Chancelier Pasquier, Mémoires, t. I, p
2. M. GuizoT, Mémoires pour servir à V histoire de mon temps, t. I, p. 6.
3. M"» DE Staël, Considérations sur la Révolution française, t. I, p. 300 (éd. Charpentier).
n'étaient que des stimulants pour la pensée ; la philosophie n'avait pas d'apôtres plus fervents que les grands seigneurs; la vie était délicieuse \ »
Il ne faut cependant pas prendre tout cela à la lettre. M""® de Noailles était jeune en ce temps-là ; M""' de Staël, qui le fut toujours, était alors amoureuse de ce grand fat de Narbonne; M. de Talleyrand, M. Pasquier, étaient eux aussi dans les enivrantes illusions de la jeunesse et de l'amour : rien d'étonnant, dans ces conditions, qu'ils eussent trouvé tout admirable. A moins que la société parisienne ne se soit modifiée du tout au tout en l'espace de vingt années, ait perdu sa sécheresse, sa fausse sensibilité et son scepticisme dévorateur, ce qui n'est pas admissible. Car voici ce que pensait M""" du Deffand, en 1768, des salons de Paris : « Quelle société trouve-t-on ? Des imbéciles qui ne débitent que des lieux communs, qui ne savent rien, qui ne sentent rien, qui ne pensent rien ; quelques gens d'esprit pleins d'euxmêmes, jaloux, envieux, méchants, qu'il faut haïr ou mépriser^. » C'est elle encore qui écrivait plus tard : « Je rassemble autant que je puis ce que nous appelons la bonne compagnie, que le plus souvent j'appellerais la sotte compagnie ^ » M"^ du Deffand, qui revient souvent, dans ses lettres, sur cette observation, et qui, si elle avait de l'esprit — et l'usage est de lui en accorder un peu plus qu'elle n'en possédait — manquait totalement de cœur et de patriotisme ; cette vieille égoïste, tout aveugle qu'elle était, a vu ce que les jeunes gens ne pouvaient