rien ne se fait au Directoire que par lui; il tient surtout aux cent cinquante mille francs que lui vaut sa place et aux bénéfices malpropres qu'il sait en tirer. Homme de

bruit, de vanité, de succès, ayant à la bouche le propos gaillard, polisson même, relevé, à la provençale, d'une pointe d'ail, paresseux, hâbleur, menteur, libertin et toujours à vendre : au demeurant, le meilleur fils du monde. Tel est Barras. Mais pourquoi avoir élu un être pareil à la plus haute magistrature de la République? A cause de son rôle actif au 13 vendémiaire, au 9 tliermidor, et puis surtout parce qu'on s'imagine que l'élection de ce gentiilâtre déclassé sera désagréable aux royalistes.

Avant qu'il n'allât trôner au Luxembourg, Barras trônait déjà dans le salon de son collègue Taîlien. Ces deux hommes s'étaient liés rapidement par suite de l'intérêt qu'ils avaient à se soutenir mutuellement comme thermidoriens et à s'aider à faire disparaître les traces d'un passé fâcheux qui pouvaient subsister dans les cartons des Comités de salut public et de sûreté générale. Leur sûreté particulière ainsi conquise, à la suite de l'envoi à la guillotine de Robespierre et de tous ceux qui auraient pu leur demander compte de leurs vols et de leurs atroces excès, Tallien put, grâce à l'amitié de Barras, plus délié et plus débrouillé que lui, entrer dans quelques affaires et spéculations productives.

C'avait été un crève-cœur pour Tallien que de ne pas être élu Directeur. Il avait déjà eu une déception, lors de l'anniversaire du 9 thermidor, en se voyant préférer La Revellière-Lepeaux pour la présidence de la Convention. Mais il lui était dur, alors que son ami avait cent cinquante mille francs par an comme Directeur, sans compter les bénéfices de contrebande, de n'avoir, lui, que vingt-huit francs par jour comme membre du conseil des Cinq-Cents. Sa femme, qui lui avait prodigué de l'humeur et non des consolations

h ses différents échecs, ne lui marquait pas des sentiments plus bienveillants depuis qu'elle lui voyait marquer le pas dans la carrière politique. Et, si tout le monde la disait aimable et charmante, le pauvre Tallien commençait à être d'un autre avis. L'ambition déçue, la modicité relative des revenus étaient, chez Thérésia, les principales causes de sa désaffection. Gomment s'attacher sérieusement, je vous le demande, à un homme qui ne réussit en rien, qui échoue partout, qui laisse sa femme dans la misère, car, c'est positif, ce raté de Tallien n'est seulement pas capable de gagner les quel({ues centaines de mille francs par an qui lui sont nécessaires pour faire marcher son petit ménage? Et puis, ô logique des femmes! quelle considération pourra-t-elle avoir désormais pour son mari... un mari trompé? Car c'est non moins positif, le pauvre Tallien est supplanté dans le cœur de la volage Thérésia par ce poseur de Barras. Gela, tout le monde le sait, et Tallien comme les autres sans doute.

G'est un triste jour que celui où le voile des illusions se déchire complètement et où l'homme pénètre toute la bassesse d'àme d'une femme aimée. Tallien, quelque peu difficile qu'il puisse être sur le chapitre de la moralité, passe par toutes les tortures de l'amant, du mari trahi. Ses préoccupations se lisent sur son visage. Peut-être essaie-t-il de quelques scènes, peut-être menace-t-il d'un éclat... Mais on le prend de haut avec lui, on sait les moyens de lui faire fermer la bouche et de lui prouver qu'il a tous les torts. Ses embarras d'argent, hélas! ne le lui montrent que trop.

Son beau costume de député aux Cinq-Gents ne le console pas de ses tristesses. Ge costume n'est assurément pas si beau que celui de Barras, mais il a bien

aussi son mérite. Ceci a son importance, car les femmes jugent souvent des talents d'un homme d'après la coupe ou la couleur de ses vêtements. Une robe longue et blanclie comme celle du Pape, un mant(\nu ccnrlate comme celui de Richelieu, une toque de velours bleu comme celle de Chérubin, une écharpe en ceinture comme celle de Vénus : voilà le costume du législateur Tallien. Mais Thérésia le trouve plus ridicule qu'imposant dans cet accoutrement et lui préfère Barras. Il est si charmant, lui ! Garnot n'a-t-il pas dit, l'autre jour, qu' « il avait tous les vices du Régent sans avoir une seule de ses qualités »? Et quel plus bel éloge peut-on faire d'un homme auprès de certaines femmes? Aussi les avantages moraux et physiques du directeur l'ont-ils définitivement emporté, chez la peu sévère Thérésia, sur ceux de son mari.

Par amour? Ce n'est pas probable. L'amour, le véritable amour, ne semble pas avoir été connu de Thérésia : une coquette est trop égoïste pour aimer jamais autre chose qu'elle-même. Par caprice tout au plus, par désœuvrement peut-être, et aussi par « vicieuseté », par cette curiosité malsaine que nous avons des sens et du plaisir des autres. Tout le monde a au fond de son âme, même les femmes, — Jean-Jacques Rousseau l'a très finement observé, — un fonds de vice qui fermente plus ou moins, selon les tempéraments, selon les occasions et aussi selon la complaisance avec laquelle on veut bien le laisser fermenter. Thérésia, en cela comme en tout, fut toujours fort complaisante.

Quoi qu'il en soit, la citoyenne Tallien menait une vie de plus en plus en l'air.

Le Directoire aurait bien voulu donner au peuple, comme les empereurs de l'ancienne Rome, panem et

clrcenses, du pain et des fêtes. Ne pouvant lui donner du pain, il se rabattait sur les fêtes : fête du 21 janvier, fête du 26 messidor (14 juillet), fête du 9 thermidor, fête du l^"" vendémiaire (l^"" jour de l'année républicaine) ^ ; puis, fêtes à chaque victoire, et ces fêtes, grâce à nos braves armées, ne se comptèrent bientôt plus. Le peuple était blasé sur tant de fêtes : les familles pauvres, c'est-à-dire presque toutes, étaient peu disposées à se réjouir, quand, au lieu de souper le soir, elles étaient obligées de se contenter d'un maigre morceau de pain noir acquis avec peine. Mais si les privations étaient le lot du peuple, elles n'étaient nullement celui de la citoyenne Tallien. N'eùt-ce pas été une honte que de voir jeûner une aussi jolie bouche? que de voir marcher sur d'affreux pavés d'aussi ravissants petits pieds? Faudrait-il voir retomber flasques et flétris ces divins appas, ces seins qui pointent insolemment sous la gaze, et les réduire, par une nourriture insuffisante, à l'état de peau vide, comme chez cette pauvre femme, assise sur une marché, dont le nourrisson s'épuise, tout autant qu'il épuise sa mère, à sucer un lait absent? Bon pour la canaill(^, tout cela : mais elle!... N'est-ce pas trop déjà que de salir sa vue par le spectacle de ces malheureux déguenillés, hâves, criant la faim, qu'elle est obligée de voir et d'entendre de sa voiture? Et c'est, en vérité, fort cruel, quand on vient de bien dîner et

1. Ou célébrait officiellement cette fête : les membres du Dircctoii'c, du Conseil des Anciens et du Conseil des Cinq- Cents en grand costume, les ministres, toutes les autorités, allaient en corps au Champ-de-Mars pour célébrer le renouvellement de l'année. Le président du Directoire montait sur l'autel de la I*ci(iii', y proiionr-ait un discours, et la foule, «pii y vouait si le temps était beau, se retirait enchantée de voir le sort du pays entre les mains d'iionimes qui avaient de si beaux costumes.

qu'on a la joie au cœur, de ne pouvoir aller au théâtre, à un bal, sans être importuné par des voix râlantes qui vous demandent un morceau de pain! Au Petit- Coblentz, c'est bien pis : là se réunissent les belles oisives du monde et du demi-monde, les hommes à la mode, les élégants et tout ce qui devrait seul avoir le droit de se montrer; mais le moyen d'y causer en paix? A peine descendue de voiture, à peine assise au milieu d'un joyeux cercle, voilà encore des enfants en haillons, des femmes pâles et sans voix qui viennent interrompre les plus importantes conversations du monde sur les bals, le scandale du jour; et, cela, pourquoi? Pour demander de quoi manger! En vérité, c'est intolérable; il ne devrait pas être permis de venir ainsi tourmenter les délicatesses des âmes sensibles. A quoi pense la police?

Mais on oublie vite ces misères — on les oublie d'autant plus facilement que ce sont celles des autres — quand on arrive dans sa loge, au bal Thélusson, aux réunions du Pavillon de Hanovre, à une soirée du directeur Barras. . . Mais c'est à la Chaumière, c'est quand elle reçoit chez elle que M""^ Tallien sait faire passer les heures agréablement. Elle a un tel talent pour bien grouper son monde ! Ses amies sont des femmes si charmantes ! Voici la citoyenne Hainguerlot, grande, jolie, élégante, vive dans ses reparties, piquante dans tout ce qu'elle dit, courtisée par les hommes de lettres et les artistes qui lui prêtent de leur esprit, jalousée par toutes les femmes qui lui refusent jusqu'à celui qu'elle a; voici la citoyenne ïlamclin, créole ou plutôt mulâtresse, l'air vaporeux et canaille à la fois, le propos polisson, le geste libre, la mise encore plus : lanceuse des « nudités gazées », la voici, à peine arrivée, entourée de toute une cour déjeunes gens dé-

.taillant, l'œil allumé sous leur énorme lorgnon, les beautés plastiques de cette impertinente de salon. Et puis voici la citoyenne Mailly de Châteaurenault, la peau blanche et rose, l'œil candide, causant beaucoup, souriant toujours ; la citoyenne de Kriidnor, blonde Livonienne dont le mysticisme futur ne paraissait pas I)rès alors de faire éclosion ; et M"'^ de Navailles, et la citoyenne Saint-Fargeau, la fille de la nation, et la citoyenne Beauharnais, et la citoyenne de Forbin... Du côté des hommes, Lenoir, Digeon, Hoffmann, Méhul, Arnauld, M. de Châteaurenault causant morale dans ce singulier pêle-mêle de toutes les immoralités avec M"'° de Ghastenay, M. Récamier, qui promet d'amener sa jeune femme à la prochaine fête, M. Séguin, M. Perregaux, M. Hottinguer, Barras, Fréron, Tallien enfin, le maître de la maison. Mais que sont ces vulgaires politiciens à côté des artistes et des gens de lettres qu'ils coudoient? Que sont-ils à côté de ces émigrés rentrés qui, avec leur habitude du monde, parlent et circulent chez la citoyenne Tallien avec la même aisance que jadis dans les salons de Versailles? S'il y a quelqu'un qui ne paraît pas être chez lui, dans ce salon, c'est bien le maître de la maison, coudoyé par l'incroyable avec son habit bleu, les mains dans les poches de son pantalon jaune montant jusqu'aux aisselles ; par l'émigré, avec sa perruque poudrée, son habit vert et son énorme cravate verte, à la façon de celles des chouans, et qui le salue, à son entrée, en inclinant la tête par un petit mouvement brusque, comme si elle tombait sous le cou[)eret... Et Tallien, plus étranger chez lui que l'émigré qui y vient pour la première fois, entend tout ce monde parler moins du passé que de l'avenir; il saisit les espérances de chacun. On ne se gêne pas devant lui; on dit : Quand le roi reviendra...

Car on sait qu'il n'est pas un républicain bien sévère sur les principes; on se dit, dans les groupes, que c'est lui, Tallien, qui a été le principal artisan de la paix avec l'Espagne; on se raconte que, grâce à sa charmante femme, il est très bien vu en ce pays, qu' « il a une correspondance active et régulière avec le duc d'Alcudia; que, par suite de cette liaison, il est parvenu à faire rendre à son beau-père tous ses honneurs, sa place, sa fortune et môme des indemnités; qu'il a fait écarter et exiler les principaux ennemis de Cabarrus; que le duc d'Alcudia lui a annoncé cette nouvelle dans une lettre qu'il a reçue au milieu de janvier^ lettre remplie de flagorneries et de protestations d'amitié les plus humbles, lettre que Tallien a communiquée à plus de deux cents personnes » ^ — Ah! vraiment, TaUien est si bien que cela avec la Cour d'Espagne!... Et pourquoi? — D'où venez-vous donc que vous ne savez pas que Tallien est le meilleur royaliste de la République française, que sa femme est au mieux avec le marquis del Campo, ambassadeur d'Espagne, et que, depuis qu'il a fait rendre à son beaupère les biens qui lui avaient été confisqués, « il a proposé au duc d'Alcudia la couronne de France »-; « Cabarrus va travailler de toutes ses forces à la réussite de ce projet ». — Mais s'il ne réussit pas?... — Eh bien! Tallien soutiendra Louis XVIII. — Mais il n'est pas populaire... — Ce sera alors le duc d'Orléans : n'a-t-ilpas eu, en 1792, des accointances avec le père de ce prince, pour l'organisation des... — Chut! le voici, il pourrait nous entendre.

Tallien passe. Derrière lui marche un petit officier,

1. MALMiT DU Pan. Correspondance aoec la cour de Vienne, t. n, p. 10.

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