IV
Udite una tenzone
Cb'è fra i' anima e '1 corpo.
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au troisième, la Pitié et la Compassion; au quatrième, rQbéissance et rAbnégation; au cinquième, la Tempérance, et la Justice avec la balance et le glaive; le sixième échelcm porte le Conseil aux cheveux blancs,^ et la Sa* gesse, un livre ouvert sur ses genoux; le septième appartient à la Chasteté et à l'Intelligence; au huitième siègent, la Force et la Magnanimité, armées pour le combat; au neuvième, la Foi et l'Espérance; audixième,^ la Persévérance qui porte la palme; et au-dessus, l'Amour, un sceptre de feu à la main; a car il est grande- (1 ment juste qu'il tienne le premier rang, comme roi « couronné et souverain empereur. » L'âme qui s'achemine lejong de la niontée céleste la trouve douce; et, parvenue au sommet, elle découvre avec ravissement rincréé, dont les rayons éclairent toutes les créatures; elle se repose dans cette vue, elle contemple. Cependant la vertu seule ne suffit pas toujours pour mener rintelligence jusqu'à des régions si peu fréquentées. Les mystiques ont compris la nécessité de soutenir le vol de la pensée en le réglant. Aux artifices de Técole ils ont substitué les exercices de la cellule; el Jacopone compte avec saint Bernard quatre marches qu'il faut franchir avant d'arriver au fond du sanctuaire. La première e^t la lecture des livres sacrés avec une intelligence pure et droite; la méditation vient ensuite, et s'approprie la substance du texte; puis la prière sollicite Téternelle vérité à déchirer les derniers voiles; enfin, la contemplation possède, elle jouit, elle a trouvé « une philosophie nouvelle, en présence de laquelle
« toutes les autres fuient comme des nuages (1). » Mais, s'il fallut d'abord enchaîner le sentiment pour mettre en liberté T intelligence, maintenant que l'intelligence est entrée en possession du vrai, le sentiment brûle de s'unir au souverain Bien. Or l'âme ne s'unit au Bien suprême qu'autant qu'elle se détache des biens inférieurs; elle s'élève à mesure qu'elle se décharge; et la pauvreté n'est plus seulement l'humble règle des religieux de Saint-François, c'est la loi qui gouverne le monde des esprits. Jacopone connaît trois degrés de dépouillement, qu'il compare aux trois cieux de l'astronomie ancienne. Quand l'âme a dépouillé la passion des richesses, l'orgueil de la science et le désir de la gloire, alors, resplendissante de vertus, elle est comme le ciel étoile. Mais sous les étoiles étincelantesles quatre vents se disputent encore l'espace; et dans l'âme pure s'agitent encore quatre puissances contraires, Fespérance et la crainte, la joie et la douleur. Si elle rejette ces affections, si elle arrive à ce point où la volonté se détermine sans crainte et sans espoir, où la vertu trouve son mobile en elle-même, dès ce moment elle devient pareille au ciel cristallin, qui ne connaît pas de tempêtes, et dont le mouvement régulier fait mouvoir toutes les sphères. Enfin l'âme, par un dernier effort, peut chasser les images et les figures qui l'aidèrent à concevoir les choses invisibles; elle peut se dépouiller de ses vertus mêmes en cessant de les tenir pour siennes, et
(1) Jncopone, II, 31, 26; v. 23, stances 19-22. Cf. saint Bernard, de scala claustralium...
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se réduire au néant. Alors elle ressemble au ciel cmpyrée, qui est fondé sur le néant, mais que Dieu habite. A vrai dire, un tel état n'a plus de nom : l'amour y vit sans parole, sans raisonnement, sans passion, dans une grande lumière enveloppée de ténèbres. Il vit et ne vit plus ; son être n'est plus à lui ; transformé dans le Christ, . il a choisi pour sa volonté la volonté de Dieu. Le poëte a célébré plus d'une fois les mystères de cet anéantissement; il en connaît le péril, et c'est pourquoi, après avoir conduit Tâme jusqu'en haut, il l'avertit de se garder : c< Quand tu te verras élevé aux dernières cimes, c< c'est alors, mon âme, qu'il faut craindre de tomber, a Mais tiens- toi toute timide et tout humble, et chasse ce de tes pensées la vaine gloire qui sollicite toujours « la nature humaine à s'approprier quelque bien. Rec( mercie la souveraine puissance, et dis-lui : « ma « vie ! je vous prie de me conserver. Pour moi, je ne « sais si je ne suis point mauvais et coupable; mais « votre grâce certainement vient de vous seule (1) ! »
Eu effet, nous touchons à l'abime; et, quand Jacopone veut faire passer l'âme par le néant pour la conduire à Dieu, l'excès de ses expressions rappelle le panthéisme indien, proposant comme dernière félicité l'apathie éternelle, l'anéantissement de la personne humaine dans l'immensité divine. Quand il loue ce repos, dans lequel viennent s'éteindre toute crainte et
(i) Jacopone, 11, 25, 20 ; v. 34; VII, 19; v. 23, stancc 18 :
Quando tu fossi poi piu alto salita, Âllor ti guarda ptu ai non cadere.
i9Q LES POÉSIES
toute espérance, qu'il ne s'inquiète plus de son salut, et qu'il demande l'enfer à condition d'y porter l'amour, il est bien près du quiétisttie où glissèrent les feux mystiques de son temps (1). Pendant que les déchirements de l'Ordre de Saint-François donnaient jour aux Frètes Spirituels, plusieurs de ceux-ci, poussés par la passion de contredire et d* innover, se jetèrent dans nne doctrine qui éveillait depuis quelques années les sollicitudes de l'Église. « Comme l'empire de Dieu le Père, figoré par l'Ancien Testament, avait fait place au règne du Fils, qui eut sa loi dans le Testament Nouveau, ainsi, disait-on, le temps était venu où l'avènement duiSaint- Esprit allait s'accomplir; où sur les ruines des préceptes temporaires s'établirait un Évangile étemel. Dans cette nouvelle condition, F homme, sans quitter la terre, pourrait atteindre à la perfection des bienheureux, par conséquent à leur liberté, à leur impeccabilité. Dès lors la loi ne le lierait plus; il s'interdirait
(1 ) Jacopone, 11, 20 :
De l'inferno non temere, Ne del ciclo speme aTere.