‹ La civilisation au cinquième siècle: Introduction à une histoire de la civilisation aux temps (volume 2)Chapitre 13 sur 26 · SAMTE-CROIX DE FLORENCE · texte numérisé non relu

SAMTE-CROIX DE FLORENCE

Il semble qu'au moment où nous sommes arrivés, c'est-à-dire aux premières années du quatorzième siècle, les arts de la parole et ceux du dessin^ que nous avons vus grandir ensemble, étaient en âge de se séparer. Cependant l'inspiration jaillissait encore avec trop d'abondance chez les hommes de ce temps pour qu'ils ne cherchassent pas à l'exprimer par tous les moyens à la fois, et à compléter Tune par l'autre l'illusion du pinceau et la puissance des vers. Dante ne s'était pas contenté de concevoir Tarchiteclure de ses trois mondes^ d'y tailler comme dans le roc vif, d'y peindre les figures qui nous saisissent de terreur et de pitié. Ce poëte incomparable dessinait avec grâce; on lui attribue la première idée des peintures que Giotto exécuta à Sainte- Glaire de Naples. D'un autre côté, les peintres n'avaient pas encore honte d'expliquer par des inscriptions le sujet de leurs tableaux, moins jaloux d'étonner les ignorants que de les instruire. C'était la coutume do Gimabuê : Buffalmacco l'imita. Chargé de peindre la

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Création au Campe Santo de Pise, il avait représenté Dieu le Père tenant dans ses mains le ciel tout peuplé d'anges, des sphères, des planètes, et la terre au milieu. Aux deux côtés il avait placé saint Augustin et saint Thomas d'Âquin, c'est-à-dire les deux plus grands interprètes de l'OEuvre divine; et, comme s'il n'eût pas réussi à faire passer toute sa pensée dans cette forte composition, il avait écrit au bas un sonnet pour convier les spectateurs à louer l'Auteur de l'univers .

Lodate lui che ï ha si ben creato !

Les Pisaiis trouvèrent tant de plaisir à ces vers, que plus tard Orcagna ne dédaigna pas un moyen si facile d'animer son Triomphe de la mort. Lui-même avait composé les paroles rimées qu*il prête à ses groupes d* anges, de solitaires, de mendiants. Au-dessous du tableau, d'autres figures déroulaient de longues devises italiennes et latines, alors admirées, maintenant effacées par le temps et par le vent de la mer (1).

Ainsi la poésie ne pouvait se détacher des murailles saintes à l'ombre desquelles elle vécut tant de siècles. L'inspiration qui dictait les chants de Jacopone éleva Sainte-Croix de Florence.

C'était en 1294. Depuis dix ans Florence avait élargi l'enceinte de ses remparts et bâti le Palais-Vieux. Un décret enjoignait à l'architecte Arnolfo de reconstruire la cathédrale c< sur un dessin tel, que l'art et la puis-

(!) Vasari, Vita di Btiffabnacco, vita d' Orcagna,

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« saDce des hommes ne pussent rien imaginer de plus c< grand ni de plus beau. » 11 semble que c'était assez pour honorer un peuple d'ouvriers et de marchands. Cependant, la république florentine ayant décidé qu'elle recevrait les deux ordres de Saint-Dominique et de Saint- François à cause de leur zèle et de leurs bons services, elle avait voulu leur donner une magnifique hospitalité. Tandis que deux dominicains, Frà Ristoro et Frà Sisto, bâtissaient l'église de Sainte-Marie-Nouvelle, Ârnolfo eut ordre d'ériger pour les Franciscains, aux frais de la cité, l'église de Sainte-Croix. Cet artiste, accoutumé à ne rien concevoir que de grand, se souvint toutefois qu'il travaillait pour des pauvres; et, puisque son édifice devait porter le nom de la sainte Croix, il voulut lui en donner, non-seulement la forme, mais la sévérité. D en éleva les trois nefs sur quatorze piliers et quatorze ogives dignes des plus fières cathédrales, mais il renonça h les charger d'une voûte, et les couvrit d'une charpente qui rappela dans sa nudité l'étable de Bethléem. Le chœur n'eut point la splendeur de nos sanctuaires gothiques; mais, à droite et à gauche, sur les bras de la croix, s'ouvrirent de nombreuses chapelles où vint s'abattre un essaim de peintres. Ce fut d'abord l'infatigable Giotto, puis ses disciples Stefano et Taddeo Gaddi; puis Giottino, fils de Stefano, et Ângelo, fils de Taddeo; car en ces temps héroïques le pinceau devenait héréditaire comme Tépée. Ils représentèrent dans une longue série de fresques la Croix révélée à sainte Hélène et portée en triomphe par l'empereur Héra-

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clius; r histoire de la Vierge, en y rattachant lesgnn cieux récits de l'Évangile de la Sainte Enfanc-e; la lé* gende de sainte Madeleine, pour la consolation des pauvres pécheurs; le martyre des Apôtres, pour Tenr couragement de ceux qui allaient prêcher aux Sarrasins et aux. Tartares; enfin la vie et les miracles de saint François. Orcagna, le peintre des justices ét^nelles, était venu clore ces tableaux par la Vision du Jugement dernier. Toutefois ne pensons point que les artistes de Sainte-Croix aient cru leur œuvre terminée : c'était leur gloire de ne terminer jamais. Après l'église, ils décoraient la sacristie, le réfectoire : Giotto exécuta pour une armoire vingt-six petites compositions d'un prix inestimable. Peu à peu les ouvrages d'art, ne trou* vant plus de place dans le saint lieu, vinrent s'mtasser dans les galeries et les salles adjacentes; on y a recueiUi des terres cuites de Luca délia Robbia, de vieux Christs byzantins, des peintures d'anciens maîtres, depuis Cimabuê jusqu'au bienheureux Angelico de Fiesole. Sainte^Croix est devenue un musée où le Mendiant d'Assise a réuni plus de chefs-d'œuvre que bien des rois dans leur palais. Il est vrai que les fresques ont cruellement souffert du temps et de la négligence des hommes. Mais, s'il ne reste rien des quatre chapelles décorées par Giotto, on conserve de lui un Couronnement de Notre-Daniey peint sur bois pour l'autel de la chapelle des Baroncelli, où il repose depuis six cents ans, sans que rien en ait altéré la fraîcheur et l'éclat* C'est encore une peinture du ciel, comme les anciens mosaïstes

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