Lettre du comte Lavalette à Cuvillier-Fleuryf
vices les plus importants; M. de la Millière, entre autres, lui dut la vie dans un moment où seule peutêtre elle pouvait atteindre jusqu'à Barras et obtenir l'ordre exprès d'un sursis \ »
Parmi les quarante journalistes qui avaient été arrêtés par suite du coup de force du 18 fructidor, se trouvaient deux jeunes gens, M. de Lacretelle et M. de Norvins. M""^ de Staël, que les frères de ces deux hommes de lettres avaient intéressée à leur élargissement et qui, si elle avait poussé au coup d'État, n'approuvait pas les excès qui en furent la suite, se prêta avec empressement à ce qu'on lui demandait. Elle n'hésita pas à aller, en pleine nuit, frapper à la porte de M""" Tallien, qui habitait alors rue de la Chaussée-d'Antin, n° 21, en face de la maison où est mort Mirabeau ^ Elle la fit lever et la conduisit dans sa voiture au Luxembourg, afin qu'elle arrachât à Barras les moyens de sauver les deux jeunes journalistes. Barras céda devant les instances de ces femmes et leur accorda leur demande ^ Devant de pareils dévouements, devant de pareils services, on ne peut trouver que des louanges, et une telle conduite, chez l'une et chez l'autre, efface bien des choses. Aussi ne faut-il pas s'étonner de tout le bien que M. de Norvins et M. de Lacretelle, dans une reconnaissance qui s'était vite changée en adoration, disent de M"'^ Tallien. Mais l'on se tromperait étrangement si l'on prenait pour vérité historique les pages écrites sur cette aimable femme par M. de Lacretelle, au tome XI de son