‹ La citoyenne TallienChapitre 81 sur 122 · Mémoires sur Carnot^ par son fils, t. II, p · texte numérisé non relu

Mémoires sur Carnot^ par son fils, t. II, p

Conseils était très vive; on sait aussi que l'union n'existait pas entre les membres du Directoire et que Barras, Rewbell et La Revellière songeaient à se débarrasser de Garnot et de Barthélémy qui les gênaient. Barras était l'âme de toutes ces intrigues. C'étaient là de vilaines affaires; aussi était-ce son affaire. Mais il fallait une épée pour trancher les difficultés. M""" Tallien, qui était son inspiratrice, son Égérie comme on disait alors, le poussa fort à employer celle du général Hoche. Barras envoya donc l'ordre à Hoche de détacher une division de douze mille hommes de son armée sur la Sambre et de la mettre en route pour Brest, sous le prétexte d'une nouvelle expédition en Irlande. Les douze raille hommes devaient passer par Paris, y faire les affaires de Barras et se retirer après la vilaine besogne à laquelle celui-ci comptait les employer.

Le général Hoche, que les lauriers de Bonaparte empêchaient de dormir, ne demandait pas mieux que déjouer un rôle politique. l\ ne cacha pas à Barras les difficultés de son projet, mais se mit à sa disposition pour les vaincre.

Barras venait d'échouer dans des négociations secrètes avec le comte de Lille (Louis XVHI). Gomme ce prince venait de lui supprimer toute subvention, il se lança à corps perdu dans un coup d'État qui consistait à expulser la majorité des Conseils des Anciens et des Cinq-Cents et la minorité du Directoire. H le fit à son seul bénéfice et dupa tous ceux qui avaient fait quelque fonds sur lui.

Si M°"' Tallien l'avait décidé à choisir Hoche pour l'exécution du coup d'État, c'est une autre femme — tant il est vrai que c'est la femme qu'on trouve au fond de toutes les combinaisons des hommes, —

M""® de Staël, qui fît concevoir des craintes sur l'intervention de ce général, en le représentant comme ambitieux, donc dangereux. Elle le fit écarter. Roche, berné, repartit furieux pour son quartier-général, où il mourut quelques jours après, épuisé par ses excès et non empoisonné, comme on l'a dit.

Tallien avait son rôle dans cette affaire qui tendait, avant tout, à élever au pouvoir l'amant de sa femme. Mais, comme il n'était pas sûr de la réussite, il ne s'engagea pas à fond. Il se borna à faire au Conseil des Cinq-Cents un discours où il démontrait, à grand renfort de phrases creuses et sonores, qu'il était désirable de voir régner la paix et la confiance entre le Directoire exécutif et le Corps législatif. Avec ce discours, que M. de Lapalisse n'eût pas désavoué, il ne se compromettait pas et retombait sur ses pieds, quel que fût le résultat des machinations en cours.

Le général Bonaparte, qui, du fond de l'Italie, surveillait les événements, envoya le général Augereau à Paris sous prétexte de remettre au Directoire les adresses de l'armée d'Italie. Ce général se trouva honoré de la honteuse proposition qu'on lui fît d'envahir les Conseils et de violer la représentation nationale. Il accepta et remplit sa mission à la satisfaction de Barras. Pas à celle de Carnot qui, proscrit, poursuivi, traqué, eut mille peines à échapper aux assassins et à gagner la Suisse. C'est lui qui a écrit : « Cette journée du 18 fructidor sera certainement immortelle dans les fastes du crime \ »

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