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LA POÉSllC. ^J
« besoin, afin que chacun selon son génie devienne le « captif volontaire de Dieu (1). »
Ceci s'éclaire par ce que nous savons déjà des écoles romaines : tout renseignement était fondé chez les anciens, comme il Test resté au moyen âge, et avec une grande sagesse, sur Texercice de la mémoire et l'étude des poëtes. En Grèce on commençait par Homère, et, en Occident, par Virgile. Mais, avec Virgile, les chrétiens et les païens du cinquième siècle apprenaient par cœur, gravaient dans leur mémoire toutes les pensées, toutes les doctrines, toutes les images du paganisme. C'est contre ce paganisme que les premiers poëtes chrétiens s'efforcent de lutter; c'est dans une pensée de polémique, de controverse, qu'ils écrivent; il s'agit pour eux de détrôner les faux dieux de ce siège envié qu'on leur a fait dans la mémoire et dans le cœur de* jeunes enfants, et d'y faire asseoir un Dieu plus digne de l'enfance* Voilà pourquoi ils s'efforcent de retenir les formes virgiliennes, classiques, pures, tout en jetant dans ce moule antique des idées nouvelles, au risque de voir ces idées, pénétrant, en quelque sorte, la forme dans laquelle elles ont été reçues, finir par la faire éclater et par briser le moule.
Quelques-uns pousseront l'œuvre jusqu'à réduire l'Évangile en contons et à faire, comme Faltonia Proba, une histoire du Sauveur en trois cents hexamètres, composés chacun de deux ou plusieurs fragments de
(1) Sédulius, Epist. dedicat. ad Macedoniiim.
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Virgile. Mais, sans s'abandonner à ces excès, Sédulius et Juvencus s'attachent à retenir la langue de l'antiquité et à beaucoup d'égards ils y réussissent ; ils ne sont inférieurs, sous ce rapport, à aucun des poètes païens de leur temps. On reconnaît chez eux, à toute heure, l'imitation de Virgile, d'Ovide ou de Lucrèce. Sans doute l'imitation est souvent inintelligente; par exemple, le vers où Virgile représente Cassandre élevait ses yeux suppliants au ciel parce que ses mains étaient enchaînées, servira pour exprimer le bon larron sur la croix tournant vers le Christ ses yeux parce que ses deux mains sont clouées au bois du supplice. Plus d'une fois, ce calque de l'antiquité manquera de goût et de justesse, mais enfln les poètes qui s'y sont appliqués ont atteint leur but ; ils ont obtenu deux résultats, l'un qu'ils cherchaient et l'autre auquel ils n'avaient jamais songé.
Ils sont arrivés à faire pénétrer plus profondément et plus facilement les vérités chrétiennes, sous ces formes poétiques, dans les classes lettrées du monde romain. Voilà ce qu'ils avaient voulu et ce qu'ils obtinrent. Mais ce qu'ils ne voulaient pas, ce à quoi ils n'avaient jamais songé et à quoi ils réussirent néanmoins d'une façon incomparable, ce fut de s'emparer, plus tard, d'une société qui n'était plus romaine, qui était chrétienne, mais barbare, et, à l'aide des poèmes chrétiens, d'y faire pénétrer le goût, et, jusqu'à un certain point, le génie et les traditions des lettres de l'antiquité. En effet ces deux chrétiens virgiliens
Là poésie. S31
pour ainsi dire, Sédulius et Juvencus, deviendront les instituteurs préférés de la jeunesse pendant tous les siècles barbares : ce seront leurs poèmes évangéliques qu'on mettra dans toutes les mains, qui commenceront l'éducation de l'enfance. Après avoir trouvé des disciples, ils auront des imitateurs non-seulement en langue latine, mais aussi dans toutes ces langues nouvelles qui commencent à se former sur les modèles latins. C'est ainsi que FÀnglo-Saxon Cœdmon, ce prêtre qui, un jour, par la grâce de Dieu, se trouva inspiré et devint poète, entreprendra aussi de chanter les origines du monde et la chute du premier homme. Plus tard, le moine Franc Ottfried, vers le temps de Charlemagne, n'hésitera pas à écrire le grand poëme de Y Harmonie des Évangiles, s'efforçant le premier de faire retentir, dans la glorieuse langue des Francs, les louanges du christianisme.
Cependant tant d'efforts soutenus si longtemps n'arriveront pas à faire l'épopée chrétienne telle qu'on aurait cru qu'elle allait se dessiner. Ainsi en voyant, dès le cinquième siècle, Juvencus et Sédulius s'attacher à chanter la naissance, la vie et les souffrances du Christ; en voyant tout l'univers chrétien rempli de cette même pensée; tous les arts, depuis la peinture jusqu'à l'architeclure, occupés à la reproduire sous mille formes ; en voyant enfin Thumanité chrétienne tout entière s'ébranler, au cri des croisades, pour délivrer le tombeau du Christ, ne semble-t-il pas que tout l'effort de la poésie doit tendre à réaliser ce type rêvé.
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et à faire le récit glorieux et immortel de ro"*" du Christ et de sa mission? C'est cependant « poésie chrétienne ne réussira jamais. C'est o la poésie sollicite sans doute l'intervention ( nité, mais elle ne veut pas de la Divinité seu pour elle que l'humanité surtout renaplisse i Elle s'attache de préférence à ce qui est hum. qu'elle y trouve ce qui est passionné, ce qu bile^ ce qui est pathétique, ce qui est plein d< ments, et par conséquent plein d'émotions d contraires. C'est pourquoi la poésie chrétiei vera précisément ses principales ressources événements, dans le développement temporel, politique et militaire du christianisme. Les < de Charlemagne et de la chevalerie symbolisé mythe de la Table-Ronde, et la conquête deslieT inspireront les romans de la chevalerie et a' à l'épopée du Tasse. La découverte d'un moi dèle par des chrétiens inspirera l'admirable ai Lmiades, Ainsi c'est toujours dans l'humanit poésie, même chrétienne, trouvera son inspiraf^ cipale; non pas qu'elle nechercho à s'enfonce^ profondeurs de la foi, à retourner, s'il est posa qu'à Tépopée divine, qui se compose de ces lro| Ja chute, la rcdemplion et le jugement. Mais le qu'elle retourne à cet éternel sujet qui n'a< tourraeolcr le? hommes, elle ne réussit a le ivà par sen deiix ûxlrémili?s qui sont humaines, Il
Lifuis bien Milton, i
de siècles, après que la Bible a commencé à subir quelques échecs par les controverses du protestantisme, arriver, avec l'interprétation la plus hardie, à s'emparer des premières pages de la Genèse pour en faire un poëme : oui, mais il prend pour héros de ce poëme l'homme, l'homme mortel, capable de devenir souverainement misérable, l'homme qui, depuis le commencement jusqu'à la fin, nous inquiète par sa faiblesse et nous rassure, en même temps, par l'élan qui le ramène à Dieu, De même aussi Dante nous fait parcourir les trois royaumes de l'enfer, du purgatoire et du paradis; mais il les a peuplés d'hommes semblables à lui, et c'est dans leur entretien qu'il fera jaillir ces flots de poésie dont son siècle fut inondé. Au contraire, lorsque la poésie chrétienne a voulu toucher au mystère de la rédemption, lorsqu'elle a voulu toucher au nœud de l'épopée divine, elle a hésité, et quel que fût le génie de ceux qui s'y appliquaient, ce génie s'est trouvé arrêté, flottant dans ses conceptions; qu'il y portât la piété qui respire dans les œuvres deHroswitha, célébrant la sainte enfance du Sauveur, ou de Gerson, dans le charmant poëme intitulé Josephina, consacré au même sujet; qu'il y mît toute la forme savante et élégante de la Renaissance, comme Sannazar dans son livre deParlu Virginis, ou Vida dans sa Christiade; qu'il y portât enfin la témérité de F esprit moderne, et aussi les charmes d'une imagination rêveuse, d'un esprit admirablement doué, et trop dédaigné depuis, comme Klopstock: néanmoins il échoue toujours. C'est qu'il y
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a encore trop de foi dans le monde chrétien, c'est que la figure auguste du Christ inspire trop de respect pour que les mains puissent s'en approcher sans trembler. Les peintres ont pu la tracer, parce qu'il n'y avait pas d*image authentique, mais les poètes ne peuvent lui prêter la parole et l'action, parce que la réalité de l'Évangile les écrase. La Providence n'a pas voulu que rien de ce qui ressemblait à la poésie, à la fiction, pût envelopper ce dogme fondamental du christianisme sur lequel repose toute l'économie de la civilisation et de l'univers.
Mais à côté de cette épopée chrétienne qui se dégage avec tant d'efforts des difficultés de son origine, il y a la poésie lyrique, libre épanchement de l'âme qui ne s'enchaîne par des vers que pour pouvoir se fixer et se transmettre. Dès les commencements du christianisme, des poëmes lyriques durent s'y produire. En effet, saint Paul lui-même exhorte les fidèles à chanter des cantiques, et on retrouve la trace de ces chants en lisant la lettre de Pline à Trajan, ou bien celle où saint Justin décrit la liturgie des chrétiens de son temps. Ainsi encore, une antique tradition qui avait cours en Orient rapportait que saint Ignace, évêque d'Antioche, dans une vision, avait contemplé le ciel ouvert, et avait entendu les anges chantant à deux chœurs les louanges de la sainte Trinité. De là, il avait intro» duit le chant à deux chœurs dans les églises d'Orient. Il y a quelque grâce et quelque majesté à faire descendre du ciel même l'origine du chant ecclésiastique.
e huit syllabes placement de la ii une place à la , de bonne heure, que saint Augustin 'n psaume contre les ingt-quatre vers, rimes isacrée par le pape Da- . séquence du moyen âge ites sont ainsi coupées en huit syllabes chacun; seuiCera la quantité par la rime, c satisfaction que la prosodie is Impuissante à lui offrir, a condition de rompre un jour formes anciennes que la ra enfin à la liberté sans lanspi ration et qui lui donnera ic, cette verve, cette abondance mfin cette majesté du Dics irx^ ible dn Stabai mater.
de la poésie chrétienne à ses laot il faudrait nous demander is Irouvé tant d'hommes éloquelques-uns qui fussent véyon de la poésie ; s'il ne faut icars commencements d'une astre, ou si déjà quelque réponds en dégageant de
la musique^ et peut-être parce qu'il la sentait trop profondément, éprouva des doutes, et se demanda si le plaisir du chant ne nuisait pas au recueillement de Tâme, et s'il ne lui arrivait pas d'être trop attentive à la modulation harmonieuse qui venait charmer l'oreille. Par bonheur le scrupule d'Augustin ne subsistera ni dans son esprit, ni dans l'Église, et la cause de la musique religieuse sera gagnée.
Saint Ambroise ne s'était pas borné à introduire le chant ; lui-même avait composé les hymnes qui devaient être chantées dans son église. On en a rassemblé un grand nombre sous son nom, qui sont plutôt l'œuvre de ses disciples ou des temps postérieurs, mais qui ont été composées conformément à son esprit et aux règles qu'il avait données. On ne peut lui en attribuer avec fondement que douze, mais pleines d'élégance et de beauté, d'un caractère encore tout romain par leur gravité, avec je ne sais quoi de mâle au milieu des tendres effusions de la piété chrétienne; l'esprit des temps primitifs y existe encore. Je citerai surtout celle qui commence ainsi :
Deus Creator omnium Polique rector, vcstiens Diera decoro lumine, Noctem soporis gratia.
Saint Ambroise lui-même nous apprend qu'il en était l'auteur. La langue est encore antique, cependant la versification a déjà quelque chose de moderne : c'est la
ite strophe de quatre vers iambiques de huit syllabes cun, qui se prête facilement au remplacement de la ntité par Taccent, et ménage ainsi une place à la e que nous avons vue introduite, de bonne heure, s la versification chrétienne, que saint Augustin it lui-même pratiquée dans son psaume contre les atistes, qui revient pendant vingt-quatre vers, rimes X à deux, dans l'hymne consacrée par le pape Base à sainte Agathe. Ainsi la séquence du moyen âge déjà trouvée : presque toutes sont ainsi coupées en )phes de quatre vers de huit syllabes chacun; seulentle moyen âge remplacera la quantité par la rime, . donnera à l'oreille cette satisfaction que la prosodie nenne serait désormais impuissante à lui offrir, ose étrange ! ce sera à la condition de rompre un jour définitivement avec les formes anciennes que la Ssie chrétienne arrivera enfin à la liberté sans labUb il n'y a point d'inspiration et qui lui donnera te prodigieuse richesse, cette verve, cette abondance treizième siècle, et enfin cette majesté du Dies irXj celte grâce inexprimable du Stahat mater.
Voilà les généralités de la poésie chrétienne à ses Bmencements. Cependant il faudrait nous demander ce siècle où nous avons trouvé lant d'hommes éloents n'en a pas produit quelques-uns qui fussent véiblement touchés du rayon de la poésie ; s'il ne faut tcprver en eux que les obscurs commencements d'une l^estinée à devenir illustre, ou si déjà quelque s'y manifeste. Je réponds en dégageant de
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cette foule deux hommes qui méritent d'être rappro — chés et connus : je veux dire saint Paulin et Prudence ,.^
Si la poésie devait se trouver quelque part, c'étai -^ assurément dans ces âmes disputées, qui, après ui^ ^ longue résistance de la chair et des passions, venaien ^^z:;:: toutes meurtries, se réfugier dans la vie chrétienne Cet âge est celui des consciences tourmentées ; les ô^: prits faibles hésitent, les forts se décident, et, dans grand ébranlement, ils trouvent l'inspiration, VéL ^ — : quence, la poésie. Ainsi Âmbroise, Augustin et t^i^Hi d'autres que nous avons vus avec eux. Ces grandes ânn ^^m^ avaient eu le courage de rompre, et, dans cette ru rupture, dans l'effort, elles avaient rencontré ce qui r*-^ compense toujours l'effort, c'est-à-dire la force q ^^i vient d'en haut au secours de la volonté. Cette for^i^e est pour les uns le courage de Faction, pour les autr^es le courage de la parole, pour quelques-uns Téloquenc^^, pour plusieurs la philosophie, pour d'autres enfin el^Me devait être la poésie.
Paulin, qui portait pour surnom ceux de Pontii^^^s Meropius, était d'une grande famille romaine, sénatc:=> riale même. Il était né aux environs de Bordeaux c'était aux écoles de la Gaule qu'il avait trouvé la pr^^mière éducation, et la Gaule avait alors les plus illuslr^^s maîtres de l'Occident. Le poète Ausone avait été le pr^3mier instituteur de la jeunesse de Paulin et lui ava :i* communiqué cet art des vers qu'il avait poussé jusqu^ ^ une merveilleuse subtilité. Riche de son patrimoine ^^ des domaines de sa femme, Paulin avait été revêtu A ^
tous les honneurs ; il était arrivé au consulat ; enfin, il n'était rien où, à Tàge de trente-six ans, il ne pûl aspirer. Au milieu de ces changements continuels qui ébranlaient le trône des Césars, qui pouvait prouver que le descendant de tant d'hommes illustres ne serait pas appelé un jour à s'y asseoir? Cependant, à cette époque, en 398, on apprit à Bordeaux que, clandestinement, à l'insu de toute cette aristocratie romaine, dont il était le parent ou l'allié, Paulin s'était fait initier au christianisme et avait reçu le baptême. Devenu chrétien, il s'était retiré dans ses domaines d'Espagne, où il vivait avec son épouse dans la retraite, mais non dans la pénitence; déjà détaché des gralideurs de la ^ie, mais non de ses douceurs et de son prestige, comme ^û peut s'en apercevoir à cette prière en vers qu'il adressait dès lors à Dieu : « Maître souverain des choses, ^^ exauce mes vœux, s'ils sont justes. Que nul de mes ^* jours ne soit triste, que nulle sollicitude ne trouble ^^ le repos de mes nuits! Que le bien d'autrui ne me ^^ séduise pas, que le mien serve à ceux qui m'implo- ^^ ï'entl Que la joie habite ma maison! Que l'esclave né ^^ ^U foyer jouisse de l'abondance de mes récoltes! Que ^^ je vive entouré de serviteurs fidèles, d'une épouse ^^ chérie, et des enfants qu'elle me donnera (1). »
Ce sont les vœux d'un chrétien, mais non d'un ana- ^*^orète. Paulin eut bientôt après un enfant qu'il perdit '^^ hout de huit jours. Ce lien rompu brisa tous ceux qui
(1) s. Paidin, Pœm. IV, Precatio.
retenaient Therasia et lui aux choses de la terre; toi deux résolurent ensemble de vendre leurs biens poi en distribuer le prix aux pauvres et vivre ensuite de vie monastique et, cependant, dans cette fraterni simple que les vieilles et respectables mœurs du chri tianisme ont autorisée, et qui faisait que tant d'hoc mes saints, après leur conversion, gardaient aupr d'eux une épouse, qui devenait leur sœur dans ui même communauté de prières et d'aumônes. Aus Therasia sera la compagne de la retraite de Paulin, e lorsqu'ils écriront aux grands de TÉglise, ils signeroi ensemble, Paulinus et Therasitty peccatores. Ils se ret rent donc, non pas en Espagne, mais au fond de VlU lie, à Nôle, en Campanie, auprès du tombeau de saii Félix, martyr, pour lequel Paulin avait conçu une d( votion singulière. C'est là qu'ils vécurent dans la pai vreté et la pénitence.
Ce changement avait fait l'étonnement d'abord, pu: la colère de l'aristocratie romaine. Par quel égaremei un homme de ce nom, de cette naissance, revêtu d tant d'honneurs, doué de tant de génie, avait-il p tout à coup abandonner ses espérances et interrompi la succession d'une maison patricienne? Ses parents n lui pardonnaient pas, ses frères le reniaient, et ceu de sa famille qui passaient devant lui passaient comm le torrent, sans s'arrêter.
Mais, tandis que la société temporelle le repoussait la société spirituelle lui ouvrait les bras, et Jérôme Augustin, Ambroise, se félicitèrent de compter dan
leurs rangs un grand docteur de plus. En effet, Paulin devint un théologien considérable; mais il y avait en lui quelque chose de plus; l'âme d'un poëte s'était formée et s'était révélée dans ces déchirements intérieurs que lui avait coûté sa conversion. Ausone, en apprenant le changement de son disciple, avait été d'abord atteint de désespoir, et lui avait écrit une lettre désolée dans laquelle il le suppliait de ne plus l'affliger ainsi : « Ne dédaigne pas le père de ton esprit. « C'est moi qui fus ton premier maître, et le premier « guidai tes pas dans la route des honneurs. C'est moi « qui t'introduisis dans la société des Muses. Muses, « divinités de la Grèce! entendez ma prière, et rendez « un poëte au Latium (1). »
Saint Paulin répond en vers du fond de sa retraite, et voici en quels termes : « Pourquoi, dit-il, ô mon « père! rappelles-tu en ma faveur les Muses que j'ai « répudiées? Ce cœur, consacré maintenant à Dieu, « n'a plus de place pour Apollon ni pour les Muses. Je « fus d'accord avec toi jadis pour appeler, non pas avec « le même génie, mais avec la même ardeur, un Apol- « Ion sourd dans sa grotte de Delphes, et pour nommer c< les Muses des divinités, en demandant aux bois et aux « montagnes ce don de la parole qui n'est accordé que c< par Dieu. Maintenant un plus grand Dieu subjugue
a mon âme Rien ne t'arrachera de mon souvenir,
<i écrit encore Paulin à son ami : pendant toute la durée
(1) Ausone, Ep. xuv, ad Paulmum,