LE COMMERCE
Ce qui me frappe d'abord, c'est la vie qui unit toutes les parties de l'empire, et par elles toutes lés parties du
^l) Aristide, Romœ encomium, Orat. xiv.
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monde. Cette vie, c'est le commerce, et le commerce n'a pas d'autre grandeur que de porter ainsi la souveraineté humaine sur toutes les mers et sur toute la terre. Le commerce de Rome devait se tourner vers rOrient et vers le Nord.
I. — A l'Orient, Rome avait hérité des pensées et des conquêtes d'Alexandre. — Les Grecs pénétraient en Asie par deux grandes voies.
1" Yoie de terre. — Colonies grecques du Pont-Euxin et de la Chersonèse Taurique, Olbia, Théodosie. De là, et par l'Arménie, on pénétrait dans la Médie, l'Hyr-^ canie, la Bactriane, où, pendant cent ans, s'était soutenue une dynastie grecque; puis, travei*sant les gorges de rimmaûs, on arrivait dans la petite Boukharie, vers le quatre-vingt-seizième degré de longitude. Là un caravamerai en pierre. Les Sères y apportaient leurs soies, leurs pelleteries, leur fer. — Comment se faisait la vente (1). — 11 fallait aux Sères plusieurs mois pour gagner leur pays, qui était leThibet oriental et le nord de la Chiné. Ces étoffes, si chèrement achetées, étaient remises à des ouvrières qui les efGlaient pour les tisser de nouveau, ui matronx publiée transhiceant (2).
(1) Les Sères apportaient leurs soies, leurs pelleteries, dans des ballots sur lesquels le prix était marqué, puis ils se retiraient. Les acheteurs venaient, examinaient la marchandise, et, si elle leur convenait, en laissaient la valeur telle qu'ils Tavaient appréciée. Les Sères revenaient, et, si le marché leur agréait, ils laissaient leurs marchandises et en emportaient la valeur. 11 leur faUait encore, au dire de Pomponius Mêla, sept mois de marche pour atteindre leur pays. (V. Hiillmann, Handelsgeschichte der Griechen.)
(2) Une ouvrière de Gos, appelée Pamphila, avait imaginé d*efliler les
U CIVIUSATION MATÉRItLLK DE L'KMl»IRE. ZOi
2* Voie de mer, — La principale est celle d'Alexandrie. Ptolémée Philadelphe avait créé des ports sur la mer Rouge. Sous les Romains, chaque année, cent vingt navires parlaient de Myos-Ormos, et s'arrêtaient ordinairement à File de Pattala aux bouches de l'Indus. Cependant un petit nombre de navigateurs poussaient jusqu'au port de Palibothra aux bouches du Gange. On côtoyait les rivages et l'île de Geylan. Ceux qui faisaient le commerce de l'Indus y portaient chaque année cinquante millions de sesterces. Mais les marchandises qu'ils rapportaient se vendaient cent fois autant. Soieries, cotons, matières colorantes, perles et pierreries, ivoire, fer d'une qualité supérieure, des lions, des léo • perds, des panthères et des esclaves. Toutes ces richesses abordaient à Pouzzoles.
II. Au Nord. — Ici tout était l'ouvrage de Rome : c'étaient ses légions qui avaient construit ces voies, silionnant les montagnes, franchissant les marais, traversant tant de contrées différentes toujours avec la tDême solidité, la même régularité, la môme uniforttiité. — Admiration des peuples. — Voies romaines attribuées à César, à Brunehaut, à Abailard. — Deux i^oies de Rome au Danube : d'Aquilée à Lauriacum, de i^érone à Augsbourg. — Le long du Danube une voie i^enait de la mer Noire, passait par Vienne, Passau, ^atisbonne, Augsbourg, Winterthur, Râle, Strasbourg, Bonn, Cologne, Leyde et Utrecht. Un canal liait le
êtofles de soie pour les tii^ser do nouveau. (V. Hiillmnnn, Handelsgeschichte fier Griechen,)
Rhin à la Meuse, un autre devait le lier à la Saôni^ ainsi se trouvaient en communication la mer Moire, Méditerranée, la mer du Nord. — Au delà la Bretagrai conquise, ses cinq provinces et ses routes militaires (^ allaient expirer au pied du retranchement d'Adrien.
— Les marchands romains rapportaient du Nord %\ tain, l'ambre, les riches fourrures, et les chevelures blondes qui allaient orner le front des matrones romaines.
Les barbares viennent : il semble que tous les liens du monde vont se rompre. Cependant rapports de Tltalie avec Gonstantinople. — Les rois francs rejetés par leurs sujets ; les chefs persécutés par leurs rois : Childéric, Gondowald, Contran duc d'Auvergne, s'y réfugient (1). — D'un autre côté, les Syriens à Orléans (2).
— Le Syrien Eusèbe achète le siège épiscopal de Paris (3).
Les temps carlovingiens. — Les Francs trouvèrent à Pavie des habits de soie de toutes couleurs, et dès pelleteries étrangères de toute sorte, que les Vénitiens avaient apportées avec les trésors de TOrient. — L'anecdote rapportée par le moine de Saint-Gall atteste que
(i) V. VHistoire de la Gaule méridionale de M. Fauriel et les Réciii mérovingiens de M. Augustin Thierry.
(%) Grégoire de Tours, décriYaait rentrée solenneUe du roi Gontran è Orléans, d^t : « Et hinc lingua Syronun, hinc btinorum, hioc etiam ipsonim Judnomm in diversis laudibus varie concrepabat. » (lib. YIII, i.)
(3) Raguemodus quoque Parisiac» vaAns episoopus obiit. Eusebius quidam negodator, génère Syrus, datis muttis muneribus, in kcnm cgus subrogatus est. (Greg. Turon., X, 36.)
LA CIVIUSATIUN llATÉKllilLLi:: DE l/EMPIKK. W">
les parures orientales étaient en usage à la cour de Charlemagne :
Un jour de fête, après la messe, Charles emmena à
la chasse les grands de sa cour. « .... La journée était
c( froide et pluvieuse. Charles portait un habit de peau
« de brebis... Les autres grands arrivant de Pavie, où
w les Vénitiens avaient apporté récemment, des contrées
tt au delà de la mer, toutes les richesses de l'Orient,
c( étaient vêtus, comme dans les jours fériés, d'habits
« surchargés de peaux d'oiseaux de Phcnicie entourées
«de soie^ de plumes naissantes du cou et de la queue
« des paons, enrichis de pourpre de Tyr et de franges
«d'écorce de cèdre. Sur quelques-uns brillaient des
« étoffes piquées, sur quelques autres des fourrures de
« loir. C'est dans cet équipage qu'ils parcoururent les
«bois; aussi revinrent-ils déchirés par les branches
« d'arbres, les épines, les ronces, percés par la pluie,
« et tachés par le sang des bêtes fauves ou par les or-
« dures de leurs peaux. « Qu'aucun de nous, dit alors
« le malin Charles, ne change d'habits jusqu'à l'heure
«où on ira se coucher; nos vêtements se sécheront
« mieux sur nous. » A cet ordre, chacun, plus occupé de
« son corps que de sa parure, se mit à chercher partout
«du feu pour se réchauffer... Le soir, quand ilscom-
« mencèrent à ôter ces minces fourrures et ces minces
« étoffes qui s'étaient plissées et retirées au feu, elles
^^ se rompirent, et firent entendre un bruit semblable
^^ à celui de baguettes sèches qui se brisent. Les pauvres
^^ gens gémissaient, soupiraient et se plaignaient d'à-
Si»4 V].NGT1£)1U LEÇON.
ce voir perdu tant d'argent en une seule journée. D leur ce avait été enjoint par l'empereur de se présenler-lc .. c( lendemain avec les mêmes vêtements. Us obéirent: § a mais tous alors, loin de briller dans leurs beaux ha«> î ce bits neufs, faisaient horreur avec leurs chiffons in- 1 ce fects et sans couleur. Charles, plein de finesse, dil î ce au serviteur de sa chambre : a Frotte un peu notre ce habit dans tes mains et rapporte-nous-le. » Prenant a ensuite dans ses mains et montrant à tous les assisce tants ce vêtement qu'on lui avait rendu bien entier ce et bien propre, il s'écria: c< les plus^fous des ee hommes! Quel est maintenant le plus précieux et le ce plus utile de nos habits? Est-ce le mien, que je n'ai ce acheté qu'un sou, ou les vôtres, qui vous ont coûté ce non-seulement des livres pesant d'argent, mais place sieurs talents (1)? »
Le moyen AGE. — L'Église ne se déclara point Tennemie du commerce, elle s'en fit la protectrice. Les conciles proscrivirent la piraterie; Grégoire Vil, Pascal II, Honorius II et Alexandre III se prononcent contre le droit de bris et de naufrage; Innocent III contraint à restitution un seigneur de Montfort qui avait dépouillé des marchands italiens. — Mais surtout elle ranime le génie commercial par les pèlerinages et les croisades. — Pèlerinages aux temps barbares. — Hôpital des Amalfitains à Jérusalem. — Les croisades. - Pendant qu'elles entraînent par la route du Danube les populations de
(i) Mon. S. GaU., 1. H, c. xxvii.
LA GlTlIiSATlON MATÊKIEM.E Di:: L'EMWKE. .Ki5
1 France et de rÂUemagne, elles poussent sur Ws ers les vaisseaux de Pise^ de Gênes et de Venise, ines et Venise succèdent au commerce des Grecs ol » Romains avec l'Orient (1). Elles le font par les êmes voies. — Voie du Nord. — CafTa et Tana sur mer Noire, d'où les caravanes gagnaient Ispahan,
dk et Boukhara. — Voie du Midi. — Alexandrie, où s trouvaient les marchandises de Tlndc. — Cependant
2 prosélytisme chrétien dépassera les limites où s'arétera la cupidité romaine. Les missions de Plan Carpin rayeront la route à Marco Polo, et Christophe Colomb, roulant mettre les richesses de l'Asie au service d'une nouvelle croisade, trouvera l'Amérique.