‹ La Civilisation au cinquième siècleChapitre 19 sur 25 · I. — Des écoles laïques · texte numérisé non relu

I. — Des écoles laïques

Quand les contemporains de l'invasion nous dé- Dan-ors crivent les ruines qu'elle fit, les terreurs qui Tac- humain, compagnèrent et les ténèbres où elle parut ensevelir le monde, il n'y a rien à retrancher de leurs récits. Assurément des calamités qui troublèrent la grande âme de saint Grégoire le Grand, jusqu'à ce point qu'il interrompit le cours de ses prédications publiques, pouvaient décourager des intelligences

(1) Ep. Cleri Romani ad imperatores, epistola Agathonis papœ ad ann. 680. Muratori, Antiquilat. Italie, t. III, p. 807. Tiraboschi, Sloria délia letteratura italiana, t. Y, lib. '2 et 5. Giesebrecht, de Litlerarum sttidiis apud ltalosprimis medii œvi sœculis. Rerolini, 1845.

moins fermes et réduire au silence des chaires moins puissantes. Je ne méconnais donc pas les dangers qui menacèrent alors l'esprit humain : j'en donne une preuve de plus. Pendant que les diplômes de la période lombarde font voir à quel degré de corruption était descendu le langage des affaires et de la vie civile; les hymnes que je publie montrent le même désordre pénétrant dans la langue de l'Eglise, et toutes les règles de la prosodie et de la grammaire violées dans les chants mêmes de ces monastères qui devaient sauver les lettres (1). Los lettres Cependant, ni la chute de la monarchie des ai! vTau Qolhs, ni la désolation de Rome livrée tour à tour

VJU« siècle.

aux violences de Totila, de Bélisaire et de Narsès, rien n'avait pu étouffer le goût des jouissances d'esprit chez le peuple romain, aussi attaché à ses plaisirs qu'à ses monuments. A la fin du sixième siècle, on lisait solennellement Virgile au forum de Trajan : les poêles contemporains y déclamaient leurs ouvrages, et le sénat décernait un tapis de drap d'or au vainqueur de ces combats littéraires (2). Quand la passion des vers était si vive, com-

(1) Voyez ci après YHymnarium vaticanum, et surtout l'hymne de saint Flavien.

(2) Fortunati Carmina, lib. VI, 8.

Aut Maro Tia;ano lectus in orbe i'oro.

Yix modo tam nitido pomposa poemala cultu

Audit Trajano lïomn verenda foro.

Quod si taie decus récitasses aure senatus,

Stravissent plantis aurea fda tuis.

ment les grammairiens el les rhéteurs eussent-ils fermé leurs écoles? Parmi leurs disciples on trouve encore, en 590, un jeune Romain nommé Betharius, qui, venu dans les Gaules, y donna une si haute opinion de son savoir et de son éloquence, que l'admiration publique le porta au siège épiscopal de Chartres. Saint Grégoire le Grand avait été nourri dès l'enfance dans l'étude de la grammaire, de la rhétorique et de la dialectique. Ses écrits ont tous les défauts de la décadence latine ; mais on n'y relève pas ces barbarismes qu'il se vante de ne pas éviter : « trouvant indigne, dit-il, « de faire plier la parole de Dieu sous la règle de « Donat. » Dans ce passage célèbre, dont on a trop souvent abusé, il ne faut voir que l'inquiétude d'un esprit qui connaît la barbarie de son siècle, qui craint de s'en ressentir, et qui se justifie éloquemment, comme saint Paul, en foulant aux pieds l'éloquence (1). Au septième siècle, l'école romaine n'est pas nommée; mais on ne peut douter que renseignement ne se perpétue quand les églises de cette époque, les sépultures des papes sont

(1) Acta S. Beiharii (auctore coœtaneo) apud Bollnnd., II Augusti Vita S. Gregorii, auctore Johanne diacono : « Disciplinis vero liberalibus, hoc est grammatica, rhetorica, dialectica, ita a puero est institutus, ut quamvis eo tempore florerent adhuc Roraaa studia litterarum, tamen nulli in urbe ipsa secundus esse putaretur. » S. Gregorii Epist. ad Leandrum : « Barbarismi confusionem non devito, situs motusque et prœpositionum casus servare contemno, quia vehementer indignum existimo ut verba cœlestis oraculi restringam sub regulis Donati. »

couvertes d'inscriptions en vers latins, quand l'Anglo-Saxon Biscop, poussé par le besoin de savoir, fait cinq fois le voyage de Rome, et en revient chargé de livres. Si les Pères du concile de Latran, en 680, s'excusent de ne point exceller dans la science des rhéteurs, leurs décrets témoignent que le clergé ne pouvait se détacher des spectacles de mimes, derniers restes du théâtre classique. Un fragment que je publie, sans prétendre en fixer la date, mais qui remonte au temps où Rome reconnaissait encore la souveraineté de l'empire d'Orient, décrit la pompe qu'on doit déployer, si l'empereur vient visiter la ville éternelle : un chœur de musiciens le suivra au Capitole en répétant des chants hébreux, grecs et latins (1). Plus tard, et lorsqu'en 774Charlemagne lit à Rome sa première entrée, l'histoire rapporte qu'à la suite de la bannière, des magistrats et des corporations sorlis pour le recevoir, venait la foule des écoliers qui étudiaient les lettres, portant des palmes et chantant des hymnes. L'école reparaît, et assurément elle ne pouvait se montrer plus à propos qu'à l'arrivée du grand homme qui venait fermer les siècles barbares (2).

(1) Beda, Vite WiremuthensiumabbatumXonciliîimLateranense anni 080. Graphia aureœ urbis Romœ : « Quando autem omnium dominator Capitolium Saturni et Jovis conscendere voluerit, in mutatorio Julii Cœsaris purpuuam albam accipiat, et omnibus generibus musicorum vallatus, hebraice, grœce et latine fmsta acclamantibus, Capitolium aureum conscendat. »

(2) Anastasius Bibliolhec., in Adriano.

Les études

Si le patronage des papes et la politique bienfaisante de l'Église assuraient aux lettres un asile les'viiL inviolable derrière les murs de Rome, elles trou- gNaCPqiÏÏs'

et

vaient un autre abri dans les cités soumises à la avenue, domination byzantine. A Naples, les enfants des plus nobles familles étudiaient la grammaire et l'éloquence. Le duc Sergius, qui gouvernait cette ville au commencement du neuvième siècle, avait poussé l'étude des langues classiques à ce point, que, s'il ouvrait un livre grec, il le lisait couramment en latin. Il avait fait donner les mêmes soins à l'éducation de ses deux fils Grégoire et Athanase, l'un destiné aux armes, l'autre à l'épiscopat (1). Ravenne, séjour des exarques, siège d'une administration dégénérée, mais qui ne pouvait se passer ni de luxe ni de lumières, conservait encore avec ses institutions municipales toutes les habitudes de la civilisation antique, Ses églises resplendissaient d'or et de mosaïques, ses tombeaux étaient couverts de sculptures; des inscriptions en vers conservaient la mémoire de ses pontifes. Au sixième siècle, le poëte Fortunat y avait étudié la grammaire, la rhétorique et le droit : c'étaient les trois degrés de Fenseigne-

(1) Vita S. Athanasii Neapolit. episc. apud Muratori, Script.. II, pars 2, 1045 : « (Sergius ejus pater) litteris lam graecis quam latinis favorabiliter erudilus, ita ut si casu librum graecis exaratum démentis in manibus sumeret, latine hune inoffense cursim legeret... Gregorius ejus filius militum magister, in graeca latinaque lingua peritissimus. »

mont public (1). Parmi les maîtres les plus vantés de ce temps, on distinguait le grammairien Honorius, dont nous avons des vers. À la fin du septième siècle (2), un lettré de Ravenne, nommé Johannice, eut le dangereux honneur d'exciter d'abord l'admiration, ensuite l'inquiétude de la cour de Constantinople. Plus tard, quand au gouvernement des exarques succéda la puissance des archevêques, leur historien Agnellus fait assez voir, par les longues harangues dont il enrichit sa chronique , et par ses nombreuses réminiscences de l'antiquité, qu'il a fréquenté les leçons des grammairiens (5). En effet, quatre diplômes de Ravenne, de 984 à 1056, mentionnent des maîtres d'école; et il est permis de les tenir pour laïques, puisque ces actes ne leur donnent point la qualité de clercs, qu'on ne manquait pas de prendre quand on y avait droit (4). Mais rien ne montre mieux l'opiniâtreté de l'enseignement

(1) Fabri, le sagre Memorie di Ravenna antica. Giampini, Vetera monumenta. Fortunat, Vita S. Martini, prolog.

Parvula grammaticae lambens refluamina gutta), Rhetoricee exiguum prtelibans gurgitis haustum, Cote ex juridica cui vix rubigo recessit.

(2) Rescriptum Honorii Scholastici contra episiolas exhoriaiorias Senecœ, apud Mabillon, Analecla, t. I, 364, 305.

(3) Agnellus, lib. pontifie., apud Muratori, Script., II, p. 1, 151, etc.

(4) Fantuzzi, Monum. Rav., I* 215, anno 984 : « Heredes quondam Johannis de Léo magister. » ld., 1, 229, anno 1002 : « Filii quondam Johannis magister. » ld., II, 60, anno 1023 : « Petrus Scholasticus. » ld., 1, 69, anno 1056 : « Arardus Seholasticus. »

profane que l'aventure du grammairien Vilgard, rapportée par Radulphus Glaber. Vilgard lenait éeole à Ravenne au onzième siècle; « il enseignait « la grammaire avec la passion que les Italiens « eurent toujours pour cette étude. Or, comme « dans l'orgueil de son savoir il allait déjà jusce qu'au délire, il arriva qu'une nuit les démons ce prirent la figure des poètes Virgile, Horace et « Juvénal, et, lui apparaissant, le remercièrent de ce son ardeur à étudier leurs livres et à propager ce leur autorité : en retour de ses efforts, ils lui ce promettaient de l'associer à leur gloire. Séduit c< par cette ruse de l'enfer, le grammairien se mit ce à enseigner beaucoup de points contraires à la ce foi, et il affirmait qu'il fallait croire en toutes ce choses les paroles des poètes. A la fin il fut conec vaincu d'hérésie, et condamné par l'archevêque ce Pierre : on trouva en Italie plusieurs esprits ce infectés des mêmes opinions (1). »

Cette vieille Italie ne pouvait se détacher de ses Les .«coie, fables. Les traditions littéraires que le christianisme Lombards

1 Pavie,

avait sauvées ne devaient pas périr par l'épée des bSJJÇJX.

(1) Radulphus Glaber, apud D. Bouquet, X, 23. « Ipso quoque tempore non impar apud Ravennam exorturn est malum. Quidam igitur Vilgardus dictus, studio artis grammatiese magis assiduus quam frequens,sicut Italis semper mos fuit aftes negligere cèleras, illam sectari, is cum ex scientia sua3 artis cœpisset inflalus superbia stultior apparere, quadam nocte assumpsere d&mones poetarum species Virgilii etlloratii atque Juvenalis, apparentesque illi, fallaces retulerunt grates... cœpit multa turgide docere fidei contraria, dictaque poetarum per omnia credenda esse asserebat, » etc.

barbares. Au moment où l'invasion lombarde descend des Alpes, il semble que ce torrent va tout en I rainer: au bout d'un siècle, on s'étonne de retrouver les villes debout et les écoles ouvertes. Vers l'an 700, on voitfleurir, àPavie, le grammairien Félix, honoré du roi Cunibert, qui lui fit présent d'un bâton enrichi d'or et d'argent. Son neveu Flavien lui succéda, et devint le maître de Paul Diacre. Maison rapporte de Paul Diacre qu'il fut instruit dans le palais des rois; et il est permis de conclure qu'il y eut chez les Lombards, comme chez les Anglo- Saxons et chez les Francs, une école du palais où les fils des rois et des grands, entourés d'une élite de jeunes gens studieux, recevaient un enseignement qui les préparait, selon leur vocation, aux devoirs de l'Église ou aux charges de l'Etat (1). C'est ainsi qu'Amollis, prince de Salerne et de Bénévent, avait fait l'honneur de sa race par son savoir et son éloquence, et qu'il fut loué d'avoir embrassé les trois parties de la philosophie ancienne, « la logique, la philosophie, et tout ce « qu'enseigne la morale. » Son épouse Adelperga

(1) Paul. Diacon., Historia Langohar., 1. VI, c. 7. Epitaphium Pauli Diaconl apud MabiUon, Appendix ad volum. II. Annal. Bénédictin., n° 35 :

Divino instinctu, regalis protinus aula

Ob decus et lumen patriae te sumpsit alendum...

Oinnia Sophiœ cepisti culmina sacras,

liège movente pio Ratchis, penetrare decenter.

J'ai traité de l'école du palais chez les rois mérovingiens dans nion livre de la Civilisation chrétienne chez les Francs, p. 500.

« méditait les écrits des sages, tellement que les « paroles dorées des philosophes et les perles des « poètes lui étaient toujours présentes, et qu'elle « ne pouvait s'arracher à la lecture des histoires « sacrées et profanes. » Ces deux barbares si lettrés voulurent que leur fils Romuald excellât dans la grammaire et dans la jurisprudence (1). De tels exemples honoraient l'école, et multipliaient les maîtres en même temps que les disciples. Il ne faut pas s'étonner si l'enseignement de Salerne grandit; si, vers le milieu du neuvième siècle, quand l'empereur Louis II visita Bénévent, on rapporte que cette ville comptait trente-deux philosophes, c'està-dire trente-deux savants professant les lettres profanes (2). Pavie et Bénévent marquent les deux extrémités de la domination lombarde : au centre, on voit Lucques, capitale d'un des ducs barbares dont le nom faisait trembler toute l'Italie, et où cependant toute lumière n'est pas éteinte, puisque

(1) Epitaphium Arrichis apud Pertz, Mon. German. Script., III,

Quod logos et physis, moderans quod ethica pangit, Omnia condiderat mentis in arce suse.

Romuald est loué en ces termes :

Grammatica pollens, mundana lege togatus.

Epistola Pauli Diaconi Adilpergœ, apud Champollion-Figeac, Prolegomena ad Amatum, p. XXIV : « Cum ad imitationem excellentissimi comparis..., ipsa quoque subtili ingenio sagacissimo studio prudentium arcana rimeris, ita ut philosophorum aurata eloquia poetarumque gemmea tibi dicta in promptu sint; historiis etiam seu commentis tam divinis inhœreas quam mundanis. »

(2) Anonymus Salernitanus, cap. 122. Apud Pertz ; III, 554.

i.a civ. au v° sièci.i: h. 25

deux maîtres laïques y paraissent dans des actes de 737 et de 798. Plusieurs séculiers figurent aussi parmi les dix-sept médecins mentionnés dans des diplômes du neuvième et du dixième siècle. Une charte de 823 est écrite sous la dictée du notaire Gauspert par le scribe Pierre, qui se déclare son disciple; d'où l'on peut conclure que l'étude de la jurisprudence n'était pas abandonnée. Cinq autres documents, dont le plus ancien remonte à l'an 755, désignent des peintres et des maîtres orfèvres. On est moins étonné des traditions d'art qui se conservaient à Lucques, quand on considère ses belles églises, admirées comme des types excellents d'architecture romane, et comme autant de preuves de ce besoin du beau qui presse encore les peuples d'Italie, au moment même où on ne les croit occupés que de leurs malheurs ou de leurs vengeances (1).

caractères Aussi l'enseignement ne resta point, comme on renseigne- l'a cru, confiné dans le sanctuaire et dans le cloître, réservé à une caste qui aurait tenu la vérité cap-

(1) Charte des archives de la cathédrale de Lucques : Ann. 737. « Signum manus Tendualdi magistri, testis. » Ann. 798. (Donation d'une terre.) « Caput uno ten'et in via pu* blica, et alio caput tene in terra Benedicti magistri. »

Les maîtres nommés dans ces deux chartes n'ayant pas la qualité de clercs, on peut les tenir pour laïques. Je remarque dans la seconde les formes déjà italiennes de ce latin barbare : tino, alio, tene.

Ann. 823. « Ex dictato supradicti Gausperti magister meus scripsi. » v

Ann. 755. « Anspertus pictor. »

Ann. 807. « Ilpinghi homo magistro aurofice, » etc.

me ni laïque.

tive. C'est ce qui résulte expressément d'une décision synodale de Rathier, évêque de Vérone, au dixième siècle : il y déclare qu'à l'avenir il n'élèvera aux saints ordres aucun postulant qui n'ait étudié les lettres ou à l'école épiscopale, ou dans un monastère, ou auprès de quelque maître savant (1 ). Ces maîtres libres, qu'un vœu n'engageait point au service des âmes, étaient les véritables héritiers des grammairiens et des rhéteurs de l'antiquité ; mais, dépouillés de la dotation que leur assignait la loi romaine et qui avait péri dans la ruine de l'empire, ils étaient réduits à traiter avec leurs disciples et à faire marchandise de leurs leçons. Rathier leur reproche d'avoir vendu plus d'une fois des enseignements qu'il eût fallu ensevelir dans un éternel silence. Benoît de Cluse faisait gloire d'avoir étudié neuf ans chez les grammairiens, mais son savoir lui avait coûté deux mille pièces d'or (2). Dans cet âge 'où la force semblait maîtresse du monde, la science conduisait encore à la fortune. Alfano de

(1) Ratherius, Opéra 419 : « De ordinandis pro certo scitote quod a nobis nullo modo promovebuntur, nisi aut in civitate nostra, aut in aliquo monasterio, vel apud quemlibet sapientem, conversati fuerint et litteris aliquantulum eruditi. »

(2) Ratherius, Opéra 59 : « Multi enim lucri ambitu tegenda silentio vendunt loquendo. » Mabillon, Annales ordinis S.Benedicti, iv, 726. Adémar y fait parler ainsi Benoit de Cluse, dont il combat les prétentions : « Ego sum nepos abbatis de Clusa. Ipse me duxit per multa loca in Longobardia et Francin, propter grammaticam. Ipsi jam constat sapientia mea duo millia solidis quos dédit magistris meis. Novem annis jam steti ad grammaticam... In Francia est sapientia, sed paruin; nam in Longobardia, ubi ego plus didici, est fons sapientia?. »

Salerne célèbre la prospérité de l'école d'Averse, « devenue l'égale d'Athènes : » il y salue le grammairien Guillaume, porté par son savoir au comble de l'opulence et des honneurs (1). Les moines forçaient la clôture pour aller grossir le cortège de ces docteurs fameux ; et saint Pierre Damien s'afflige de les voir, « moins curieux de la règle de saint « Benoît que des règles de Donatus, se précipiter « insolemment dans l'auditoire théâtral des gram- « mairiens, et engager avec les séculiers de bruyants « discours (2). » Les séculiers étudiaient donc; et, s'il faut un dernier témoignage, je le trouve quand le poëte Wippo exhorte l'empereur Henri III à propager en Allemagne les bienfaisantes coutumes de l'Italie. « Ordonne, lui dit-il, que sur la terre des « Teutons chaque noble fasse instruire tous ses fils « dans les lettres et dans la science des lois, afin « qu'au jour où les princes tiendront leurs plaids, « chacun produise ses autorités le livre à la main.

(1) Alphani carmina, apud Ughelli, Italia sacra, t. X. Ad Godfrit. , episcop. Aversan.

Aversam, sludiis philosophos tuis Tu tantum reliquos vincis, ut optimis Dispar non sis Athenis.

Idem, ad Guilielmum grammaticum :

Cui tôt Aversae studiis adauctum Oppidum census dédit atquc dulcis Culmen honoris.

(2) Petrus Damiani de Perfectione monachorum, in capite : de monachis qui grammaticam discere gestiunt : « Quomodo liceat theatralia grammaticorum gymnasia insolcnter irrumpere, et velut inter nundinales strepitus vana cum sœcularibus verba conferre? »

« C'est à quoi s'appliquent tous les Italiens aussitôt « qu'ils ont quitté les hochets : toute la jeunesse y « va suer aux écoles. Les Teutons seuls croient inu- « tile ou honteux d'instruire un homme, s'il n'est a clerc (1). »

Ce texte est considérable. Il atteste qu'au onzième siècle se maintenait encore l'ordre des études, tel que l'avait réglé la loi romaine, en commençant par la grammaire et en finissant par la jurisprudence; tel que l'avait conservé à Rome l'édit d'Athalaric; tel qu'on le retrouve àRavennesous l'administration grecque, et chez les Lombards, quand ces conquérants apprennent à honorer les sciences des vaincus. Un diplôme daté de 853, une charte de Bologne (1067), une de Florence (1075), une de Bergame(1079), et, à Rome, le traité conclu, en 964, entre Otton le Grand et Léon VIII, témoignent que l'étude du droit s'y perpétue, puisque plusieurs personnes y comparaissent avec le titre de docteurs. Pierre Damien donne la même qualité aux jurisconsultes Otto et Moricus. Il montre les légistes de Ravenne, tantôt tenant la férule au milieu de la foule qui encombre les écoles, tantôt se réu-

(1) Wippo, Panegyric. Henrici III :

Tuncfac edictum per terrain Teutonicorum, Quilibet ut dives sibi natos instruat omnes Litterulis, legemque suam persuadeat Mis... Hoc servant Itali post prima crepundia cuncti, Et sudare scholis mandatur tota juventus.

Dans tout ce qui précède, j'ai beaucoup emprunté au savant travail de M. Giesebrecht : De litterarum sludiis apud Italos.

Ordre des études.

nissanten assemblée générale pour débattre et fixer, aux termes de la loi romaine, les degrés de parenté qui font empêchement au mariage. Au même siècle, Lanfranc est instruit, suivant l'usage de sa patrie, dans les arts libéraux et dans les lois sécuorigines Itères (1). Un peu plus tard, Irnérius professait la universités grammaire cà Bologne, avant d'inaugurer cette école qui devait restaurer le droit romain et soumettre à ses décisions les conseils des empereurs. Les jurisconsultes de Bologne siégeaient à la diète de Roncaglia, et signaient à Constance la charte des libertés de l'Italie. Mais ces maîtres savants, courtisés des princes et honorés par les républiques, vivaient encore, comme les anciens grammairiens, des contributions volontaires de leurs élèves. Chaque année, le professeur désignait deux étudiants pour s'entendre avec les autres, et régler d'un commun accord le prix des leçons. Il est vrai de dire que les disciples finissaient par retourner contre leurs maî-

(1) Tiraboschi, Storia di Nonantola, II, n° 58, p. 54. Diplôme de Milan, 855 : « Ègo Hilderatus scriptor hujus livelli et juris magister. » Goldast, Const.imp., 1221 ; IV, 54. Traité de 964 : « Synodum constitutam apluribus viris catholicis episcopis et abbatibus, insuper judicibus et legis doctoribus. »

Petrus Damiani, Epist., lib. VIII, 7, 10. Id., Opéra, t. Il, p. 18, édition de Rome, 1608. iMuratori, Antiquit., I, 969, Florence, 1075 : « Ubertus legis doctor. »

Id., ibid., p. 448. Bergame, 1079 : « Radulfus legis doctor. »

Sarti, de Cl. Archig. Bonon. professoribus, t. I, p. 1, charte de 1067 : « Albertus legis doctor. »

Je connais les objections de Savigny, et je n'entends pas que le titre de legis doctor désigne toujours un maître qui enseigne le droit, mais du moins un légiste qui l'a étudié.

très la science qu'ils en avaient reçue, et trouvaient dans le Digeste plus d'un prétexte pour ne point payer, selon cet adage déjà populaire :

Scire volunt omnes, mercedem solvere nemo.

Dès lors les villes jalouses de retenir les professeurs qui faisaient leur gloire et leur prospérité durent suppléer à la pauvreté des étudiants ; et en 1280 on voit la république de Bologne engager l'Espagnol Garsias pour commenter le Décret, au prix de cent cinquante livres par année. Ainsi l'enseignement public retrouve les conditions que la loi romaine lui avait faites en le mettant à la charge des cités ; ainsi ces maîtres laïques, dont nous avons suivi péniblement la trace, forment la chaîne qui rattache les écoles impériales aux universités italiennes du moyen âge (1).

Si l'esprit laïque se conserve chez les maîtres, il Exemcesde éclate aussi manifestement dans leurs leçons et dans leurs œuvres. Pendant que les uns s'attachent aux

(1) Savigny, Histoire du Droit romain, t. III, ch. 21, § 88 (de la traduction française). Ibid., § 94. Sarti, pars 1\ p. 149, 167, 233, 401, 410, 411. Pars i\ p. 83, 138.

Odofredus, ad l. 79 de Verb. obligat. : « Bene scitis quod cum doctores faciunt collectam, doctor non quaerit a scholaribus, sed eligit duos scholares, ut scrutentur voluntates scholariuin. Promittunt scholares per illos. Mali scholares nolunt solvere, quia dicunt quod per procuratorem non quseritur actio domino. »

Id., in fine Digest. « Etdicovobis quod in anno sequenti intendo docere ordinarie bene et legaliter. .. Extraordinarie non credo légère, quia scholares non suntboni pagatores, quia volunt scire, sed nolunt solvere, juxta illud : « Nosse velint omnes, mercedem solvere nemo. » — Le vers est de Juvénal, sat. vu, v. 157.

l'école.

Poésie

profil ne.

codes de Théodose ou de Justinien, la grammaire, qui fait l'étude des autres, ne se réduit point aux règles élémentaires de la langue latine; elle comprend la lecture, le commentaire et l'imitation des poëtes classiques. Au moment où l'on croit tous les esprits occupés des jugements de Dieu, quand il semble que les écrivains ne suffisent pas pour recueillir et publier les miracles des saints, il se trouve des lettrés indisciplinés qui ne s'inspirent ni du silence des cloîtres ni des pieux récits aimés du peuple, qui retournent aux sources profanes, qui font revivre dans leurs compositions non-seulement les fables, mais la sensualité du paganisme. C'est le caractère d'un petit poëme publié par Niebuhr, et composé en Lombardie avant la fin du dixième siècle (1). On y loue la beauté d'un jeune garçon, « idole de Vénus; » on invoque pour lui les trois Parques et Neptune, protecteur des nochers sur les eaux rapides de l'Adige. Je reconnais la même inspiration dans une pièce inédite du douzième siècle, et dont voici les premiers vers. Le poëte met en scène deux personnages mythologiques, Hélène et Ganymède :

Dû Taurum Sol intraverat, et ver parens florum

Ganymède Caput exeruerat floribus décorum :

Sub oliva recubans, herba sternens torum (2), Delectabar, dulcia recolens amorum.

(1) IS'iebuhr, Rheinisches Muséum, t. III, p. 7 et 8,

(2) Ces trois derniers mots ne sont qu'une restitution conjecturale.

et

Ilcleno

Odor florum redolens, temporis juventus, Aura lene ventilans, avium concentus Dum lenirent animum, sopor subit lentus, Quo non esset oculis veternus (?) ademptus.

Nam vidisse videor quod Phryx et Lacena Una starent in gramine pinu sub amena : Cultus illis recens, faciès serena; Contendebat lilio frons, rose gêna.

Videbantur pariter bumi consedisse, Videbatur vultibus humus arrisisse.

Taies deos fama est formas induisse :

Admirantur faciès pares invenisse.

Per verba variis conferunt de rébus, Deque suis invicem certant speciebus, Ut si Phebe lucida litiget et Phebus : Femine se comparât invidus ephebus(l).

Je m'arrête, car le beau Phrygien et la dangereuse Lacédémonienne s'engagent dans un entretien dont l'impureté rappelle les derniers désordres de la société antique. Ce n'est pas Virgile seul qui trouble les songes des grammairiens du moyen âge, c'est la muse de Catulle et de Pétrone dépouillée de ce voile d'élégance qui couvrait ses nudités. Cependant l'école avait des passe-temps moins coupables : la mythologie lui offrait des sujets capables d'attacher les imaginations sans irriter les sens. Les grandes fables qui avaient ému le théâtre grec, qui avaient arraché les pleurs et les acclamations de tant de puissantes cités, ne servaient plus qu'aux

(1) MS. Vatican, secul, ut videtur, XII, n° 2719, folio 85. Ici, comme dans tous les textes qui suivent, j'ai reproduit scrupuleusement l'orthographe du manuscrit. J'ai marqué d'un point d'interrogation les leçons douteuses.

jeux d'esprit d'un pédagogue applaudi par des enfants. Il s'agissait de célébrer la chute de Troie et la douleur d'Hécube : le comble de l'art était d'emprunter le mètre élégiaque des Latins, en le surchargeant de ces rimes léonines dont l'oreille des barbares ne se lassait pas :

Pergama flere volo, fato Danais data solo ; Solo capta dolo ; capta, redacta solo (1).

Ce petit poème semble avoir joui d'une faveur singulière : on le trouve dans un grand nombre de recueils, à la suite des plus beaux ouvrages de l'antiquité. On connaît moins les vers suivants que je lis aussi dans un manuscrit du douzième siècle, et que je publie sans m'en dissimuler la puérilité et la faiblesse. Mais je trouve quelque intérêt à surprendre, pour ainsi dire, un des exercices familiers de l'école, à savoir comment on y goûtait les anciens, ce qu'on imitait de leurs qualités ou de leurs défauts. L'auteur se propose de conter l'aventure de Dédale et d'Icare, et il a sous les yeux les deux récits d'Ovide, l'un au deuxième livre de l'Art d'aimer, l'autre au huitième des Métamorphoses (2).

DE DEDALO ET ICARO.

Fert maie damna more, patrie revocatus amore : Excitât ad reditus hune ainor ingenitus.

(1) Publié par M. Édelestand du Méril, Poésies latines populaires, I, 309.

(2) Ce poème est tiré du même recueil que le précédent (Vatican, n°271.'.ô.

Dedalus inclusus patrie raptos dolet usus :

Clausus in arce latet, cui via nulla patet. Claudit eum murus, claudit mare ; nec prece durus

Rex flecti poterit : sic via tota périt. Flet, gémit irutus, quod perdat tempora natus.

Nati curapremit, non sua damna gémit.

Cura suae mentis anullat (sic) membra parentis :

Confundit fletu lumina, corda metu.

Naufragio positus, desperat tangere litlus :

Fluctibus iratis fluctuât actaratis.

Sic per très annos fluxerunt corda tyranni (1),

Et prece sollicita flectere tenlat ita : « Rexbone, cui soli datur omnis gratia, noli

« Tristibus exiliis impius esse piis.

« Rex, mea si steriiis est gracia, te puerilis

« Etas commoveat : me sine natus eat (2). « Me senio fessum teneas volo : claudere gressum

« Infanti reduci gloria nulla duci.

« Pone malo metas, quoniam mea sustinet etas :

« Pone malo metas, exulet impietas.

« Impietas mentis castigat facla parentis :

« Quœ sub plèbe latet, sub duce culpa patet, « Lex jubet ut pueris parcas, quos ledere querîs.

« Jussa premis legis, te sine lege régis. « Parcere prostratis lex te jubet : est probitatis

« Parcere prostratis : sat tibi posse satis. « Quam sub mente tenes iram ratione refrènes :

« Ut sit pena brevis, sit precor ira levis. « Impietas mundi débet ratione retundi,

« Nec déferre bonus impietatis onus.

« Fortibus est decori vitam donare minori.

« Fortes in pueros non decet esse feros. « Da pêne metam victus (?) : concedere vitam

« Te rogat hic letus : nescit habere metus. » Singultus mentis ruperunt verba loquentis.

Quis sit mente dolor, monstrat in ore color. Rex non est motus, quamvis pater in prece totus.

Hic non evadit, nec ducis ira cadit.

(1) Le copiste a réuni dans ce vers deux hémistiches qui ne se suivent ni par le sens ni par la rime.

(2) Cf. Ovidius, Artis amatoriœ \\h . II.

Da reditum puero, senis est si gratia vilis; Si non vis puero parcere, parce seni.

Dum prece non movit regem, sed denique novit

Se reditus inopem, consulit artis opem.

Dum procul est numen, succurrit mentis acumen.

Suggerit auxilium tristibus ingcnium.

Consulit iratis nimius timor anxietatis :

Res iter ad letas invenit anxietas.

In varias partes mens vertitur, invenit artes :

Invenit in patriam Dedalus arte viam.

Plumas implorât, locat ordine : mira décorât

Ordinis imparitas ordine dispositas.

Omncs aptate sunt equa disparitate :

Posses mirari disparitate pari, lias nato nectit, modico curvamine flectit (1) ;

Ceris ima linit, née fluitare sinit.

Quem novitas tangit operis, patrem puer angit,

Hoc rogitans quid erit, singula qiueque terit (2). Non pater huic cedit, sed amico verbere ledit;

Dum patris ira nocet, pauca docenda docet : « Icare, nil queras, sed molli pollice ceras ;

« Hec dabit in patriam, vel via nulla, viam. « Non patet aocessus terre mihi carpere gressus :

« Per mare si méditer, rex mibi claudit iter. « Claudere non poterit celum, non claudere querit ;

« Addere (?) vêla tibi spes mea pendet ibi, « Celum celatur, celi via nulla putatur.

« Que celata latet, hec mihi sola patet (5). » Dum pater hec récitât, pennis sua brachia ditat.

Hune opus exhilarat : aéra tutus arat. Aer tentatur : pater ad terrain revocatur.

Filius hortatur, posse volare datur.

Mors data letiticat : dolor hujus lumina siccat.

Huic fit amor patrius impietate pius.

Cura fovet mentem. damnum locuplctat egentem :

(1) Ovidii Metamorph. VIII :

Atque ita compositas parvo curvamine ilectit.

(2) Ovid., ibid. :

Flavam modo pollice ceram

Mollibat, lusuque suo mirabile patris Impediebat opus...

(3) .... Terras licet, inquit, et undas

Obstruât : at cœlum cerle palet : ibimus illac.

Letus adit lethum, spe superante metum (1). Ad mortem properat, dum mortem linquere sperat ;

Vivere qua querit Icarus arte périt.

Nunc pater hortalur, hortans tremit et lacrymatur ;

Non quatithunc etas, sed quatit anxietas : « Icare, deilentis solatia sola parentîs,

« Poscit iter metui : sit tibi cura tui. « Credere te soli, ne solvat vincula, noli :

« At médius metiam, me duce, carpe viam. « Est via difficilis; etas nescit puerilis

« Ut tibi sic caveas : me duce, tutus eas. « Brachia non agites prope terras : œquora vites :

« INam gravis unda graves, Icare, reddit aves (2). « Grede mihi : ventis ne tradas verba parentis.

« Vivere si queras, pectore jussa géras. » Talibus hortato jungit pater oscula nato (3).

Clauduntur fletus anxietate metus.

Antevolat natus, sequitur non sponte moratus :

Gaudet sicutavis, cui via nulla gravis.

Omnibus ille horis oculos revocat genitoris :

Respectus lenis detinet ora senis.

Deserit hune natus, carpit per summa volatus (4).

Fluctibus immersus patrem vocat : ille reversus

Exanimem reperit, pectora inesta ferit.

Corpore ditatur tumulus ; nomen renovatur

Undis : reddit eas Icarus Icareas.

Ovide avait donc ses disciples : les Métamorphoses partageaient la popularité de l'Enéide ; on les commentait publiquement dans les chaires de Bo-

(1) .... Ignarus sua se tractare pericla.

(2) Instruit et natum; Medioque ut limite curras, Icare, ait, moneo : ne, si demissior ibis, Unda gravet pennas ; si celsior, ignis adural... Me duce, carpe viam.

(3) Dédit oscula nato

Non ilerum repetenda suo.

(4) Le copiste omet ici plusieurs ver

logne et de Florence. Mais ce qui plaisait surtout dans ce poète, c'étaient les vices de la décadence, la dangereuse facilité d'une amplification qui ne se lasse point de répéter la même pensée ; c'était la prodigalité des sentences , le luxe des antithèses, sans parler de la rime, dont il aime à couronner pour ainsi dire les deux hémistiches égaux de ses pentamètres. Ainsi l'imitation des anciens n'était pas sans péril. Le génie moderne gagnait à s'affranchir des règles d'une versification faite pour d'autres temps. La froide élégie de Dédale et d'Icare me semble au-dessous de la complainte d'Œdipe en vers syllabiques rimes, que je trouve dans un manuscrit du douzième siècle (1). Si Ton ne peut y montrer la main d'un Italien, ce petit poëme est du moins d'une époque où les mêmes enseignements régnent dans les écoles de l'Occident, et où chacune d'elles s'éclaire des lumières de toutes.

PLANCTUS EDIPI.

Diri patris infausta pignora, An te ortus damnati tempora, Quia vestra sic jacent corpora, Mea dolent introrsus pectora.

Fessus luctu, confectus senio, Gressu tremens labente venio :

(1) Bibliothèque de l'ancienne abbaye de Saint-Gall, n° 865. Ce manuscrit in-8° sur parchemin, et d'une écriture qui remonte au douzième siècle, contient la Thébaïde de Stace. A la fin se trouve la complainte d"(Ëdipe; les trois premiers vers sont accompagnés d'une notation musicale.

AUX TlMPS BARBARES. 599

Quam siaistro sim natus genio, Nullo potest capi ingenio.

Cur fluxerunt a viro semina Ex quibus me concepit femina?

Infernalis me regni limina Produxerunt in vitelumina.

Si me nunquam vidisset oculus, Hic in pace vixisset populus.

Si clausisset hsee membra tumulus, Hic malorum non esset cumulus.

Omni quando dolore senui, Hanc animam plus justo tenui, Viri fortes et nimis strenui, Quam infanda vos nocte genui !

Ab antiqua rerum congerie, Cum pugnarent rudes materie, Fuit moles hujus miserie Ordinata fatorum série.

Cum infelix me pater genuit, Thesiphone non illud renuit.

Alimenta dum mater prebuit, Ferrum in me parari debuit.

Incestavi matris cubilia, Vibrans ferrum per patris ilia :

Quis hominum inter tôt milia Perpetravit unquam similia?

Turpis fama Thebani germinis Mundi sonat diffusa terminis, Quadrifidi terrarum liminis Tangit metas vox nostri criminis.

Me infami rerum luxuria Infernalis fedavit furia :

Si deorum me odit curia, Confiteor, non est injuria.

Me oderunt rêvera superi :

Patentions hoc signis reperi.

Umbram sontem (?) istius miseiï Abhorrebunt... et inferi.

Scelus meum dat famé pabula :

De me sonat per orbem fabula .

In patenti locatum spécula, Referetur crimen per secula.

Solatio leventur ceteri :

Consolator, me solum preteri.

Necesse est me luctu deteri.

nil possem fieri.

Nomen meum transcendit Gargara ; Me Rodope, me norunt Ismara; De me Syrtis miratur barbara ; Scelus meum abhorrent Tartara.

0 quam maie servastis, filii, Constitutas vices exilii !

Caro nitens ad instar lilii, Quod de vobis sumam consilii!

Si pudore careret, aspera Minus esset sors nostra misera ; Sed pudenda Thebarum scelera Mare clamât, tellus et sidéra.

Quod dolore nondum deticio, Ex insito (?) procedit vitio.

Gravi demum pressus exitio, Mortis horam jam solam sitio.

Cedis mei (sic) vulnus aperui, Quando mihi oculos erui :

Supplicium passus quod merui, Meum regnum juste deserui.

Parentele obi i tus celebris, In cisterne me clausi tenebris :

Instar agens menie funebris, In merore vixi ac tenebris (1).

Ibi digne indulgens domui, Meum in vos virus evomui :

Ut gladium linguam exacui, Imprecansque vobis non tacui.

( l ) Sic. Il est probable qu'au second vers il faut remplacer tenebris par latebris.

(Juod petebat vox detestabilis, Ira complet deorum stabilis :

Cruciatus est ineffabilis, Quem patitur gens miserabilis.

On a poussé trop loin le contraste, on a trop Le paganisme élargi l'abîme entre le moyen âge et la renaissance. ' au

° . moyen âge.

Il ne fallait pas méconnaître ce qu'il y eut de paganisme littéraire dans ces temps, où l'on attribue à la foi chrétienne l'empire absolu des esprits et des consciences. Personne n'ignore les hardiesses mythologiques des troubadours, le cynisme des trouvères, et en quels termes dignes de Lucrèce le roman de la Rose enseigne le culte de la nature. La poésie italienne commence au treizième siècle, et de Palerme à Florence on n'entend célébrer que le dieu puissant fils de Vénus. Aux noces des grands on représentait des drames allégoriques, où Cupidon poursuivait de ses flèches dames et chevaliers; et chaque année le printemps ramenait à Florence une solennité où les jeunes gens couronnés de fleurs marchaient à la suite du plus beau d'entre eux, qui prenait le nom de l'Amour (1). Cette intervention dos fables païennes n'a rien qui étonne dans les fêtes profanes et chez les poètes de la langue vulgaire. Mais il est plus instructif de les retrouver dans la langue latine, devenue celle de l'Église. Et comment la mythologie eût-elle été bannie de l'é-

(1 ) Francesco da Baiberino , del Reggimento e Costume délie donne, parte V. — Villani, lib. VII, cap. 89.

l.A CIV. AU Ve SIÈCLE. II. '!(>

cole, lorsqu'elle pénétrait jusqu'au seuil du sanctuaire? On pouvait assurément chanter l'artifice de Dédale et les malheurs de Thèbes, quand le peintre Orcagna faisait figurer l'Amour avec son flambeau dans le Triomphe de la Mort, et quand le marbre des Trois Grâces , échappé de quelque ciseau grec, trouvait asile dans la bibliothèque de la cathédrale de Sienne.

[[ — [)ES écoles ecclésiastiques.

Cependant le paganisme, capable encore d'égarer les imaginations, de mettre le désordre dans les souvenirs, de troubler l'esprit du grammairien Yilgard ou du tribun Arnauld de Brescia, ne pouvait plus rien sur les consciences qui recelaient la véritable source du génie moderne. Il fallait une foi nouvelle pour les remuer, pour ramener l'inspiration, sanctifier le travail, et faire de l'enseignement non plus un trafic, mais un

devoir.

C'est aux catacombes que je trouve les premiè-

Les écoles ^ „ , ,,

catacombes res écoles du christianisme. C est a home, a I en- Irée des souterrains de Sainte-Agnès, avant de pénétrer dans les oratoires où les fidèles seuls étaient admis aux mystères, qu'on voit deux salles nues, sans tombeaux, sans peintures, sans autre 'indice de leur destination que la chaire du eftt£

cliiste et le banc des catéchumènes (1). Sans doute l'instruction qu'on y donnait ne touchait point encore aux lettres profanes. Toutefois on reconnaît de bonne heure le penchant de la théologie chrétienne à recueillir tout ce qu'il y avait de légitime dans l'héritage de l'esprit humain. En même temps que les Pères retrouvaient chez les philosophes et les poêles les traits épars d'une vérité incomplète et, comme dit Clément d'Alexandrie, une participation lointaine du Verbe éternel, les peintres des catacombes, par un symbolisme hardi, représentaient le Christ sous la figure d'Orphée (2). Des inscriptions en vers décoraient les sépultures chrétiennes; la langue des dieux se purifiait en s'essayant à louer les martyrs. Quand l'Église sort de ces ténèbres où les persécutions l'avaient reléguée, l'école paraît avec elle, et ne s'en sépare plus. L'enseignement fait partie du ministère sacerdotal, et le concile de Vaison en 529 atteste déjà cette coutume établie chez les Italiens, « que les prêtres « qui occupent des paroisses reçoivent dans leurs « maisons de jeunes lecteurs, afin de les instruire « comme de bons pères instruisent leurs fils (3). »

(1) C'est ce qui résulte des dernières fouilles entreprises aux catacombes de Sainte-Agnès. J'ai visité ces deux salles, dont on trouvera la description dans le savant livre du père Marchi.

(2) Bottari, Pitture, t. II, tab. 63 et 7I. Mamachi, Antiquit. christ., III, 81. Raoul-Koehette, Tableau des Catacombes, p. 151.

(5) Goncilium Vasionense, II, c. 1. « Placuit ut omnes presbyteri qui sunt in parochiis constituti, secundum consuetudinem quani per totara Italiam salubriter teneri cognovimus, juniores lectores .. secum in domo ubi ipsi bnhitare videntur, recipiant. »

Des commencements si faibles ne promettaient rien de grand : mais l'Église attendait l'invasion des barbares pour mesurer ses efforts au danger. Au moment même où la conquête lombarde menaçait l'Italie d'une nuit éternelle, on voit poindre comme deux flambeaux, d'une part l'enseignement épiscopal, de l'autre l'enseignement monastique. Lenseigne- Saint Grégoire, ce pontife si calomnié et dont on

ment u l

épiscopai. a voulu faire un ennemi de l'esprit humain, fut le

ï>. Grégoire I 7

lcUrand véritable fondateur des écoles épiscopales. On lui a beaucoup reproché sa lettre à saint Didier, évêque deVienne, qu'il blâme d'enseigner la grammaire à la manière des anciens, de commenter les poêles païens, et de profaner par les louanges de Jupiter une bouche vouée au Christ. Sans doute saint Grégoire pensa que les fables antiques n'étaient pas sans péril pour les populations de la Gaule et de l'Italie, encore toutes pénétrées de paganisme. Mais en même lemps on peut croire que ce grand esprit avait compris la nécessité de rompre avec les méthodes surannées des grammairiens, et de sauver les lettres en les attachant au service de la doctrine nouvelle qui sauvait le monde. Sans doute, l'enseignement qu'il inaugurait ne semblait conçu que pour ajouter à la mnjesté du culte : « Il institua, « dit l'historien de sa vie, l'école des chantres, et « lui donna, avec quelques domaines, deux rési- « dences, l'une auprès de la basilique de Saint- « Pierre, l'autre au palais de Latran. » Mais la

musique, le dernier des sept arts libéraux, exigeait la connaissance de tous les autres ; le chant supposait l'intelligence des textes sacrés, et de l'humble fondation de saint Grégoire devait sortir toute une école théologique et littéraire, qui serait la lumière de Rome et l'exemple de l'Occident.

Jusqu'à la fin du neuvième siècle je vois l'école de Latran, fidèle à ses traditions, former l'élite du clergé romain : il est dit des deux papes Sergius I et Sergius II qu'ils y furent nourris dans l'étude, non de la religion seulement, mais des lettres (1). On y enseignait assurément la métrique latine, puisque les hymnes de l'Eglise se pliaient encore aux lois de la quantité, et faisaient revivre les anciens rhythmes d'Horace et de Catulle. On y enseignait au moins les éléments de la langue grecque, puisqu'elle conservait sa place dans la liturgie romaine, et qu'un Ordo Romanus du douzième siècle donne encore les antiennes grecques exécutées par les chantres de la chapelle papale aux principales fêtes de l'année (2). La chapelle des papes, avec

(1) Johannes Diaconus, Vita S. Gregorh, If, cap. 6. Anastasius Bibliothecar., in Sergio I; idem in Sergio II : Eum seholœ cantorum ad erudiendum tr;ididit (Léo lit) communibus litleris. »

On ne comprend pas qu'un esprit aussi élevé que M. Giesebrecht se soit laissé entraîner aux vieilles calomnies du protestantisme contre S. Grégoire le Grand, quand elles n ont d'autre appui que le témoignage tardif de Jean de Salisbury, contredit par Jean Diacre, qui le précède de deux siècles; quand surtout la correspondance tout entière de S. Grégoire atteste que la civilisation n'a jamais eu de plus grand serviteur.

(i) Ordo Romanus np. M;ibillon, Muséum italicum, t. II. Ras-

l'école qui en était inséparable, devint le type à l'imitation duquel se constitua l'école du palais chez les Francs. Les rois civilisateurs s'appliquaient à réformer le chant ecclésiastique en même temps qu'à ranimer les études, et c'était à Rome qu'ils demandaient des leçons. Le pape Grégoire III envoyait en France des chantres romains; Paul Ier accueillait les moines français à l'école de Latran; le même pontife adressait à Pépin le Bref un antiphonaire avec des traités grecs de grammaire et de géométrie. Charlemagne reçut du pape Adrien des maîtres de grammaire et de eomput; et si dans ce nombre plusieurs pouvaient être laïques, d'autres sorlaient de la chapelle pontificale, comme les deux chantres Pelrus et Romanus, que la chronique représente aussi profondément versés dans la musique sacrée que dans les arts libéraux (1). Écoles de Quand l'exemple de Rome subjuguait les bar-

Milan,

Lurqms et bares du Nord, comment n'eût-il pas ému l'Italie?

poni, de Bibliotheca Lateranensi. Le jour de Pâques, après vêpres, le p;i|ie venait se placer ;-ous le portique de Saint-Venance, attenant à la basilique de Latran. Les échansons lui versaient le vin d'honneur ainsi qu'à son clergé, pendant que les chantres entonnaient une antienne grecque commençant par ces mots : nas^- '£p°v ^u.ïv oYiacocv àvarîs'^ctJCTT.i, et finissant par ceux-ci : T&v Pwjay)? -rcocTrrcav, Xpiaxs, cpûXa£ov.

(1) Pour tout ce qui concerne la chapelle et l'école des rois francs, qu'on me permette de renvoyer à mon livre de la Civilisalion chrétienne chez les Francs, ainsi qu'à 1 Histoire de S. Léger, par le R. P. Pitra. Cf. Epistolœ Pauli papœ ad Pippinum regem, 15 et 50; Anastas., Adrian.; Chronicon Engolismense ad ann. 787; Eckhardus, de Casibus S. Galli : « Mittunlur secundum régis peti— tionem Petrus et Homanus, et cantuum et liberalium artium paginis eruditi, »

Dans ces villes lombardes que l'arianisme disputait à l'orthodoxie, on voit les évêques s'entourant d'un petit nombre de clercs, qu'ils exercent à la culture des lettres en même temps qu'à la défense de la foi. Au septième siècle, l'archevêque de Milan, Benedictus Crispus, s'honorait d'avoir initié ses disciples à la connaissance des sept arts. Un peu plus tard, l'Eglise de Lucques avait ses écoles sous le portique même de la cathédrale; et déjà les prêtres Caudentius et Deusdede y figurent, dans deux actes de 747 et 748, comme chargés de l'enseignement public (1). Le diacre Pierre de Pise professait à Pavie quand Alcuin assista à sa dispute publique contre l'Israélite Jules ; et je reconnais comme autant de représentants de l'école ecclésiastique en Lombardic, Paul Diacre, Paulin d'Aquilée et Théodulfe, tous trois clercs, tous trois destinés à seconder ces réformes de Charlemagne que l'Italie inspira d'abord, et qu'elle subit ensuite.

D'un autre côté, l'enseignement monastique i/enseigne:-

! i i i , • i ment

commençait aux deux bouts de la péninsule, au monastique,

1 le mont,

il) S. Benedicli Crispi Mediolanensis archieptscopi poematium etBobhio médium apud Mai, Auctor. class., t. V, p. 591, prsefatio ad Maurum maniuensem prœpositum. « Quia te, fili carissime Maure, pêne al» ipsis cunabulis educavi, et septiformis faeùndiœ liberalilate dotavi. » Archives de Lucques :

Diplôme de 748. Signa manus Deusdede VV. pivsb. magistro siliole, testis.

— de 767. Propter j.ontificalem ejusdem Ecclesie ubi est

schola.

— de 809. Ego Lampertus magistru (sic) schole cantorum

manu mea subscripsi.

«— de 746. Gaudentius presbiler magistor.

mont Gassin et à Bobbio. Sans doute la règle bénédictine ne traite pas expressément des écoles claustrales, mais elle permet de recevoir et par conséquent d'élever les enfants consacrés au service de Dieu par le vœu de leurs pères. Elle fait de la lecture un devoir, une œuvre qui sanctifie le dimanche et les jours de carême. Elle ne semble ouvrir l'asile du monastère qu'à la foi, à la piété, à la pénitence : mais les lettres, qui cherchent la paix et le recueillement, y pénètrent et n'en sortent plus. Parmi les premiers disciples de saint Benoît, plusieurs, Maurus, Placidus, Marcus, sont loués de leur application à la lecture et de leur savoir. Toutes les traditions du monachisme italien favorisaient le travail d'esprit. Saint Fulgence de Cagliari faisait moins de cas du labeur des mains que de l'étude, et Gassiodore avait écrit pour les religieux deVivariason beau traité des Institutions divines et humaines. Pendant que le midi de l'Italie s'éclairait de ces clartés, un autre foyer s'allumait au nord. Le zèle de l'apostolat qui poussait les moines d'Irlande sur le continent avait conduit saint Colomban à Bobbio, au fond des plus âpres déserts de l'Apennin. Il y portait, avec les sévères observances des cénobites de son pays, leur passion des lettres, et ce besoin qui les dévorait de savoir et d'enseigner. L'esprit de ce grand réformateur lui survécut, et passa des Irlandais, ses compagnons, aux disciples italiens qui leursuccé-

dèrent (1 ). Au septième siècle, Jonas de Bobbio écrit l'histoire de saint Colomban : son style est nourri de la lecture des anciens, il citeTite-Liveet Virgile. Au dixième, la bibliothèque de Bobbio possède des écrits de Démoslhènes et d'Aristote, les poètes de l'antiquité latine, mais surtout une quantité incroyable de grammairiens. Il ne fallait pas moins que les exigences d'une école nombreuse pour multiplier ainsi les exemplaires de tant d'écrits arides, et pour que des vies consacrées à Dieu se consumassent à copier, non les homélies de saint Chrysostome et ' de saint Augustin, mais le traité de Caper sur l'orthographe, ou celui de Flavianus sur l'accord du nom avec le verbe (2).

Tels étaient cependant les périls de ce temps ora- intervention geux, que des institutions si fortes n'assuraient pas laPuissante

° l r impériale.

encore la perpétuité de l'enseignement. La barba- deLofhUe. rie désarmée faisait irruption dans l'Église ; des hommes de sang, des prêtres concubinaires et simoniaques, prenaient possession des évêchés et des

(1) Régula S. Benedidi; Pétri Diaconi de Vita et Obilu justorum cœnobii Casin., ap. Mai; Script, vet., tom. VI, p. 246. Vita S. FulgetitUap. Mabillon, Ann. 0. S. B., t. I, p. 41; Vita S. Columbani auctore Jona Bobbiensi, ap. Mabillon. Act. SS. 0. S B t. II. * "'

(2) Catalogus Bobbiensis X seculi, ap. Muratori, Antiquit. Italie, t. III, Dissert. 45. J'y remarque un Démosthènes (librum I Demosthenis), un grand nombre de poètes latins, et les grammairiens suivants : « ^ergii de Grammatica ; Adamantii, item Cnpri et Acroetii de Orthographia ; Dosithei de Grammatica ; Papirii de Analogia; Flaviani de Consensu nominum et verborum; Prisciani, Marii, de Centum melris; Honorati de Ratione metrorum ; libros XX diversorum grammaticorum. »

abbayes, fermaient l'école, et de ses revenus entretenaient leurs meutes et leurs chevaux. De si grands maux demandaient l'intervention des deux puissances temporelle et spirituelle qui gouvernaient le monde chrétien. En 825, l'empereur Lothaire, poursuivant la pensée de son aïeul Charlemagne, rendait un édit dont voici la teneur : « En ce qui « touche l'enseignement, qui par l'extrême incurie « et la mollesse de quelques supérieurs est partout « ruiné jusque dans ses fondements, il nous a plu « que tous observassent ce que nous avons établi, « savoir : Que les personnes chargées par nos or- « dres d'enseigner dans les lieux ci-après indi- « qués mettent tout leur zèle à obtenir des progrès « de leurs disciples, et s'appliquent à la science « comme l'exige la nécessité présente. Cependant « nous avons désigné pour cet exercice des lieux « choisis de façon que ni l'éloignement ni la pau- « vreté ne servît désormais d'excuse à personne. « Nous voulons donc qu'à Pavie, et sous la conduite « de Dungal, se rassemblent les étudiants de Mi- « lan, deBrescia, de Lodi, de Bergarne, de Novare, « de Verceil, de Torlone, d'Acqui, de Gênes, d'Asti, « de Corne. A Ivrée, l'évêque enseignera lui-même. « A Turin, se réuniront ceux de Vintimille, d'Al- « benga, d'Alba, de Vado. A Crémone, étudieront « ceux de Reggio, de Plaisance, de Parme, de Mo- « dène. A Florence, les Toscans viendront chercher « la sagesse. A Fermo, ceux du territoire de Spo-

et de Léon IV.

« lète. A Vérone, ceux de Trente et de Mantoue. A « Vicence, ceux de Padoue, de Trévise, de Feltre, « de Cénéda, d'Asolo. C'est à l'école de Gividad del « Friuli que les autres villes enverront leurs élè- « ves (1). » Toutefois il faut se tenir en garde contre l'exagération des termes de l'édit, quand il suppose la ruine générale de l'enseignement. C'est le langage ordinaire de cette époque, de célébrer comme le fondateur d'une église celui qui la restaure, comme l'auteur d'une institution celui qui la réforme. 11 y a plus de vérité dans le canon du ,J?an?ns„

J r d Eu«vne II

pape Eugène II, qui déclare seulement « qu'en plusieurs lieux on ne trouve ni maîtres, ni zèle pour

(1) Constitutio Lotharii, ap. Pertz, Monum. Germ. leg., I, 249 : « De doctrina vcro, quse ob nimiam incuriam atque ignaviam quorundam prapositorum, cunctis in locis est funditus extincta, placuit, ut sicut a nobis constitutum est, ita ab omnibus observetur, videlicet ut ab lus qui nostra dispositione ad docendos alios per loca denominata sunt constituti, maximum delur studium, qualiter sibi commissi scholastici proficiaut.

« ...Primum in Papia conveniant ad Bungalum de Mediolano, de Brixia, de Laude, de Bergamo, de iNovaria, de Vercellis, de Tertona, de Aquis, de Janua, de Aste, de Cuma. In Eporegia ipse episcopus hoc per se faciat. In Taurinis conveniant de Vintimilio, de Albingano, de Vadis, de Alba. In Cremona discant de Regio, de riacenlia, de Parma, de Mulina. In Florentia de Tuscia resipiscant. In Firmo de Spoletinis civitatibus conveniaut. lu Verona de Mantua, de Triento. In Vicentia de Patavis, de Tarvisio, de Feltris, de Ceneda, de Asylo. Relicjuje civilates Forum Julii ad scholam conveniant »

M. Giesebrecht veut que cette constitution ne touche en rien à l'enseignement littéraire, et il en donne cette unique raison, que je trouve faible et contestable, qu'à cette époque le mot doctrina ne désigne que renseignement ecclésiastique. Mais cette supposition ne s'accorde pas avec le génie des réformes carlovingiennes, qui n1ont pas d'autre pensée que de restaurer la théologie par les lettres.

les letlres. » C'est pourquoi il ordonne que « dans tous les évêchés, dans toutes les paroisses et les autres lieux où besoin sera, on institue des professeurs, savants dans les arts libéraux. » Ce canon est de 826, et tout indique un dessein concerté entre le pape et l'empereur pour la restauration des études. Cependant Léon IV, en 855, renouvelle les plaintes et les dispositions d'Eugène II, en ajoutant « qu'il est rare de trouver dans les simples parois- « ses des maîtres capables de professer les lettres. » En effet, nous touchons à un âge de fer, où, en présence du saint-siége profané, de l'empire croulant, des villes brûlées par les Normands, les Sarrasins, les Hongrois, l'Italie put trembler pour sa foi et désespérer de ses lumières. C'est alors surtout, et dans les trois siècles écoulés de Charlemagne à Grégoire VII, qu'il faut connaître la destinée des écoles ecclésiastiques (1).

Les écoles Au nord, et parmi les cités que redit de Lothaire avait dotées d'un enseignement public, je trouve Vérone, où, au dixième siècle, l'évêqueRathier annonce qu'il admettra aux ordres les jeunes clercs qui auront étudié les lettres dans sa ville épisco-

(1) Mansi, Concil., XIV, 1008, Constit. Eugenii papœ II : « De quibusdam locis ad nos refertur non magistros neque curam inveniri pro studio litterarum. Idcirco in universis episcopiis subjectisque plebibus et aliis locis, in quibus nécessitas occurrerit, omnino cura et diligentia adhibeatur, ut magistri et doctores constituantur, qui sludia litterarum liberaliumque artium habentes, dogmata assidue doceant, quia in his maxime divina manifestanlur atque declarantur mandata. »

ques,

du IX- au XI

siècle.

Vérone.

l'aime.

pale (1). Atton de Verceil ordonne que, jusque dans VeneiL les bourgades et les villages, les prèlres tiennent école, et que si quelqu'un des fidèles veut leur confier ses enfants pour apprendre les lettres, ils ne refusent point de les recevoir et de les instruire (2). Au onzième siècle, Milan avait deux écoles richement MiLn* dotées par les archevêques. On y exerçait la jeunesse à toutes les études qui formaient, selon le langage de l'époque, un philosophe accompli ; et une chronique contemporaine nomme en effet deux prêtres, André et Ambroise Biffi, également versés dans les lettres grecques et latines (3). En même temps Parme faisait gloire de ses chaires, où d'habiles lecteurs enseignaient les sept arts : trois de ces maîtres, Sigefred, Ingo, Homodei, paraissent dans des chartes qui assignent à leur entretien des

(1) Mansi, XIV, 4014. Constit. Lconis papœ IV. « Et si liberalium artium prœceptores in plebibus, ut assolet, rare inveniuntur, tamen divinœ Scripturœ magistri et institutores ecclesiastici officii nullatenus desint. »

(2) Ratherius, Op. 419. Atto Vercellensis, capit. 61. « Presbvteri etiam per villas et vicos scholas habeant, et si quilibet fidelium suos parvulos ad discendas lilteras eis commiltere vult, eos suscipere et docere non renuant. » Ces paroles sont empruntées à une ordonnance épiscopale de Théodulphe, évêque d'Orléans.

(5) Landulfus senior, lib. II, c. 35, apud Muratori, Scriptores, IV, 92 : « Scholae diversarum artium ubi urbani et exlranei clerici philosophie doctrinis studiose imbuebantur erant duai... ex longa temporum ordinatione archiepiscoporum antecedentium slipendiis. » Idem, lib. III, cap. 21 et 25 : « Andréas sacerdos in divinis et humanis, grœcis et latinis sermonibus virilis. Ambrosius Biffius in latinis litteris et greecis eruditus atque ideo Bifarius dictus »

Modcne. bénéfices considérables (1). L'école de Modène, au dixième siècle, était gouvernée par un prêtre; mais les évoques de cette ville étendaient leurs soins au delà de ses murs : deux actes, l'un de 796, l'autre de 908, montrent les deux paroisses rurales de Saint-Pierre in Siculo et de Rubiano assignées à deux prêtres, à la charge d'y servir le Christ, de conserver l'église en bon état de réparations, et de tenir école pour l'éducation des enfants (2). Un disieime. plôme de Sienne, daté de 1056, fait paraître le clerc Home. Roland en qualité de prieur de l'école (5). A Rome, Jean Diacre atteste qu'au milieu des désordres du dixième siècle l'école du palais de Latran conservait encore les tradilions de saint Grégoire (4). A

(1) Affo, Storiadi Parma, I app., n°89, 92. II, p. 2, 505, 558. 1052. Homodei, presbyter, magister scholarum.

1081. Ingo acolitus et magister scholarum. — Donizo, ap. Muratori, V, 534 :

Scilicet urbs Parmi, quia grammatica manct alta; Artes ac septem studiose sunt ibi lectae.

(2) Muratori , Antiquit. Italicœ, III, 726. Xecrologium Mutinense : « VIII Kalendis octobris obiit Johannes presbyter magistro de hoc seculo ad vitam per indictionem IV. »

Idem ibid. 811, 815. Traditio plebis, S. Pétri in Siculo facla VictoriarchipresbyieroGisone episcopo Mutinensi circa annum790 « Ea siquidem ratione ut..., minislerio archipresbyteralus fungi in omnibus non omittat, id est in saitatectis templi reficiendis, in clericis congregandis, in schola habenda et pueris educandis. »

Collatio plebis de Rubiano facta Silebcrlo presbytero a Gottefredo episcopo Mutinent anno 908 : « Ghristo ibi deserbire studeat, id est in schola habenda, in pueris educandis, in sartatectis ecclesi;e reficiendis. »

(5) Pecci, Storia de Vescovi di Siena.

Ann. 1056. Holandus clericuset priorschôlae subscripsi.

(4) Johannes Dipconus,?» Vitn S. Gregorii, II. cnn. 6 • « Scholam

l'exemple de ce grand pape, saint Athanase, évêquc de Naples, y avait fondé des écoles de chant * Naples. ecclésiastique et de lettres séculières ; et, choisissant parmi ses clercs, il appliquait les uns à la grammaire, les autres à la transcription des livres. Lui-même ne croyait pas déshonorer sa dignité en recommençant les études littéraires de sa jeunesse ; et, comme pour consacrer celte alliance du savoir et de la piété, ayant fait restaurer l'église de Saint- Janvier, il voulut qu'on y peignît les images des saints docteurs (1).

Pendant que l'épiscopat multipliait ainsi ses fon- Mont-cassin,

, . , . . Novalèsc,

dations, 1 enseignement monastique ouvrait ses .apportes, non-seulement aux élèves du cloître, mais dslurk. au clergé séculier. Quand Paul Diacre, las des pompes et des dangers de la cour, vint chercher le repos au mont Cassin, il y compta parmi ses disciples de jeunes clercs qu'Etienne, évêque de Naples, avait confiés à cette docte maison. Au neuvième siècle, Hilderic, Théophane, Auipert, Berthaire, Erchampert, firent fleurir sous les cloîtres de Saint- Benoît la grammaire, la poésie et V histoire (2). En

quoque cantorum, quœ hactenus eisdem constitutionibus in sancta romana Ecclesia modulatur, construit . »

(1) VitaS.AthanasiineapoL ej9.,apud Muratori,£mp£.H,pars2, col. 1045 : «Ordinavit autem lectorum et cantorum scliolas ; nonnullos instituit grammatica iinbuendos, alios colligavit ad scribendi officium... Ecclesiam Sancti Januarii renova vit, nobiliumque doctorum effigies in ea depinxit » idem, ibid.,co\. 1057 : «Grammaticam prius in pueritia et postea in pontiticatus honore pcrfeclissime didicit. »

(2) Tosti, Storia di Monte Cassino ; Chronicon Johannis Dia-^ coni, apud Muratori^ Script I, pars 2, p. 310.

même temps on voit les lettres pénétrer dans les âpres solitudes de la Novalèse, du mont Soracte, de Farfa, et dans la puissante"abbaye deCasauria, où les disciples du dehors accouraient pour se mêler aux dispules philosophiques des religieux, et discuter « les subtiles hérésies d'Aristote et les hyperboles éloquentes de Platon (1). » Si l'école du Mont- Cassin périt avec le monastère sous la torche des Sarrasins en 884, elle recommence avec lui et jette un éclat nouveau, lorsqu'au onzième siècle on y voit grandir plusieurs de ces moines intrépides qui serviront les desseins de Grégoire VIL Grégoire vu. Grégoire Vil ne semblait combattre que pour les libertés de l'Église : on a trop ignoré ce qu'il fit pour le réveil de l'esprit humain. Quand il ouvrait le grand débat du sacerdoce et de l'empire, il savait bien qu'il n'en verrait pas le terme. Mais le triomphe dont il devait jouir, c'était d'avoir agité les intelligences, de les avoir arrachées aux intérêts vulgaires, en les occupant de la plus formidable controverse qui fut jamais. Quand il tenait le fa-

(1) Tous ces monastères ont des archives, des chroniques, des légendes. Alfano, dans un poëme publié par Ughelli, blâme le jeune Trasmundus, qui allait chercher dispute aux moines savants deCasauria :

Hic Aristotelis philosophie Versutas hacreses, atque Platonis Fastus eloquii, mense per annum Uno pêne sludens, arte réfutât...

Deridet studium soepe decenne!

At quando, libet hoc monte relicto Laetus tendit eo tempore veris, Causa tain citius multa sciendi.

rouehe Henri IV à genoux devant lui, sous le sac et la cendre, au château de Canossa, c'était la barbarie qu'il humiliait en la personne de cet homme de sang. S'il mettait tout en œuvre pour assurer l'indépendance du clergé en l'arrachant aux liens de la simonie et du concubinage, il avait cherché à lui assurer une supériorité que le sceptre impérial ne déléguait pas, la supériorité des lumières : il avait voulu dédommager le prêtre des joies de la famille, en faisant asseoir les lettres à son foyer. Voilà pourquoi un canon du concile de Latran, en 1078, renouvela les décrets qui instituaient auprès de toutes les églises cathédrales des chaires pour l'enseignement des arts libéraux (1). Mais cette fois Grégoire VII avait mis au décret du concile le sceau d'une volonté accoutumée à se faire obéir : dès lors les chaires ne se taisent plus, rien n'interrompt la succession des maîtres. Il ne faut plus demander si l'Italie a des écoles, lorsqu'elle en fonde partout, lorsque Lanfranc, saint Anselme, Pierre Lombard vont inaugurer au delà des Alpes cet enseignement scolastique qui donnera au moyen âge ses grands docteurs, et au génie moderne ses habitudes de critique, de rigueur et de travail.

Trois grands noms divisent les siècles ténébreux

que

nous venons de traverser et les éclairent :

(1) Collectif) conciliorum regia, XXVI. Concilium Romanuni anni 1078 : « Ut omnes episcopi artes litterarum in suis ecclesiis docori facerent. »

LA C1V. AU V SJHXI.E. 11.

saint Grégoire le Grand, Charlemagne et Grégoire VII. Ces fondateurs de l'enseignement ecclésiastique l'avaient marqué de deux caractères de foi et de charité qu'il ne perdit jamais : il eut des jours inégaux, il fut obscurci et troublé ; mais il resta jusqu'à la fin religieux et gratuit.

Caractère» L'antiquité païenne avait aimé la science, mais

de

renseigne- elle ne la prodigua jamais ; elle craignit de l'expoecciésiasti- ser aux profanations des hommes. Les écoles des philosophes étaient fermées au vulgaire, les rhéteurs et les grammairiens vendaient leurs leçons. C'est l'honneur de l'enseignement chrétien d'avoir aimé les hommes plus que la science, d'avoir ouvert à deux battants les portes de l'école pour y faire entrer, comme au festin de l'Évangile, les aveugles, les boiteux et les mendiants. L'Eglise avait fondé l'instruction primaire, elle l'avait voulue universelle et gratuite, en ordonnant que le prêtre de chaque paroisse apprit à lire aux petits enfants, sans distinction de naissance, sans autre récompense que les promesses de l'éternité. L'instruction supérieure fut assise sur les mêmes bases. Les chaires instituées auprès des sièges épiscopaux eurent leur dotation en fonds de terre, en bénéfices assignés par la libéralité des évêques et des grands. C'est ce que nous avons trouvé à Rome, à Modène, à Parme, et dans toute la Lombardie. La parole du maître ne coûtait rien aux disciples, et, selon l'édit de Lothaire, la pauvreté cessa d'excuser

l'ignorance. Toutes les préférences de l'Église étaient pour ces pauvres qui luttaient contre la dureté de leur condition; elle encourageait à titre d'oeuvre pie les legs des mourants en faveur des écoliers nécessiteux. Les docteurs consommés ne croyaient pas déroger en s'employant à resserrer l'Ecriture sainte et toute la théologie en de courts abrégés, et les scribes des monastères en multipliaient les copies à bas prix (Biblia pauperum). Les sages de ce temps ne s'effrayaient point de la foule qui assiégeait les chaires, qui mettait quelquefois en danger la paix, mais qui donnait des défenseurs à la liberté. En 1046, quand l'archevêque Gui, élevé par la simonie, soutenu par les armes des nobles, prenait possession de Milan, ce fut dans l'école ecclésiaslique de Sainte-Marie', ce fut sous la conduite d'un maître de grammaire, le diacre Ariald, que se forma une ligue sainte, destinée à renverser la tyrannie du prélat, et à commencer, par l'affranchissement de la commune de Milan, l'ère des républiques italiennes (1).

D'un autre côté, cet enseignement soutenu des deniers du sanctuaire gardait l'empreinte sacerdotale que saint Grégoire le Grand lui communiqua.

JLDîf5W chronique de Landulfe le Vieux (Muratori, bcnp t IV) lkstmre de cette révolution, où le peuple de Milan eut contit ses archevêques simoniaques tout l'appui du saint-siége, ressente par Pierre Damien et Hildebrand. Lmondi, par une in-

là où i 6f PrerCUpat,0n' "^ VU qu'une ^relle de gens d'Église, la ou U Mait reconnaître la première émancipation des cités loin-

L'école épiscopale conservait le titre d'école des chantres à Rome, à Lucques, à Naples. Ses auditoires s'ouvraient sous les portiques, sur le parvis des cathédrales, comme à Saint-Jean de Latran, à Saint-Martin de Lucques , à Saint-Ambroise de Milan. Les études profanes y étaient employées, selon les termes du pape Eugène III, à mettre en lumière les dogmes révélés. Sans doute on ne bannissait point les poètes du paganisme : comment fermer la porte au doux Virgile, quand il se présentait en compagnie des sibylles et des prophètes, avec sa quatrième églogue, où tout le moyen âge crut reconnaître l'annonce du Dieu sauveur? Les fictions de l'antiquité s'introduisaient à la faveur de l'allégorie, et Théodulfe ne craignait pas d'avouer son faible pour Ovide, dont chaque fable couvrait une leçon (1). Cependant la piété des jeunes clercs s'appliquait de préférence aux récits de la Bible ou de la légende : c'étaient ces sujets populaires qu'on aimait à plier aux règles de la prosodie latine, ou sous la loi du vers rimé. J'en trouve un exemple dans ce petit poëme du douzième siècle (2) :

(1) Theodulfi Carmina, lib. IV, 1.

Et modo Pompeium, modo te, Donale, legebam,

Et modo Virgilium, te modo, Kaso loquax. In quorum, dictis, quamquam sint frivola multa,

Plurima sub falso tegmine vera latent.

(2) Vatican, n° 5525, parchemin, à la fin d'un manuscrit de Salluste qui semble remonter au douzième siècle.

AUX TEMPS BARBARES. 4l21

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