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s'en faut, des délicatesses de l'honneur et des sentiments. Les mœurs étaient aussi relâchées que possible et faisaient revivre les temps les plus abominables de la Cour de Henri III et de la Uégence. En voici un épisode. Il a d'autant mieux sa place ici que M"" Tallien en fut l'héroïne. Avec une admirahle absence de sens moral, Barras se plaisait à le raconter et riait aux larmes en en répétant les détails. Ce fut un des triomphes de sa vie de flibustier.
Comme il avait d'incessants besoins d'argent pour lui et pour ses maîtresses, comme Bonaparte ne faisait pas mine de lui envoyer les trois millions qu'il lui avait demandés après fructidor, que ces pingres d'hommes d'affaires se faisaient tirer l'oreille pour rémunérer honorablement les services qu'il leur rendait en leur faisant adjuger des fournitures, il s'avisa, d'accord avec la citoyenne Tallien, d'un arrangement « fort honnête », aurait dit Brantôme, « d'un infâme marché », a écrit La Revellicre-Lépaux. Il obligea le fournisseur Ouvrard, s'il voulait continuer à jouir de la protection du gouvernement, de prendre pour maîtresse en titre, au moins ad honores^ comme TalHen était un mari ad honoveSy la belle citoyenne Thérésia qui, au su de tout le monde, était sa propre maîtresse, et d'afficher publiquement cette liaison. De cette façon, c'était à ce fournisseur de chevaux, de chaussures et de vêtements pour les armées, à fournir de chaussures, de vêtements et de chevaux la dévora trice jeune femme. Il avait le droit, par exemple, de se payer en nature de tous ses débours : le traité ne s'y opposait pas, — Thérésia non plus. C'était affaire entre elle et lui. Mais, pas de Thérésia, pas de fournitures. C'était à prendre ou à laisser. Comme, somme toute, si la pensée qui avait présidé à cet arrangement
n'était pas belle, l'affaire Tétait, que la femme l'était aussi, le financier en passa par les désirs du Directeur, la femme par ceux du financier et tout le monde fut content. « Tout fut traité, a écrit un collègue de Barras, arrêté et mis à exécution à Grosbois. Une grande partie de chasse y fut indiquée ; de nombreuses invitations avaient été faites. On s'y rend la veille du décadi au soir. Ouvrard et la Tallien sont logés dans des appartements contigus. A la chasse, la Tallien monte l'un des chevaux d'Ouvrard, qui trotte à ses côtés ; deux jockeys à la livrée d'Ouvrard, l'un pour lui, l'autre pour elle, sont à leur suite. Le couple, séparé du gros de la chasse, s'égare dans les bois. Au retour se donne un grand dîner dans lequel jy|rae Tallien est traitée et saluée comme la favorite du noble fournisseur. Il paraît qu'Ouvrard était assez confus du rôle qu'on lui faisait jouer et du ridicule qu'il se donnait de payer les plaisirs et les fantaisies des autres. Après le dîner, on part pour l'Opéra ; c'est dans la voiture d'Ouvrard qu'on s'y rend, et avec ses gens, et c'est dans sa loge que la favorite est introduite par lui-môme, pour notifier au public entier Taccomplissement de cette indigne convention ^ »
Indigne, cette convention l'était en effet, et si l'honnête La Ptcvellière en est révolté, on peut affirmer qu'aucune des « hautes partiq^ contractantes » comme disent les diplomates — et on peut employer ce terme puisqu'il s'agit d'une négociation diplomatique — ne trouvait à redire à ce marché. D'ailleurs, de tels marchés n'étaient pas nouveaux : Le Brun, le poète, n'avaitil pas vendu, peu de temps avant la Révolution, sa femme au prince de Conti? Étant donnés les person-