‹ La civilisation au cinquième siècle: Introduction à une histoire de la civilisation aux tempsChapitre 25 sur 29 · IL — DES ÉCOLES ECCLÉSIASTIQUES · texte numérisé non relu

IL — DES ÉCOLES ECCLÉSIASTIQUES

Cependant le paganisme, capable encore d'égarer les

(4) Fancesco da Barberino, del Heggimento e costume délie dom^ parte V. — Vinani, lib. VII, cap. 89.

imaginations, de mettre le désordre dans les souvenirs, de troubler l'esprit du grammairien Vilgard ou du tribun Arnaud de Brescia, ne pouvait plus rien sur les consciences qui recelaient la véritable source du génie moderne. Il fallait une foi nouvelle pour les remuer, pour ramener l'inspiration, sanctifier le travail, et faire de l'enseignement non plus un trafic, mais un devoir.

C'est aux catacombes que je trouve les premières Les^<6coi« écoles du christianisme. C'est à Rome, à l'entrée des <»^'»«>"*» souterrains de sainte Agnès, avant de pénétrer dans les oratoires où les fidèles seuls étaient admis aux mystères, qu'on voit deux salles nues, sans tombeaux, sans peintures, sans autre indice de leur destination que la chaire du catéchiste et le banc des catéchumènes (1). Sans doute l'instruction qu'on y donnait ne touchait point encore aux lettres profanes. Toutefois on reconnaît de bonne heure le penchant de la théologie chrétienne à recueillir fout ce qu'il y avait de légitime dans Théritage de l'esprit humain. En même temps que les Pères retrouvaient chez les philosophes et les poètes les traits épars d'une vérité incomplète et, comme dit Clément d'Alexandrie, une participation lointaine du Verbe éternel, les peintres des catacombes, par un symbolisme hardi, représentaient le Christ sous la figure d'Orphée (2). Des inscriptions en vers décoraient les

(1) C'est ce qui résulte des dernières fouilles entreprises aux catacombrs de S*' Agnès. J'ai visité ces deux salles, dont on trouvera la description dans le savant livre du père Marchi.

(2) Butbiri, Pitture, 1. 11, tab. 63 et 71. Mamachi, Antiquit. christ. III, SI. Raoul-Rochette, Tableau des catacombes^ p. 131*

mt DES ÉCOLES EN ITÂUE

sépultures chrétiennes; la langue des dieux se purifiait en s'essayant à louer les martyrs. Quand l'Église sort de ces ténèbres où les persécutions l'avaient reléguée, l'école paraît avec elle, et ne s'en sépare plus. L'enseignement fait partie du ministère sacerdotal, et le concile de Vaison en 529 atteste déjà cette coutume établie chez les Italiens, « que les prêtres qui occupent <c des paroisses reçoivent dans leurs maisons de jeunes « lecteurs, afin de les instruire comme de bons pères « instruisent leurs fils (1). »

Des commencements si faibles ne promettaient rien de grand : mais TÉglise attendait l'invasion des Barbares pour mesurer ses efforts au danger. Au moment même où la conquête lombarde menaçait l'Italie d'une nuit éternelle, on voit poindre comme deux flambeaux, d'une part renseignement épiscopal, de l'autre l'enseignement hionastique.

L'enseigne- Saint Grégoirc, ce pontife si calomnié et dont on a s^^'cré o?re ^^^^^ ^^^^^ "^ ennemi de l'esprit humain, fut le véritale Grand, jjjg fondateur des écoles épiscopales. On lui a beaucoup reproché sa lettre à saint Didier, évêque de Vienne, qu'il blâme d'enseigner la grammaire à la manière des ancien?, de commenter les poëtes païens, et de profaner par les louanges de Jupiter une bouche vouée au Christ. Sans doute saint Grégoire pensa que les fables

(i) Gondlium Vasionense, II, c. 1. « Placuit ut omnes presbyteri qui sunt in parocbiis constituti, secundum consuetudineinquampertotam lUliain salubriter teneri cognovimus, juniores lectores... secmmin domo ubî ipsi habitare videntur, recipiant. ■

antiques n'étaient pas sans péril pour les populations de la Gaule et de l'Italie, encore toutes pénétrées de paganisme. Mais en même temps on peut croire que ce grand esprit avait compris la nécessité de rompre avec les méthodes surannées des grammairiens, et de sauver les lettres en les attachant au service de la doctrine nouvelle qui sauvait le monde. Sans doute, l'enseignement qu'il inaugurait ne semblait conçu que pour ajouter à la majesté du culte : c< Il institua, dit l'histo- « rien de sa vie, l'école des chantres, et lui donna, « avec quelques domaines, deux résidences, l'une au- « près de la basilique de Saint-Pierre, l'autre au palais « de Latran. » Mais la musique, le dernier des sept arts libéraux, exigeait la connaissance de tous les autres ; le chant supposait l'intelligence des textes sacrés, et de l'humble fondation de saint Grégoire devait sortir toute une école théologique et littéraire, qui serait la lumière de Rome et F exemple de l'Occident.

Jusqu'à la fin du neuvième siècle je vois l'école de Latran, fidèle à ses traditions, former l'élite du clergé romain : il est dit des deux papes Sergius I et Sergius II qu'ils y furent nourris dans l'étude, non de la religion seulement, mais des lettres (1). On y ensei-

(i) Johannes Diaconus, Viia S. Gregorii, II, cap. 6. Ânastasius, bibliothecar. m Sergio /, idem in Sergio II : « Eum scholîB cantorum ad erudiendum tradidit (Léo III) communibus litteris. »

On ne comprend pas qu'un esprit aussi élevé que M. Giesebrecht se soit laissé entraîner aux vieilles calomnies du protestantisme contre S. Grégoire le Grand, quand elles n'ont d'autre appui que le témoignage tardif de Jean de Salisbury, contredit par Jean Diacre, qui le précède de deux

364 DES ÉCOLES ER ITàUS

gnait assurément la métrique latioe, puisque les hymnes de rÉglise se pliaient encore aux lois de la ipiantitc, et faisaient revivre les anciens riiythmes d'Horace et de Catulle. On y enseignait au moins les éléments de la langue grecque, puisqu'elle conservait sa place dans la liturgie romaine, et qu'un Ordo Romanm do douzième siècle donne encore les antiennes grecques exécutées par les chantres de la chapelle papale aux principales fêtes de Tannée (1). La chapelle des papes, avec l'école qui en était inséparable, devint le type à l'imitation duquel se constitua l'école du palais chei les Francs. Les rois civilisateurs s'appliquaient à réformer le chant ecclésiastique en même temps qu'à ranimer les études, et c'était à Rome qu'ils demandaient des leçons. Le pape Grégoire 111 envoyait en France des chantres romains; Paul T'accueillait des moines fran* çais à récole de Latran; le même pontife adressait! Pépin le Bref un antiphonaire avec des traités grecs de grammaire et de géométrie. Charlemagne reçut du pape Adrien des maîtres de grammaire et de comput; et si dans ce nombre plusieurs pouvaient être laïques, d'autres sortaient de la chapelle pontificale, comme les

siècles; quand surtout la coitvspoiHbRce tout entière de S. Grégoire atteste que la cirilisation n'a jamais eu de plus grand serviteur.

(i) Ordo Homanus aj^ MabiUoo, Muséum ilalicum, t. II. Raspooi,<^ BibUotheca Latcmi^eHÙ. Le jour de Piques, après Têpres, le pape Tenait se placer sous le portique de S.- Venante, attenant à la basilique de Latran. Ixséchansons lui Tcrsaicnt le vin dlionneur ainsi qu'à son clergé, pendant que les chantres entonnaient une antienne grecque commençant par ces mots: nx9]^a Uicv x|mv ai^jufcv inxiihxxtfntf et finissant par ceux-ci: Te*

deux chantres Pclrus et Romaniis, que la chronique représente aussi profondément versés dans la musique sacrée que dans les arts libéraux (1).

Quand l'exemple de Rome subjuguait les Barbares Écoles de du Nord, comment n'eût-il pas ému l'Italie? Dans ces Lucques'ei villes lombardes que l'arianisme disputait à l'orthodoxie, on voit les évoques s'entourant d'un petit nombre de clercs, qu'ils exercent à la culture des lettres en même temps qu'à la défense de la foi. Au septième siècle, l'archevêque de Milan, Benedictus Crispus, s'honorait d'avoir initié ses disciples à la connaissance des sept arts. Un peu plus tard, l'Église de Lucques avait ses écoles sous le portique même de la cathédrale ; et déjà les prêtres Gaudentius et Deusdede y figurent, dans deux actes de 747 et 748, comme chargés de l'enseignement public (2). Le diacre Pierre de Pise professait à Pavie quand Alcuin assista à sa dispute publique con-

(1) Pour tout ce qui concerne la chapelle et Técole des rois francs, qu'on me permette de renvoyer à mon livre de la Civilisation chrétienne chez les Francs, ainsi qu'à VHistoire de S. Léger y par le R. P. Pitra. Cf. Epistolae Pauli papœ ad Pippinum rege?p, 15 et 50; Anastas., Adrian.; Chronicon Engolismense aà ann. 787; Eckhardus, de Casibiis S. Galli : • Mittuntur secundum régis petitionem Pelrus et Uomanus, et cantuum et liberalium artium paginis eruditi. »

{2) S. Benodicti Crispi Mcdiolanensis arcliiepiscopi pcematium médium apud Mai, Auctor, class.yi. V, p. 591, pr^Tfatio ad Maurum mantuensem praepositum. « Quia te, fili carissime Maure, penc ab ipsis cunabulis educavi, et septiformis facundise liberalitate dotavi. »

Archives de Lucques :

Diplôme de 748. SignamanusDeusdedeVV.prcsl).magislroscbole,testis.

— 767. Propter pontificalem ejusdem Ecclesie ubi est scbola.

— 809. Ego Lampertus magislru (sic) schole cantorum manu

mea subscripsi.

— 746. Gaudentius presbiter magister.

Page 1