‹ La civilisation au cinquième siècle: Introduction à une histoire de la civilisation aux tempsChapitre 20 sur 29 · L AGRICULTURE · texte numérisé non relu

L AGRICULTURE

1. Ici Rome ne doit rien qu'à elle-même. L'agriculture est la gloire de ce peuple, qui prenait ses dictateurs à la charrue, et dont le plus beau poëme est l'é- H)pée des champs, les Géorgiqves. Ah ! ne confondez >as ce livre admirable avec les poëmes didactiques des iltératures en décadence. Toute une inspiration nouelle. A l'apothéose de la nature s'ajoute l'apothéose du lavail. Au lieu de l'âge d'or, Virgile chante l'âge de fer.

(1) V. Bettinelli, Risorgimento dllalia, t. IV. et Heoren. Essai sm influence des croisades.

LA nv. An 1* sifecLF. Il 20

50G VINGTIÈIIE LEÇON.

Labor omnia yincit

Improbus, et duris urgens in rébus egestas...

Paler ipse colendi

' Haud facilem esse TÎam Yoluit, priniusque perartem Movit agros, curis aciiens mortalia corda, Nec torperc gravi passus sua rura veterno.

C'est le génie de Rome que le poète fait passer dans ses vers.

Hanc olim veleres vitam coluere Sabîni,

Hanc Remus et firater; sic fortis Etniria'crevit. ' i

Scilicet, et rerum facta est pulcherrima Borna.

II. Cette culture, les Romains la porteront jusqu'aux extrémités du monde que le sort des combats leur a livré. — Romanus sedendo vinciU — L'empire leur semblait moins couvert par une muraille de pierre que par une ligne de moissons. — Colonies militaires établies par Trajan chez les Daces; par Alexandre Sévère, Probus, Valentinien, sur la frontière germanique; on leur donne des bestiaux, des esclaves, l'exemption de l'impôt. Ces récoltes, qui doivent tenter les barbares, servent à les repousser. — Établissements romains sur les côtes septentrionales de la Gaule et jusque sur les derniers promontoires du Finistère. — Les paysans du duché dé Bade ont encore la charrue romaine. Probus a planté les vignes du Rhin.

in. Cependant c'est Rome même, c'est la détestable fiscalité des empereurs, c'est l'opulence de l'aristocratie qui commence à détruire cette belle économie. D'un côiéy Latifundia perdidere Italiam; ces domaines immenses abandonnés à des esclaves. - D'un autre côté, exac-

lions du fisc, — Le paysan passe aux Bagaudes et aux barbares. Enfin les barbares paraissent, ils se font livrer le tiers, la moitié; les deux tiers des terres : mais ils retiennent les colons romains.

lY. Cependant, pour relever ces cultivateurs forcés, commençaient à se former des légions de cultivateurs volontaires. — Un jeune homme du Latium, appelé BenedictuSy rallie autour de liii un certain nombre de chrétiens; il leur impose la pauvreté, la chasteté, Tobéissance. Il met ces trois vertus sous la garde du travail. Six heures de travail des mains chaque jour. 11 embrasse un jour son disciple Haurus, et, lui remettant le poids du pain et la mesure du vin, il l'envoie dans les Gaules. De là viendront ces colonies monastiques, qui pousseront le défrichement dans les marais de la flandre, dans l'épaisseur de la forêt Noire, et qui reculeront la limite de la terre cultivée jusqu'à la Baltique.

Ainsi les traditions romaines ne périssent pas. L'agriculture refleurit avec la civilisation sous Charlemagne. — Capitulaire de VilliSy vers 812.

« Nous voulons que nos serviteurs soient conservés « en bon état et que personne ne les réduise à la pau- « vreté : que nos officiers n'aient pas la hardiesse a de les attacher à leur service, de leur imposerdes corce vées, de recevoir d'eux aucun don, ni un cheval, ni « un bœuf, ni une brebis, ni un agneau, ni autre chose ce que des fruits, des poulets ou des œufs.

« Quand nos officiers doivent faire exécuter les tra*

c( vaux de nos terres, labourer, semer, moissonner ou c( vendanger, que chacun d'eux pourvoie à tout dans « la saison, pour que toutes choses soient en ordre. « Qu'ils aient soin d'entretenir les vignes confiées à c< leurs soins, que les vins soient mis dans des vases de c( bonne qualité, et qu'on veille à ce que rien ne se « perde.

a Autant un officier aura de fermes confiées à sa surce veillance, autant il aura d'homqnes pour entretenir « les abeilles. Les basses-cours de nos grandes fermes « n'élèveront jamais moins de cent poulets et trente c( oies ; les manses moins considérables nourriront au c( moins douze oies^ et cinquante poulets.

c( Il faut pourvoir avec la plus entière diligence à ce c( que tous les produits de nos fermes, lard, viandes sec< ches, vin, bière, beurre, fromage, miel, cire, farine, c( soient toujours préparés avec la plus grande pro- « prêté.

« Nous voulons que dans nos jardins on cultive toutes « les plantes : c'est-à-dire le lis, les roses, la sauge, c< le concombre, le melon, la citrouille, le pois chiche, « le haricot, le fenouil, les laitues, le romarin, la men- <i the, le pavot et la mauve. »

Ne sourions point en voyant ce grand homme s'abaisser à ces détails, c'est le caractère du génie d'embrasser les détails dédaignés par les esprits médiocres, comme Dieu embrasse les lois des astres, sans oublier le grain de sable et l'hysope, qui est la plus petite des plantes. Gharlemagne sait le compte de ses poulets, comme il

gourmande les chantres à la chapelle el les enfimls à Técole : c'est à ce prix qu'il rétablit la culture des champs comme la culture des lettres.

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