‹ La civilisation au cinquième siècle: Introduction à une histoire de la civilisation aux temps (volume 3)Chapitre 4 sur 16 · IU · texte numérisé non relu

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liuthon.

Uod,

leodh,

liodh,

lied,

ehant.

bres, le singulier, le pluriel et le duel ; six cas, nominatif, génitif, datif, accusatif, vocatif, instrumentaL II y paraissait une parfaite régularité. Toutes les nuances de la pensée étaient représentées par autant de désinences différentes : les voyelles marquaient les genres et les nombres; les consonnes caractérisaient les cas. Cette belle ordonnance, dérangée de bonne heure, se conserve surtout dans le gothique et le teutonique : l'anglo-saxon et le Scandinave contractent déjà les terminaisons, les déplacent et les confondent. Une telle manière de décliner, que les grammairiens appellent la déclinaison forte, devait se soutenir difficilement : elle supposait des habitudes d'application et de discernement qui feraient honneur aux sociétés les plus polies (1).

Aussi la paresse des esprits avait eu recours à des

(1 ] Voici le paradigme de la déclinaison forte dans les quatre dialectes :

Gothiqae. Teutonique. Anglo-saxon. Scandinate.

Masculin, blinds, plinter, blind, blindr, aveugle.

Féminin, blinda, plintu, blindu, blind.

Neutre, blindata, plintuz, blind, blindt.

Je donne seulement la déclinaison masculine, la plus instructive des trois.

Cf. Grinmi., Gramm,, t. L

Sing, n, blind s, plint er,

Gén. blind is, plint es,

Dat, blind amma, plint emu,

Ace, blind ana, plint an,

Instr. plmt u,

Plur. n. blind ai, plint è,

Gén. blind aizé, plint êrô,

Bat. blind aim, plint êm,

Ace. blind ans, plint è.

Le vocatif n'existe que dans un petit nombre de substantifs gothiques. Le teutonique est le seul qui conserve le cas instrumental. Ces quatre dialectes ont le duel, mais dans le pronom personnel seulement.

blind.

blind r.

blind es.

blind s.

blind um,

blind um.

bbnd ne,

blind an.

blind, e.

blind ir.

blind ra,

blind ra.

blind um.

blind um.

blind e.

blind a.

procédés moins savants. La nasale n, introduite dans les désinences, altéra d'abord la consonne caractéristique : elle finit par l'effacer. La confusion, déjà visible dans le gothique, se montre surlout dans les autres dialectes. L'anglo-saxon et le Scandinave n'ont plus qu'une flexion pour tout le singulier. C'est ce que les grammairiens appellent la déclinaison faible. Elle se développe surlout dans Tallemand moderne, ou, un grand nombre de noms ayant perdu toute trace des cas, il y faut suppléer par les prépositions et les articles. La mémoire se décharge, mais la langue s'appauvrit (1). ojugaison. La grammaire s'attache moins au nom qu'au verbe. Elle met tout son art dans ce mot flexible, qui fait le nœud de la proposition. Le verbe gothique se prête avec une facilité remarquable aux besoins du discours. On y trouve deux voix, l'actif et le passif; trois modes, indicatif, subjonctif, impératif; deux temps, le présent et le passé; trois personnes et trois nombres. Le point capital est la formation du prétérit, qui se fait régulièrement par le redoublement de la première syllabe du radical, et par le changement de la voyelle (slepa, je dors; saislepyje dormis). Ce changement de voyelle s'o-

(1) Paradigme de la déclinaison faible :

Gothique. Tculoniquc. Anglo-saxon. Scandinavr.

Sing. n, han a, han o, han a, hani, le coq,

Génit, han ins, han in, han an, han a.

Dat. han in, han in, han an, han a.

Ace. han an, han un, han an, han a.

Plur, n, han ans, han un, han an, han ar.

Génit. han anê, han ônô, han ena, han a.

Dat, han am, han ôm, han uin, liœn uni.

Ace, « han ans, han un, han an, han a.

père de six manières différentes, d'où naissent les six conjugaisons qu'on nomme fortes. Ce système savant, compliqué, qui fait passer chaque verbe par quarante flexions successives, exigeait une singulière netteté de prononciation, une grande délicatesse d'oreille, un prompt sentiment des rapports entre les nuances du mot et celles du sens. C'était beaucoup demander à des peuples de guerriers et de pâtres : aussi voit-on la règle fléchir et le désordre prévaloir. Le gothique lui-même perd le redoublement dans le plus grand nombre de SCS verbes. Les autres dialectes ne le connaissent pas : ils n'ont conservé ni les formes du duel, ni celles du passif. L'anglo-saxon ne met plus de différence entre les trois personnes du pluriel : des quarante flexions primitives du verbe il n'en retient plus que douze (l).

(I) Des cinq cents verbes forts dont M. Grimm retrouve la trace dans les langues germaniques, cinquante-sept seulement se conservent dans les quatre dialectes : je prends pour exemple giban, donner.

Gotliiquc. Tcutoniqiie, Anglo-saxon, Scandinave.

Indicatif présent smg. 1

gib a,

kip u.

gif e.

gef.

gib is,

kip is.

gif est.

gefr.

gib itb,

kip it.

gif odh.

gef r.

plur, 1

gib am,

kip amas,

gif adh.

gef um.

gib ith,

kip at,

gif odh,

gef idh.

gib and,

kip ant,

gif adh.

gef a.

duel 1

gib os.

gib ats.

prétérit sing. 1

kap.

gëaf,

gaf.

plur. i

gêb um,

kap urnes,

, gëaf on.

gaf um.

duel 1

gêb u.

Sul)jonct!f présent sing. 1

gib ail,

këp ê.

gif 0,

gef i.

prétérit sfwgf. 1

gêb jaù.

kap i.

gëaf e.

gaefi,

Impératif sing. 2

gib,

kip,

gif,

gef.

Infinitif

gib an

kep an.

gif an.

gef a.

Participe présent

gib ands,

kcp anter,

, gif ende,

gef andi,

passé

gib ans,

këp âner,

gif en.

gef inn.

Mais le langage populaire ne rencontrait pas de difficulté plus grande que la formation du prétérit : ce fat de ce côté que l'innovation se tourna. Au lieu de modifier les voyelles des radicaux de six manières différentes, on conserva le radical invariable en y ajoutant une terminaison uniforme {haba, j'ai; habaida, j'eus). Cette méthode facile constitue ce qu'on appelle la con-juganon faible. Les quatre dialectes primitifs l'admettent comme une exception. Elle ne comprend d'abord que les verbes dérivés : elle s'enrichit peu à peu des autres qui échappent à Fancienne règle, et finit par faire loi à son tour dans l'allemand moderne, où les verbes foTtSy réduits à cent soixante, ne figurent plus qu'à titre d'irréguliers (\).

Ainsi, dans la déclinaison et dans la conjugaison,^ deux principes contraires se font jour. L'un est L'ancienne tradition de la langue, conservant les riches flexions des noms et des verbes, modelées avec un art infini sur toutes les formes de la pensée humaine. L'autre est l'usage qui se débarrasse de ce luxe grammatical comme d'un héritage incommode, dépouille les

(1) Voici un exemple de conjugaison £ûble. W suffit d'indiquer la première personne du singulier de chaque temps pour en distinguer les caractéristiques. Haban signifie avoir.

Gothique. Teutoniqoc. Anglo-saxon. Scandinave.

Indicatif présent, hab a, hap êm, hab be, hef i.

prétérit, hab aida, hap eta, haef de, hafda.

Subjonctif présent, hab au, hap èe, hab be, hef i.

prétérit, hab aidêdjaù, hap êti, hsef de, haf di.

Participe présent, hab ands, hap enter, hab ende, haf andi..

prétérit, hab aitus, hap êtêr, hsef d, haf dhr.

Infinitif hab an, hap an, hab ban, haf a.

mots de leurs flexions, et les remplace par des particules et des suffixes. D'un côté, il y a je ne sais quoi de vivant qui travaille au dedans des mots et qui les fléchit; de l'autre, il y a un procédé mécanique qui les prend par le dehors, et les unit par des liens plus grossiers, mais plus durables. Ce procédé devait l'emporter à la fin dans les idiomes germaniques, et y mettre un ordre nouveau. Mais au temps dont nous nous occupons^ il ne réussissait encore qu'à ébranler les règles anciennes. Les formes du discours n'avaient plus cette exactitude qui ne permet pas de se méprendre sur leur signification. L'incertitude des termes laissait la pensée dans le vague , par conséquent dans l'impuissance. Il y avait assurément peu de logique au fond -de ces langues, peu de travail d'esprit chez les nations qui les parlaient.

Une dernière particularité grammaticale achève de peindre le caractère des hommes du Nord. Pendant que, chez les Hébreux, ce peuple de la tradition et de la prophétie, les verbes ont le passé et le futur, mais point de présent, les dialectes du Nord, au contraire, n'ont pas de fiitur. Quand ils commencent à traduire des textes grecs et latins, ils rendent le futur et le présent par le même mot : la différence des temps ne leur est pas encore sensible. Plus tard seulement ils cherchent à l'exprimer à Taide des auxiliaires. Ces peuples ont dans leurs conjugaisons un moyen de désigner le passé; car ils y tiennent par les souvenirs, par les lois, par les croyances. Ils ont le présent, comme il convient à des

«^''^l^' V *;V »'"Te >Î'>«" °*

ton^ei

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monieuse composition de ses mots et par l'abondance

des termes abstraits dont elle dispose. Le teutonique

altère déjà ces belles qualités; elles s'obscurcissent

surtout dans l'anglo-saxon et le Scandinave, où tout se

contracte comme sous l'influence d'un climat glacé.

Ainsi, en parcourant les idiomes germaniques, on les

trouve plus riches, plus sonores, plus exacts, à mesure

qu'on retourne vers le midi et F orient. Les langues des

Germains, comme tous leurs souvenirs, s'accordent

pour tracer l'itinéraire de leurs migrations, pour en

reculer le départ jusqu'en Asie et sauver ainsi les titres

de leur parenté avec le reste du genre humain.

Ces premières indications se confirment, si l'on com- Rapport pare les dialectes du Nord avec la grande famille des les langues langues indo-européennes. C'est un fait acquis à la européenne science par d'admirables travaux, que l'analogie profonde qui unit les idiomes germaniques, celtiques, slaves, et ceux de l'Italie, de la Perse et de l'Inde. Je n'entreprends pas de revenir sur des recherches qui ont été poussées jusqu'aux derniers détails : il me suffit d'en rappeler sommairement les conclusions.

Rien n'est plus discrédité en philologie, rien n'est moins décisif que le seul rapprochement des mots. 11 y a des ressemblances fortuites qui ne prouvent rien ; il y en a de partielles qui prouvent le commerce, mais non la parenté de deux nations. Cependant la comparaison devient concluante quand elle porte sur des mots que les peuples n'empruntent pas, qui forment, pour ainsi dire, le corps des langues. Comment douter en-

t'àS/^"- ?d ^. S? ^.

g âja*. ,,j^. aViUtv. ^^, «« Itoi-

, saçto^' octo. ©on, .^y»»», . .'«* àh»"""*

o acWa»' ^o,et». teib^»- ./-.^èt»»»°* **^

Ring* duel

Si les mots constituent le corps des langues, la grammaire en est l'âme. Mais les langues indo-européennes n'ont, à vrai dire, qu'une même grammaire, dont elles observent inégalement les lois. C'est surtout dans le sanscrit qu'il faut chercher ces combinaisons euphoniques qui font du discours une sorte de mélodie. C'est là qu'on voit les trois voyelles primitives a, i, u, en produire onze autres, qui, avec trente-quatre consonnes, représentent toutes les touches de la voix hu*<maine. C'est enfin là que se découvrent dans leur ensemble les règles de permutation selon lesquelles la consonne douce devient forte et la forte aspirée. Ces règles se maintiennent dans tous les idiomes de la même famille ; elles y mettent Tordre en régularisant les changements que les radicaux doivent subir à mesure qu'ils passent de peuple en peuple (1).

Nulle part, mieux qu'en sanscrit, on ne voit se former le lien logique du mot et de l'idée. La déclinaison forte

NOMS DE FAMIIXE. Sanscrit Gothique. Teutoniquc. Anglo-saxon. ScandinaTe.

Père,

pita,

fadar,

fetar,

fader,

fadir.

Fils,

sunus,

sunus.

sunu,

jsunu,

sour.

Fille,

duhita,

dautbar,

tohtar,

dohtor,

dottir.

Frère,

bhratri.

brothar,

prodar.

brodbor,

broddir.

Sœur,

sTasri,

svistar.

suestar,

svaster,

syster.

(i) Dans ce court exposé, j'ai cherché à reproduire les conclusions de la savante grammaire comparée de Bopp (Vergleichende Grammatik). Cet orientaliste a entouré de nouvelles preuves la belle loi de permutation des consonnes, déjà démontrée par Grimm (Deutscîie Gramm., t. I). Étant donné un radical sanscrit, ce radical passera (presque toujours) dans les autres idiomes européens sans changer de consonnes : mais, €3ï entrant dans les dialectes gothique, anglo-saxon, Scandinave, la douce sera remplacée par la forte ; la forte, par Taspirée ; et Taspirée, par la douce. Enfin, si le mot descend dans le teutoniquc, la douce

y paraît dans toute sa richesse, avec trois genres, trois nombres, et huit cas. Sans doute cette régularité ne se soutient pas dans toutes les langues de même origine : le duel, conservé en grec, disparaît en latin, et le gothique ne l'a plus que dans le pronom. Mais partout se maintient la distinction des trois genres, partout re^ viennent les mêmes caractéristiques des quatre cas principaux, partout enfin on aperçoit le principe de la déclinaison faible, qui plie encore sous la règle générale, mais qui s'en affranchira pour se développer librement dans les dialectes germaniques (1).

sanscrite se changera en aspirée, Taspiréc en forte, la forte en douce. C'est ce qui devient sensible par les exemples suivants :

Grec ou latio.

Gothique.

Teul- niqup.

tur^a.

thorop.

doro/".

joedis,

/btus,

uuoz.

/"rater.

^rothar,

pTuoàer.

D, T, TH, ou Z,

rfuo.

fvai,

ZYene,

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