‹ La citoyenne TallienChapitre 72 sur 122 · BouRRiENNE, Mémoires, t. I, p · texte numérisé non relu

BouRRiENNE, Mémoires, t. I, p

plutôt de se laisser courtiser par elle, Bonaparte avait élevé ses vues ambitieuses jusqu'à l'autre maîtresse du Directeur. Non pas pour l'épouser, puisqu'elle avait déjà deux maris vivants, sans compter les suppléants. A moins, cependant, que le général, qui aimait assez les premiers rôles, ne se contentât, en amour, d'un effacement de comparse. A en croire Barras, il osa, comme on disait alors, lui déclarer sa flamme^ ; il fut repoussé sans pitié. Il ne tint pas rancune à la cruelle, puisqu'il l'invitait, comme le dit Bourrienne, à des déjeuners somptueux; la grande familiarité qui existait entre elle et lui ne s'en ressentit même aucunement. Lorsqu'il alla prendre le commandement de l'armée d'Italie, il terminait une lettre à Barras, qui décidément n'était pas plus jaloux que Tallien, par ces mots : « Adieu, mon ami, sous peu de jours je t'écrirai d*Albenga. Donne-moi des nouvelles de Paris. Un petit baiser à M'"^' Tallien et Châteaurenault, à la première sur la bouche, à la seconde sur la joue^. » Les mœurs du temps, comme les maris et les amants, autorisaient peut-être ces petites familiarités ; et jyjme jallien, qui permettait à Lacretelle et à d'autres de lui baiser les bras, ne devait pas s'effaroucher d'être baisée sur les lèvres par le général Bonaparte. Tout allait donc comme de coutume à la petite cour du Luxembourg, avec Bonaparte en moins, puisque, à peine marié, il avait dû partir pour l'Italie. Tallien, bravé tout d'abord par sa femme, avait fini, comme tant d'autres, par ne plus rien dire et tolérait cette intolérable chose de la voir maîtresse en pied de son

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