‹ La citoyenne TallienChapitre 84 sur 122 · Cit. lal · texte numérisé non relu

Cit. lal

Histoire de France; on ne se tromperait pas moins en accordant la même confiance à presque tout le reste, car cet écrivain, estimable d'ailleurs, mais également dénué de caractère et de dignité, avait, en matière politique, tout juste la fixité d'une girouetteV

Cependant, les événements politiques suivaient leur cours. Le général Bonaparte, après avoir signé la paix de Campo-Formio, après être allé à Rastadt, était rentré en France et préparait l'expédition d'Egypte. Il se montrait peu, sachant combien il était dans la suspicion du Directoire, qui venait pourtant de lui offrir, au Luxembourg, une bien belle fête. Il faisait le réservé et, en effet, il se réservait. Cela ne l'empêchait pas de recevoir un peu dans son petit hôtel de la rue Chantereine.

1. Voici ce que dit de lui une femme d'autant de sens que d'esprit, dont il fréquentait le salon, quand il avait besoin d'elle : « Persuadé sans doute que la justice est du côté de la force, il s'est toujours placé près du vainqueur, et si vite qu'on ne savait comment il était là; pourtant, il avait encore eu le temps de passer à l'imprimerie pour quelques variantes qui, suivant l'événement du jour, mettaient dans le récit du passé les torts du côté du peuple ou les crimes du côté des rois. Les différentes modifications que le pouvoir a subies de notre temps se retrouveraient, faute d'autres preuves, dans les variantes des éditions successives des ouvrages de Lacretelle sur l'histoire du passé.

« Mais cela ne lui coûtait ni effort ni calcul ; c'était instinctif; il s'approchait du pouvoir comme on s'approche machinalement du feu quand on a froid ; sa conscience ne lui reprochait rien et l'on n'avait pas, auprès de lui, le courage d'être plus exigeant que sa conscience, car il était si heureux de la moindre faveur qu'il obtenait, il aimait tant ceux qui faisaient quelque chose pour lui et il les oubliait si naïvement quand ils ne pouvaient plus lui être utiles qu'on était plus étonné qu'irrité... » (M"" Angelot, Un salon de Paris, p. 41).

On voit qu'il ne faut pas faire plus de cas des écrits historiques de Lacretelle que de l'auteur lui-même. Mais, soit dit en passant, Lacretelle n'a-t-il pas fait école ?

M"'" Tallien n'avait pas été des dernières à venir le féliciter des succès prodigieux de sa campagne d'Italie. Elle vint aussi lui faire son compliment quand il fut élu à l'Institut. Un témoin oculaire a levé un petit coin du rideau du salon pendant cette visite, ce qui nous permet d'y assister. « Après le dîner, dit-il, c'est-à-dire à neuf heures du soir, le général reçut quelques visites, entre autres celle de j^jme xallien qui s'empressait de le féliciter de son nouveau triomphe. L'opinion universelle ne pouvait pas s'exprimer par un plus gracieux interprète. La conversation, bien qu'elle fût engagée avec des dames, tomba sur les armes, sur les sabres, sur les lames, sur la qualité que la trempe pouvait leur donner et qui les rend propres même à couper le fer ; je citai comme preuve du fait un yatagan que j'avais rapporté de Corfou. « Qu'en avez-vous fait? me dit le général. — Je l'ai donné à Talma. — Cela est bien d'un poète. Ces messieurs font leur cour même aux rois de théâtre. — Je ne la fais même pas aux héros, général ; je ne la fais qu'aux dames : Madame est là pour le dive\ »

■ Quant au représentant Tallien, qui avait été réélu dans deux départements aux élections de l'an VI, mais dont le Directoire avait cassé la double élection, il ne savait que devenir. Il était un de ces hommes qui, lorsqu'ils sont dépouillés de tout mandat ou de toute fonction publique, ne sont plus rien par eux-mêmes et laissent voir dans sa désespérante nudité la profondeur de leur insuffisance. Tallien était trop nul et trop ignorant, trop paresseux aussi, pour être autre

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