Cit. Tnl
çoit-il qu'il quitte son docteur et prend le bras de jy|me xalUcn. Deux heures durant ils se promenèrent ensemble. Ce fut un grand triomphe intime pour elle, car le général n'était pas prodigue de son temps. Il est certain que le premier consul lui expliqua les motifs pour lesquels il ne pouvait pas l'admettre aux Tuileries. La jeune femme se récria, supplia, pleura, déploya tous ses moyens ; c'est si irrésistible, une femme qui sait pleurer avec grâce ! Mais le consul fut inflexible. Il enveloppa son refus de compliments, de protestations d'amitié et de bon souvenir, mais c'était un refus.
M'"" Tallien ne se tint pas pour battue. Elle avait un tel désir de paraître, de briller aux bals des Tuileries, qu'elle dérobait sa blessure d'amour-propre sous le sourire de la femme du monde et recommençait ses démarches. Il n'est point de bassesses qu'elle ne fit pour fléchir l'inflexible cerbère qui la tenait à l'écart. Ce fut encore peine perdue, mais la blessure ne lui en demeurait pas. « Dans leS bals masqués auxquels il se rendait, l'empereur, dit le Mémorial de Sainte^ Hélène, était toujours sûr d'un certain rendez-vous qui ne lui manquait jamais : il s'y trouvait, disait-il, entrepris chaque année par un même masque, qui lui rappelait d'anciennes intimités et le sollicitait avec ardeur de vouloir bien le recevoir et l'admettre à sa cour. C'était une femme très aimable, très bonne et très belle, à qui beaucoup devaient certainement beaucoup. L'empereur, qui ne laissait pas que de l'affectionner, lui répondait toujours : « Je ne nie pas que vous ^oyez charmante, mais voyez un peu quelle est votre demande; jugez-la vous-même et prononcez. Vous avez deux ou trois maris et des enfants de tout le monde. On tiendrait à bonheur sans doute
d'avoir été complice de la première faute ; on se fâcherait de la seconde, on la pardonnerait pout-ôtre, mais ensuite, et puis, et puis!... A présent, soyez l'empereur et jugez : que feriez-vous à ma place?... Et moi qui suis tenu à faire renaître un certain décorum! » Alors la belle solliciteuse gardait le silence ou lui disait : « Du moins ne m'ôtez pas l'espérance! » et renvoyait à l'année suivante à être plus heureuse. « Et chacun de nous deux, disait l'empereur, était exact à ce nouveau rendez-vous ^ . »
Essaya-t-elle de forcer la consigne ou du moins de pénétrer par contrebande, avec la carte d'invitation d'une autre personne, à ces bals des Tuileries qui étaient pour elle le supplice de Tantale? C'est probable. M"'*' Georgette Ducrest, dans ses Mémoires sur r impératrice Joséphine, qui sont la preuve que les meilleures intentions du monde ne suffisent pas pour faire un bon livre, rapporte que, dans un bal masqué des Tuileries, elle remarqua un domino gris, suivi de deux grandes figures noires, qui ne pouvaient être que l'empereur et les deux gardes chargés de veiller sur lui et de surveiller les gens qui pouvaient l'approcher. Elle vit ce domino gris manœuvrer pour se rencontrer face à face avec une fort jolie femme qu'elle ne veut pas nommer. Il se planta devant elle assez insolemment et la fixa avec obstination. La jeune femme était visiblement gênée de ce sans-gêne. Elle finit par en être si importunée qu'elle crut devoir dire au masque qu'elle ne le connaissait pas et qu'il eût à cesser ce jeu déplaisant. Le masque continua à la fixer sans mot dire. Tremblante à la pensée qu'un seul homme pouvait, en ce lieu, montrer une telle