Barras, Mémoires, t. II, p
du pays, n'était-ce pas à elle, à sa beauté, à sa supériorité en tout, que revenait de droit ce rang suprême? Les attaques quotidiennes des journaux n'étaient-elles pas la constatation de son pouvoir, le seul vraiment établi sur des bases solides dans une nation aussi versatile que la nôtre ?
Aussi lui répugnait-il de voir que son amant n'était pas tout à fait le premier personnage du pays et qu'il y avait quatre autres hommes à partager avec lui, sous le même titre de Directeur, le pouvoir exécutif. Elle eût voulu qu'il fût le seul, par la double raison qu'elle le trouvait réellement, à cause de ses manières distinguées, supérieur aux autres hommes, communs et vulgaires, qui étaient au pouvoir; ensuite, parce c'était elle qui le menait et qu'elle eût été, en même temps que sa maîtresse, la maîtresse de la France. Peut-être même rêvait-elle déjà d'un divorce avec Tallien pour épouser Barras, qu'elle eût bien forcé, de son côté, à divorcer.
Ce ne sont pas là propos en l'air. M. Carnot-Feulins, frère du Directeur, a raconté à son neveu Hippolyte Carnot que, « dînant chez Barras, assez peu de temps avant la journée de fructidor, et les convives s'étant dispersés dans le jardin avec leurs tasses de café, M^^^ Tallien, fort connue par son attachement pour l'amphitryon, se mit à dire : « C'est une belle position que celle de Directeur, mais, à mon avis, il ne devrait y en avoir qu'une » M™° Tallien était femme; elle eut ce jour-là la langue trop longue et laissa voir son ambition du moment, qui était probablement aussi celle de Barras.
On sait que la lutte entre le Directoire et les