Petite poste, nivôse an V
Mais non, je ne pnrlc pas de Saint-Fnrgenn; si l'on parlait de ses amants l'on n'en finirait pas, et je n'ai pas de temps à perdre; je parle de M. de Fontcnay. — Mais vous le savez bien; il a émigré. — On dit pourtant qu'il est rentré à Paris et qu'elle va se remettre avec lui. Elle a eu à ce sujet une scène violente de Tallien qui s'est avisé de faire le jaloux ; et, c'est positif, elle l'a menacé de le quitter pour reprendre M. de Fontenay; celui-ci, moins jaloux que jamais, lui donnerait pleine et entière liberté. — Ab î c'est pour cela... Il savait bien que sa femme lui reviendrait, ce mari idéal, quand, au moment du divorce, ne voulant pas lui rendre une parure à laquelle elle tenait, elle lui en demanda la raison : « C'est, madame, pour vous l'olTrir quand vous serez ma maîtresse M » — Ah ! clia-mant, cba-mant! Mais, vous savez, la Tallien est fâc-ée avec Ba-as, positivement. — Oui, répond un vieux monsieur, l'autre soir, j'étais au Luxembourg, chez Barras, et je vous donne ma parole qu'en voyant l'ancienne marquise — il était fort occupé à parler avec M'"" de Staël — il s'est tourné vers moi et m'a demandé : « Quelle est donc cette femme'^ ?» — Allons donc ! Il n'y a pas de danger qu'ils se brouillent; ils sont trop faits l'un pour l'autre...
C'était vrai : quelle autre femme était plus enviable comme maîtresse que celle-Là? C'était même sa vocation d'être toujours maîtresse de quelqu'un, puisqu'elle ne savait pas l'être d'elle-même. Le mariage, dans sa vie, n'a été qu'un accident, trois fois répété, il est vrai, mais qui n'a eu chance de durer avec elle que lorsque l'âge, flétrissant ses attraits plus qu'il n'éteignait ses éternellement jeunes ardeurs, la condamna