‹ La civilisation au cinquième siècle: Introduction à une histoire de la civilisation aux tempsChapitre 12 sur 29 · U CIV. AU \* SIÈCLE. II · texte numérisé non relu

U CIV. AU \* SIÈCLE. II

hasardât à parler aux hommes dans sa langue naturelle.

Le christianisme, au contraire, ne pouvait souffrir que ses origines fussent enveloppées de fictions. Il proposait dés faits et des dogmes, c'csl-à-dire des vérités définies, non pas à l'imagination, mais à la raison des peuples, c'est pourquoi il leur parla en prose; et en prose seulement, pendant trois siècles. C'est au bout de ce temps que commence la poésie chrétienne, et ses commencements sont très-faibles. Cependant il semble que rien n'a manqué pour l'inspirer, ni la grandeur des spectacles, en présence de ce changement qui remue la surface du monde, ni l'émotion des âmes, et ce travail intérieur qui a ébranlé, retourné jusqu'aux derniers fondements de la conscience. Mais le spectacle même était trop près, et, comme l'a dit excellemment M. Saint-Marc Girardin, dans un morceau de critique, la vérité était trop forte pour faire des poètes à cette époque ; elle ne pouvait faire encore que des martyrs. Entre l'émolion et l'inspiration poétique, il faut un intervalle, et vous verrez que ce n'est pas trop de ces siècles silencieux pour mûrir la fécondité de l'art chrétien.

J'écarte le petit nombre de poètes inconnus qui écrivirent dans le temps des persécutions ; j'écarte plusieurs compositions attribuées tantôt à TertuUien, tantôt à saint Cyprien, mais assurément contemporaines de ces grands hommes. La pdx de l'Église est comme une aurore qui, de toutes parts, réveille les chants. Au moment où le christianisme prend, avec Constantin, la couronne des

Césars, il semble qu'il va prendre aussi le laurier de Wrgile, si nombreux sont les auteurs chrétiens qui écrivent en vers. Ce nombre est tel, que déjà il les faut diviser, et, adoptant la grande classiflcation des anciens, nous distinguerons deux genres : Tépique et le lyrique. Le christianisme, vous le comprenez, n'avait pas encore ouvert le théâtre.

Ainsi deux genres existent déjà : et d'abord le genre épique, dans lequel je comprends, comme faisaient les an- ^iens, la poésie didactique, par exemple les instructions ^Oulre le paganisme données parle poëte Commodianus, ^^^ encore le poëme contre les semi-Pélagiens de Prosper ^ -Aquitaine, devenu célèbre depuis par l'imitation qu'en ^ faite Louis Racine. Mais la direction principale, la ^^ndance, l'effort général de la poésie chrétienne dès *^^ite époque, c'est de réduire sous ses lois les récits du ^^\îristianisme, de s'attacher à ces traditions bibliques ^^lii sont le fondement même de la foi, de leur prêter ^* éclat de la versification latine et les ornements dérobés aux auteurs païens : c'est là la pensée qui domine, ^n effet, nous voyons des poètes, comme Dracontius, ^aint Hilaire d'Arles, Marins Victor, s'atlacher aux premiers souvenirs bibliques, aux scènes de la Genèse et à tiette aimable simplicité du monde naissant. D'autres, lîomme Juvencus et Sédulius, se renferment dans l'histoire évangélique, et toute leur tentative est de reproduire, avec harmonie et fidélité, avec un certain orneïnent poétique, le texte même des Évangiles. Le caractère commun de tous ces poètes, de tous ces traducteurs

Page 1