‹ La civilisation au cinquième siècle: Introduction à une histoire de la civilisation aux temps (volume 2)Chapitre 9 sur 26 · LES POÉSIES DE JACOPO · texte numérisé non relu

LES POÉSIES DE JACOPO

Il reste à considérer comment^ dans Tâme d'un saint, s'éreilla tout à coup le génie d'un poète. C'est une nour Teauté, en faveur aujourd'hui, de retourner aux sources du paganisme pour y chercher l'inspiration poétique. Cependant nous allons voir ce que pouvait l'Ëvangile pour féconder les imaginations j non pas l'Évangile afiadi par les inventions des rhéteurs, et plié aux caprices de l'épopée profane, mais l'Évangile avec toute Fautorité de ses commandements et toute la terreur de ses mystères.

Au moment où Jacopone abandonnait la fortune, les applaudissements, les agitations de la place publique, il semble qu'il renonçait à tout ce qui entretient la vie de l'intelligence. Ses amis purent déplorer qu'un si bel esprit allât s'étouffer dans le silence du cloître ; mais ses amis se trompaient, et cet homme qui se dépouillait ne faisait que se délivrer. La poésie est dans Fâme du poète comme la slatue dans le marbre; elle y est captive, et il faut qu'elle en sorte. De même que le ciseau

les LES POÉSIES

fait voler en^clais les couches de pierre, sous lesquelles se dérobait la forme conçue par le sculpteur; ainsi la pénitence, en frappant à coups redoublés sur Jacopone, emportait l'une après l'autre les enveloppes de la sensualité, de la vanité, de l'intérêt, qui retenaient l'inspiration prisonnière. Pour s'être dégagé du commerce du monde, il ne s'en trouvait que plus près de la nature; il n'aimait que d'un amour plus désintéressé, plus clairvoyant, la beauté idéale, présente, quoique voilée, dans tous les ouvrages de la création. Au plus fort de ses ravissements, et quand Dieu seul semblait le posséder, il s'écriait: c< Je veux aller à l'aventure; je veux <( visiter les vallées, les montagnes et les plaines; je a veux voir si ma bonne étoile m'y fera rencontrer mon « amour si doux. — Tout ce que l'univers contient me ce presse d'aimer. Bêtes des champs, oiseaux, poissons « des mers, tout ce qui plane dans Tair, toutes les « créatures chantent devant mon amour (1). » Quand une âme entend ce chant des créatures, elle ne tarde pas à le répéter; le rhylhme naît de lui-même sur les lèvres émues. D'ailleurs, Jacopone, entrant dans le cloître, le trouvait déjà tout retentissant des cantiques de saint Bonaventure et de saint François : je ne m'étonne donc plus qu'il les ait continués, surpassés, et que ce converti, abîmé dans les prières et dans les jeûnes, y ait trouvé des vers immortels.

U avait à choisir entre les exemples de ses deux

(i) Jacopone, Pœsie spiriiualif lib. VI, xxxit.

DE JÂG0l*0iSE. 169

maîtres, entre les chants italiens de saint François et les séquences latines de saint Bonaventure. La séquence, en vers syllabiques rimes, plaisait aux oreilles du peuple par une cadence plus saisissable que la prosodie savante des anciens. Introduite dans TÉglise dès le temps de saint Augustin, cultivée dans les écoles du moyen âge, elle venait d'atteindre au treizième siècle le plus beau moment de sa floraison. Saint Thomas avait écrit ses admirables proses pour la fête du Saint Sacrement, et le Dies irxy qu'on attribuait au pape Innocent III, faisait gronder ses strophes menaçantes sous les voûtes des églises. Jacopone y fit gémir la Vierge désolée, et composa le Stahat Mater dolorosa. La liturgie catholique n'a rien de plus touchant que cette complainte si triste, dont les strophes monotones tombent comme des larmes; si douce, qu'on y reconnaît bien une douleur toute divine et consolée par les anges; si simple enfin dans son latin populaire, que les femmes et les enfants en comprennent la moitié par les mots, l'autre moitié par le chant et par le cœur. Cette œuvre incomparable suffirait à la gloire de Jacopone : mais en même temps que le Stabat du Calvaire, il avait voulu composer le Stabat de la crèche, où paraissait la Vierge mère dans toute la joie de l'enfantement. Il l'écrivit sur les mêmes mesures et sur les mêmes rimes; tellement qu'on pourrait douter un moment lequel fut le premier, du chant de douleur ou du chant d'allégresse. Cependant la postérité a fait un choix entre ces deux perles semblables; et, tandis qu'elle conservait l'une avec amour, elle laissait

Tâutre enfouie. Je crois le Stabat Mater speciosa encore inédit; et, quand j'essaye d'en traduire quelques slrbphes, je sens s'échapper l'intraduisible charme de la langue, de la mélodie, et de la naîTeté antique. « Elle « était debout, la gracieuse Mère : auprès de la paille c( elle se tenait joyeuse, tandis que gisait son enfatit. « — Son âme réjouie, tressaillante et tout embrasée, <c était traversée d'un rayon d'allégresse. — Que! est « l'homme qui ne se réjouirait pas, s'il voyait k Mère « du Christ dans un si doux passe-temps? — Qui pour- « rait ne point partager sa félicité, s'il contemplait la « Mère du Christ jouant avec son jeune fils? — Pour c( les péchés de sa nation, elle vit le Christ au milieu « des bétes, et livré à la froidure. — Elle vit le Christ, a son doux enfant, vagissant, mais adoré, sous un vil « abri. — Devant le Christ né dans la crèche, les cia toyens du ciel viennent chanter avec une immense « joie. — Debout se tenaient le vieillard et la Vierge, c< sans parole et sans langage, le cœur muet de surc< prise (1). » Je m'arrête, et je ne sais si la grâce de ce court tableau me trompe, en me rappelant une vieille

(i) Bibliothèque natioDalc, manuscrit n** 7785, f. 109 verso : ■ . .

Stabat Mater speciosa» Quse gaudebat, et ridebat^

Jiuta fœnum gaudiosa, ExuUabat, cum videbat

Dura jacebat parvulus. Natt partam inclyti.

Cnjas ammam gaodciitero, Quis est qui non gauderet («ic),

Lsetabundam et feiventcm Ghristi Matrem si vidcret

Pertransivit jiibilus. ]n tanto solatio?

quam lœla et beata Quis non possct coliœtari

Fuit il.la im*nacu1ata Ghristi Mnlrem contemplari

Malcr unigcniti I Ludenlcm cum filio?

DE JACOPONE. i"!

peinture de Lorenzo de Credi. On y voit au premier plan TEnfant Jésus couché par terre sur un peu de

Pro peccatîs suœ gcniis, GhrbtDm yidît cam jumentis, Et algori sabditum.

Yîdil suam dulcem natum Vtjrienleffi| addratum Vûi divenorio.

Kalo CbriBto in pnescpe, Godi cives canunt leie Cam Smmenso gaudio.

Stabal senex cumpuella, Iton cam verbo nec loquela, Stopescentes cordibus.

Eii Mater, foos amorb, Ife sentire TÎm ardoris Fac at tecum sentiam I

Fac ut ardeat cor meum Id amando Christ um Deum, Ut sibi complaceani.

Sancta mater, istud agas :

Prone (êic) inlroducas plagas Cordi tixas valide.

Tùt aati cœlo lapsi, Jam dignati fœno nasci Pœnas mecum divide.

In me sislal ardor lui, Puerino fac me frai, Dum sum in exilio.

llunc ardorem fac communem, Ne facias me immunem Ab hoc d^siderio.

\irgo Virginum prœclara, Mihi jam non sis amara :

Fac me parvum rapcre.

Fac ut portem pulchrum fantem («te), Qui nascendo vicit mortem, Yolens vitam tradere.

Fac me tecum saliari, Nato tuo inebriari, Stans inter tripudia.

Inflammatus et accensus, Obstupescit omnis sensus Tali de commercio.

Fac me nato custodiii, Verbd Dci prœmuniri, Gonservari gralia.

Quando corpus morietur, Fac ut animae donetur Tui nati visio.

Fac me vere congaudere^ leaalino cohsrere, Donec ego yixcro.

Ici doit finir la prose de Jacopone. Une main étrangère peut-être y ajouta les deux strophes suivantes :

Omnes stabulum amantes, Et pastores vigilantes Pernoctantes sociant.

Per virlutem nati tui, Ora ut electi sui Ad patriam veniant.

Amen.

Voici rindication des autres séquences latines insérées parmi lespoëmes de Jacopone :

paille; auprès se iienneiit saint Joseph debout, s'appuyant de son bàlon, et la Yierge Marie agenouillée, dans tout le recueillement d'une sainte et dans toute la joie d*unc jeune mère. Â ses côtés et derrière elle paraissent les anges; et le peintre n'a pas oublié le bosaf et l'âne, ces deux bons serviteurs à qui le peuple faisait parlager la joie de Noël.

On trouve parmi les œuvres de Jacopone plusieurs autres compositions latines. Mais cet idiome des savants et des letlrés gênait encore Thumililé du converti; et, comme il avait refuse les saints ordres pour rester fràre lai, ainsi il abandonna le latin pour composer, non pas même dans la langue italienne, dans celle que Dante appelle la langue des cours, mais dans le dialecte des montagnes d'Ombrie, tel que le parlaient les derniers des laboureurs et des pâtres. C'est alors que sa verve jaillit, et qu'ayant trouvé pour ainsi dire son canal naturel, elle se répandit à pleins bords sur un nombre infini de sujets, touchant tour à tour aux plus hautes questions de la métaphysique chrétienne, aux querelles qui déchiraient rÉglise, aux mystères qui la consolent. Le recueil des poésies de Jacopone n'en contient pas moins de deux cent onze, qu'on a distribuées en sept livres*

P 104, verso : Ave fuit prima salus.

F* iO(5, recto : Jesu, dulcis memoria.

F* 107, recto : Verbura caro factum est.

F* 108, recto : Crux, te, le volo conqueri.

F* 108, verso : Cur mundus militât sub vana gloria.

F* 109, recto : Ave, rcgis an^^^elorum.

P lll, recto : Slabat Mater dolorosa.

DE JAGOPONE. 173

Mais nous les réduirons à trois chefs principaux : les poèmes tbéologiques, les satires, et les petites compositions écrites pour populariser une sainte pensée ou pour célébrer une fêle.

Malgré Tobscurité dans laquelle le pénitent de Todi voulut ensevelir ses études et son savoir, déjà nous en connaissons assez pour le ranger au nombre des théologiens. Nous n'avons pas oublié le poëme où, désabusé des disputes de l'école, il prend congé des docteurs et des livres, pour aller à la vérité par une voie plus courte. Mais il faut se défier de ces adieux que tant de grands esprits ont faits à la science, et qui ne les ont pas préservés de retomber sous ses lois, de vivre et de mourir à son service. Quand Jacopone croyait déserter la philosophie, il ne faisait que choisir entre les partis qui la divisaient, et quitter les dogmatiques pour passer au camp des mystiques. Il y retrouvait une autre école qui commençait à Deuys TAréopagite pour continuer avec Scot Érigène, Hugues et Richard de Saint-Victor, jusqu'à saint Bernard. En Italie surtout, l'inspiration mystique, descendue dans les solitudes de Fonte Avellana, de Yallombreuse et de Flora, avait suscité plusieurs générations de contemplatifs. Les esprits réveillés par les grands cris de saint Pierre Damien, entraînés par les révélations de l'abbé Joaehim jusqu'au bord du mysticisme hétérodoxe, menaçaient d'y tomber, quand saint Bonaventure les ramena par des chemins moins périlleux, et les arrêla à une élévation d'où ils purent contempler Dieu sans vertige. Jacopone suivit ces

guides; à chaque pas on le surprend pénétré de leurs souvenirs, ou, pour mieux dire, illuminé de leurs feux.

Avant de comitaencer l'analyse d'un système attaquable en plusieurs points, il faut déclarer qu'il existe un mysticisme inattaquable, vrai, qui fait le fond de toute la religion. Car toute la religion se propose d'unir l'homme à Dieu par l'amour, par la grâce, par des communications surnaturelles. Sans ce mysticisme nécessaire, il n'y a pas de théologie chrétienne; il inspire saint Thomas comme Bossuet; et c'est l'artifice des incroyants de le confondre injustement avec les doctrines particulières où l'erreur se mêle à la vérité.

Le point de départ de la philosophie mystique est de reconnaître en nous des intuitions lumineuses qui tout à coup, dans un moment d'émotion, nous découvrent des vérités vainement cherchées par l'effort du raisonnement. Mais ces vues soudaines n'éclairent l'âme qu'à l'instant où elle s'oublie elle-même, où, par un élan désintéressé, elle se dégage des passions et des sens. Il y a donc des lumières cachées à la science qui se donnent à la vertu ; il y a, pour atteindre au vrai, une voie morale, plus sûre que la voie logique. Voilà pourquoi tous les mystiques commencent par établir l'insuffisance de la raison. Jacopone va plus loin : avec un langage qui rappelle moins la modération de saint Bonaventure que la véhémence de saint Pierre Damien, il abjure à la fois Aristote et Platon, les traditions savantes de l'antiquité, et les artifices de la scolastique contemporaine; et dans cet enseignement théologique

DE JACOPONE. 17^

de l'Université de Paris, qui venait de jeter tant de clartés, il m voit que l'orgueil du savoir et la vanité des disputes. c< Paris, dit-il, a détruit Assise, et leurs « lecteurs nous ont mis dans la mauvaise voie* » Aux controverses de cette école célèbre, à ses thèses de qi^olibet proposées et soutenues contre tout venant, il oppose le dernier examen que toute âme doit subir, où tous les sophismes ne serviront de rien contre les syllogismes du Juge éternel. Ailleurs il célèbre la sagesse qui se dérobe aux faux sages : « Vainement «viennent-ils, armés de plusieurs clefs, fatiguer la c( porte fermée pour eux... La vraie sagesse instruit « les hommes par l'amour, et se révèle aux cœurs « purs (1). »

Toutefois, pour être plus hardie, la voie que les mystiques ont choisie n'est pas moins laborieuse. En évitant les détours de la logique, ils se jettent dans les profondeurs de la morale, et par là c'est encore à Tétude de l'homme qu'ils se trouvaient reconduits. Leur premier soin sera donc de débrouiller le chaos de la nature déchue, et de démêler les passions contraires qui s'en disputent l'empire. Comme tous les moralistes chrétiens, Jacopone réduit n sept les désordres* de la volonté. Cinq ont leur principe dans l'esprit; c'est la superbe avec les quatre filles qu'elle enfante pour le fléau du monde, savoir : l'envie, la colère, la paresse et lavarice. Deux autres naquirent de la chair; ce sont la

(1) Jacopone, Poésie spiriluali, tib. I, sat. 1, sat. 10, sat. 18, sat. 8. Cf. saint Pierre Damien, Dlber inscriptus Dominus vobiscum, cap. i.

gourmandise et la luxure. En assistant à cet engendrement du mal, je ne m'étonne pas que le poète s'épouvante, et que Tâme abandonnée au péché lui paraisse un enfer, a L'orgueil y siège sur un trône; mieux vau- « drait pour l'âme loger un démon. — L'envie y étend « ses ténèbres; une ombre si épaisse enveloppe le cœur, « qu'on n'y voit plus vestige d'aucun bien. — Là s'al- G lume le feu de la colère qui entraine la volonté à faire ce le mal : elle va, vient et s'agite; elle mord comme « une bête enragée. — Là règne un froid sans mesure « que souffre la paresse, réduite aux dernières terreurs. « — L'avarice pensive est comme le ver qui ne se re- « pose pas; elle a rongé tout le cœur à force de sollicic< tudes. — La gourmandise a la voracité des serpents « et des dragons; elle ne songe pas qu'au lever de la « table viendra l'heure de payer l'écot. — La luxure « fétide, telle qu'une flamme de soufre, désole l'âme « qui hébergea de tels hôtes. — Venez, peuple, venez « entendre, étonnez -vous de voir : hier l'âme était « un enfer, aujourd'hui Dieu en veut faire un parace dis (1). »

Mais ce changement n'est pas l'œuvre d'un jour : il s'accomplit par trois phases, que les docteurs ont appelées la vie purgative, la vie illuminative, et la vie unitive.

Il faut premièrement que Fâme ait horreur de sa chute, et c'est pourquoi Jacoponc lui propose une pa-

(i) Jacoponc, Poésie spirituali, lib. 11, 9, 11.

DE JACOPONE. 477

rabole : « Si le roî de France avait une fille, et elle « seule pour héritière, elle irait parée d'une robe blan- « che, et sa bonne renommée volerait par tout pays. Et « maintenant, si par bassesse de cœur elle s'attachait et à un lépreux, et qu'elle s'abandonnât à son pouvoir, « que pourrait-on dire d'un tel marché? mon âme, « tu as fait pis quand tu t'es vendue au monde troma peur! » Au souvenir de sa céleste origine et de sa beauté première, à la vue de l'image divine dont elle garde les traits défigurés, l'âme se repent; et du repentir jaillissent les larmes. Le poète en reconnaît la secrète vertu : « larmes! s'écrie-t-il, vous avez la force « et la grâce : à vous appartient le pouvoir et à vous la « royauté. Vous vous en allez seules devant le juge, et « nulle crainte ne vous arrête en chemin. Jamais vous oc ne revenez sans fruit : par l'humilité vous avez su « vaincre la grandeur, et vous enchaînez le Dieu tout- (( puissant! » Mais il n*est pas de repentir efficace sans un ferme dessein de satisfaire, d'expier, de déraciner l'herbe mauvaise du vice. La volonté est comme « le « fort laboureur qui souffre le froid et le chaud : pé- « niblement courbé sur la terre, il ne Fabandonnera c( pas qu'il ne Fait nettoyée : jamais la pensée ne lui c< viendrait de reposer dans son lit, tandis que son « champ resterait sans culture. » La mortification châtiera donc les sens en les disciplinant; elle punira l'ouïe par des paroles sévères, le goût par l'abstinence; l'odorat s'endurcira au service des malades, le toucher se purifiera sous le silice, jusqu'à ce que la chair

i78 LES POÉSIES

domptée se r^ide, et promette de De murmura plus (1).

U est temps que Fàme purifiée prenne l'essor^ et qu'elle s'élèfe par le mérite jusqu'à ees hauteurs roà Dieu ne pourra plus lui refuser sa lumière. C'est id que les mystiques ont coutume de dresser l'échelle des vertus. Ils la composent des sept dons du Saint-Esprit, des quatre vertus cardinales que les j^osophes' ont connues, et des trois vertus théologales qui font les saints. L'échelle que Jacopone a Qonçue ressemUe i celle que rêva Jacob, appuyée sur la terre et se perdant au ciel; mais son bois, mouillé des rosées divines, a poussé des feuilles et des firuits. Au premier degré se tiennent la Crainte et l'Humilité, commencemoit de toute perfection; au second, la Pauvreté et la Lai^esse, qui ont en commun le mépris des trésors périssables;

(1) Jucopone, lib. V, 15; ibid., 25, stance 11 :

kcrima, con grazia gran forza bai :

Tao è lo regno, e taa ë la potenza.

Sola davauU al giudice ne yai, Ne ti arrcsta da ciô nulla temenza, etc.

Ces beaux vers rappellent un admirable passage de saint Pierre Ikunien sur la puissance des larmes : De perfeclione monachorum, cap. xu : c Lacrymarum quippe mador animam ab omni labe purificat, et ad proferèndù yirtutum germina nostri cordis arva fecundat^.. Lacrym» poi^roquœ a Deo sunt, divinse cxauditionis tribunal fiducialiter adeunt, et impétrantes praesto quod pétant, de peccatorum nostroruin certa remissione confidunt. Lacrymx sunt in fœderanda inter Deuin et botnincs pace séquestres, ei voraoes, 8unt atque doctissimse in qualibet humanae ignorantise dubietate magistrae.

Page 1