II. Au Nord. —Ici tout était l'ouvrage de Rome
convenait, en laissaient la valeur telle qu'ils l'avaient appréciée. Les Sères revenaient, et, si le marché leur agréait, ils laissaient leurs marchandises et en emportaient la valeur. Il leur fallait encore, au dire de Pomponius Mêla, sept mois de marche pour atteindre leur pays. (V. Hùllmaiin, Handelsgeschichte cler Grièchen.)
(1) Une ouvrière de Cos, appelée Pamphila, avait imaginé d'effiler les étoffes de soie pour les tisser de nouveau. (V. Hûllmann, Handelsgeschichte der Grièchen.)
c'étaient ses légions qui avaient construit ces voies, sillonnant les montagnes, franchissant les marais, traversant tant de contrées différentes toujours avec la même solidité, la même régularité, la même uniformité. — Admiration des peuples. — Voies romaines attribuées à César, à Brunehaut, à Abailard. — Deux voies de Rome au Danube : d'Aquilée à Lauriacum, de Vérone à Augsbourg. — Le long du Danube, une voie venait de la mer Noire, passait parvienne, Passau, Ratisbonne, Augsbourg, Winterthur, Baie, Strasbourg, Bonn, Cologne, Leyde et Utrecht. Un canal liait le Rhin à la Meuse, un autre devait le lier à la Saône : ainsi se trouvaient en communication la mer Noire, la Méditerranée, la mer du Nord. — Au delà la Bretagne conquise, ses cinq provinces et ses routes militaires qui allaient expirer au pied du retranchement d'Adrien. Les marchands romains rapportaient du Nord l'étain, l'ambre, les riches fourrures et les chevelures blondes qui allaient orner le front des matrones romaines.
Les barbares viennent : il semble que tous les liens du monde vont se rompre. Cependant rapports de l'Italie avec Constantinople. — Les rois francs re jetés par leurs sujets ; les chefs persécutés par leurs rois : Childéric, Gondowald, Gontran, duc d'Auvergne, s'y réfugient (1). D'un autre côté, les
(1) V. Y Histoire de la Gaule méridionale de M. Fauriel et les Récits mérovingiens de M. Augustin Thierry.
Syriens à Orléans (1). — Le Syrien Eusèbe achète le siège épiscopal de Paris (2).
Les temps carlovingiens. — Les Francs trouvèrent à Pavie des habits de soie de toutes couleurs, et des pelleteries étrangères de toutes sortes, que les Vénitiens avaient apportées avec les trésors de l'Orient. — L'anecdote rapportée par le moine de Saint-Gall atteste que les parures orientales étaient en usage à la cour de Charlemagne :
Un jour de fête, après la messe, Charles emmena
à la chasse les grands de sa cour. « La jour-
« née était froide et pluvieuse. Charles portait un « habit de peau de brebis... Les autres grands ar- « rivant de Pavie, où les Vénitiens avaient apporté « récemment, des contrées au delà de la mer, toutes « les richesses de l'Orient , étaient vêtus, comme « dans les jours fériés, d'habits surchargés de peaux « d'oiseaux de Phénicie entourées de soie, de plu- « mes naissantes du cou et de la queue des paons, « enrichis de pourpre de Tyr et de franges d'écorce « de cèdre. Sur quelques-uns brillaient des étoffes « piquées, sur quelques autres des fourrures de « loir. C'est dans cet équipage qu'ils parcoururent «les bois; aussi revinrent-ils déchirés par les
(1) Grégoire de Tours, décrivant l'entrée solennelle du roi Gontran à Orléans, dit : « Et hinc lingua Syrorum, hinc Latiuorum, hinc etiam ipsorum Judœorum in diversis laudibus varie concrepabat. » (Lib. VIII, 1.)
(2) Raguemodus quoque Parisiacœ urbis episcopus obiit . Eusebius quidam negotiator, génère Syrus, datis multis muneribus, in locum cjus subrogatus est. (Greg. Turon., X, 26.)
U CIV. AU Ve SIÈCLE. II. 21
« branches d'arbres, les épines, les ronces, percés « pai* la pluie et tachés par le sang des bêtes faute ves ou par les ordures de leurs peaux. « Qu'aucun « de nous, dit alors le malin Charles, ne change « d'habit jusqu'à l'heure où on ira se coucher ; nos « vêtements se sécheront mieux sur nous. » À cet « ordre, chacun, plus occupé de son corps que de « sa parure, se mit à chercher partout du feu pour « se réchauffer... Le soir, quand ils commencèrent « à ôter ces minces fourrures et ces minces étoffes « qui s'étaient plissées et retirées au feu, elles se « rompirent, et firent entendre un bruit semblable « à celui de baguettes sèches qui se brisent. Les « pauvres gens gémissaient, soupiraient et se plai- « gnaient d'avoir perdu tant d'argent en une seule « journée. Il leur avait été enjoint par l'empereur « de se présenter le lendemain avec les mêmes vête- « ments. Ils obéirent: mais tous alors, loin de briller « dans leurs beaux habits neufs, faisaient horreur « avec leurs chiffons infects et sans couleur. Ghar- « les, plein de finesse, dit au serviteur de sa cham- « bre : « Frotte un peu notre habit dans tes mains « et rapporte-nous-le. » Prenant ensuite dans ses « mains et montrant à tous les assistants ce vête- « ment qu'on lui avait rendu bien entier et bien « propre, il s'écria : « 0 les plus fous des hommes! « Quel est maintenant le plus précieux et le plus « utile de nos habits? Est-ce le mien, que je n'ai « acheté qu'un sou, ou lesvôtrcs, qui vous ont coûté
« non-seulement des livres pesant d'argent, mais « plusieurs talents (1)?»
Le moyen âge. — L'Eglise ne se déclara point l'ennemie du commerce, elle s'en fit la protectrice. Les conciles proscrivirent la piraterie ; Grégoire VII, Pascal II, Honorius II et Alexandre III se prononcèrent contre le droit de bris et de naufrage; Innocent 111 contraint à restitution un seigneur de Monlfort qui avait dépouillé des marchands italiens.
— Mais surtout elle ranime le génie commercial par les pèlerinages et les croisades. — - Pèlerinages aux temps barbares. — Hôpital des Amalfitains à Jérusalem. — Les croisades. — Pendant qu'elles entraînent par la route du Danube les populations de la France et de l'Allemagne, elles poussent sur les mers les vaisseaux de Pise, de Gênes et de Venise.
— Gènes et Venise succèdent au commerce des Grecs et des Romains avec l'Orient (2). Elles le font par les mêmes voies. — Voie du Nord. — Caffa et Tana sur la mer Noire, d'où les caravanes gagnaient Ispahan, Balk et Boukhara. — Voie du Midi. — Alexandrie, où ils trouvaient les marchandises de l'Inde. — Cependant le prosélytisme chrétien dépassera les limites où s'arrêtera la cupidité romaine. Les missions de Plan Carpin frayeront la route à Marco Polo, et Christophe Colomb, voulant
(1) Mon. S. Gall., 1. II, c. xxvii.
(2) V. Hettinelli, liisorgimento d'Italia, t. IV, et lieeren, Essai sur l'influence des croisades.
mettre les richesses de l'Asie au service d'une nouvelle croisade, trouvera l'Amérique.