LA CIV. AU V* SIÈCLE. II
40t2 DES ÉCOLES EN ITALIE
c< blandiment^ fugere^ toto nisu ad celestia tendere, ut c< cum propheta dicere yalerenjt : Dominu» pars heredir c( tatis mee; et iterum : Letatui sum in hi$ que dicta a sunt mihi; in domum Domni letantes ibimu$..^) pr»- « cipue tamen in eonim jocundemur laudes {sic), quo-^ c( rum corpora possidémus ut heredes, quorum bene--<^ c( ficiis fruimur fidèles, quorum suffragîo sustinemu^ «infidèles, quorum etiam intercessione quotidien s/ & lugemus, a sorde lavamur. De quorum namque coK « legio beatissimus Ghristi sacerdiN^ et venerandus ho- « die Donatus occurit, per quem divina pietas festi^i- « tatis hodierne luce enituit, etperpetuerglorie coruçcura « lumen mundo effudit. »
J'interromps cet exorde^ qui ne remplit pa^s mpinsde quatre colonnes, et je passe au récit.
a Scottia vero et Hibernia proxime sunt Britaniiie. « Hibernia vero insula inter Britanniam et Hispaniam a sita, spatio terrarum angustior^ sed situ fecundior. c< Hec longiore ab Africa spatio in Bori^am porrigitur... « Scotie autem nulla anguis habetur, avis rara^ apis Cl nulla : in tantum adeo, ut advectos inde pulveres seu « lapillos si quis alibi sparserit inter alvearia, examina <« favos deserant, Quante autem fortij^ne vel dignitatis sit, « seu etiam quam amica sit; pacis, breviter idem iste c< beatus Donatus versificando coUaudat ita describens:
Finibus occîduis describitur optîma tellus, N(Mnine et aDtH|ttis Scottia scripta libris ;
AUX TEMl'S BARBARES. 405
Dires opum^ argenti, gemroarum, vestis et auri,
Commoda corporibus, aère, putre solo.
Melle fluit pulcris et lacté Scottia campis,
Vestibus atque armis, frugibus, arte, vins.
Ursonim rabies nuUa est ibi : ssera leonum
Semina nec UQquam Scottica terra tulit. .
NuUa venena nocent, nec serpens serpsit in herba ; ... .^..
Nec conquesta canit garrula rana lacu :
In qua Scottorum gentes habitare mereatur,
Inclyta gens bominum milite, pace, fide (1).
« Inhac enim Beatus Donatus, suorum civium pro- « sapia nobilium parentum progenitus, et ab ipsîs pçne « crepundiis totus fide calholicus, animus vero Httei;*is c< deditus, et erga Christi cultores devotus, in tantum « ut, înfra brève coevum, suîs natu majofibus excel- « sior doctrina foret effectus... Haurîebat denique sîti- « bundo pectore fluenta doctrine, que postéa eructaret « congruenti tempore mellito gutture, juxta illud : « Eractavit cor meumverbum bonum. Corroboratus ergo « in timoré Domini, cepit perégre proficiscendi amor « innasci, ita ut patriam parentesque desereret et Do- « mino soli adhaererel.
« Tempore igitur magnifici et illustrissimî summîque « pontifiais Eugenii Romane presidentis cathedré, et « christianorum principum Lôtliariî quoque magni, Luc( dovicique boni sceptra regentis, sub anno dominice a incarnationis DCCCXVI, Iridictione X, Beatissimus c< Donatus mullas tune temporîs per Christi gratiam
(1) Ces vers sont cités par* Moore (History oflrelandy 1,341, édition de Paris), qui rapporte le pèlerinage de Donatus et son élévation au siège épiscopal. La Vie inédite que je publie s* accorde parfaitement avec le récit très-court d'Ammirato (Vescovi di FiesoU).
40 î DES ECOLES ^ ITALIE
c( illustrabat ecclesias, sicque factum est ut usque ad ce limina Apostolorum perveniret. Eo igitur in tempore « contigit ut Fesulanensis Ecclesia gravia pateretur in- « commoda, scilicet ob devastationem Normannorum « quae prius accideral^ seu etiam quia orbati patris bec< nedictione carebant. Multa yero plebs passa mestic< tia (sic) y implorabat sanctorum sufTragia... »
Jusqu'ici la narration n'a pas d'autres ornements que le luxe des épithètes et le grand nombre des citations bibliques. On y sent Teffort de l'auteur pour maintenir sous la règle de la syntaxe latine sa pensée, qui lui échappe plus d'une fois et qui se laisse entraîner aux constructions de la langue vulgaire. Mais, à mesure qu'il avance dans son récit, qu'il s'échauffe et s'émeut, son style prend des formes nouvelles. C'est encore une prose, mais une prose rimée. Les écrivains classiques n'avaient pas toujours dédaigné ce retour des mêmes sons [homoioteleuta); les rhéteurs de la décadence en abusèrent, et les auteurs ecclésiastiques ne se défirent pas d'un ornement recommandé par l'école, et que la foule aimait. L'historien de saint Donatus ne fait qu'imiter ces exemples, quand son récit se déroule dans une longue suite de versets qui se succèdent deux à deux avec des chutes pareilles. Donatus, après avoir prié au tombeau des saints apôtres, a repris le chemin du Nord; il entre dans Fiesole au moment où le peuple, pressé autour des autels, demandait à grands cris un évéque. Aussitôt les cloches s'ébranlent et les lampes s'allument
d'elles-mêmes, la multitude se répand autour de l'étranger que désignent ces prodiges : la majesté de sa personne étonne tous les regards; on le presse, on veut savoir son nom : il se nomme enfin. ••
« Nomine (sic) cum audierunt,
Letabundo sic pectore dixerunt :
« Eia Donate, ^
«f Pater a Deo date,
« Pontificale réside cathedra,
« Ut nos perducere valeas ad astra. »
Tune sanctus pectore puro verba dixit in unum :
« Pardte,
« fratres, quod ista profertis inane...
« Mea crimina lugere sciatis,
« Non in plèbe docere credatis »
Ad haec sonantia verba
Guncta cepit dicere caterva :
< Sicut visitavit nos oriens ex alto,
« Sic agamus in viro sancto :
« Ghristus eum adduxit ex occiduis,
« Eligamus nos in Fesulis.
«t Et ecce Deo dignus
« A Christo deoionstratur
«t Domino Donatus;
« Ad sedem nunc producatur,
« Ut nobis a Deo datas
« Sit pater Donatus.
«t Si est Toluntas resistendi,
« Fiat vis eligendi (1). »
(1) La rime revient avec la même régularité dans la prière du saint pour un en&nt enlevé par des loups :
« Pater et Nate — Spiritus et aime, — Nostri succurre meroris — et miserere nobis. — Tu qui per crucis vexillum exclusisti, — mortem vetiti ligni, — ethocdemonstrasti signum - in redemptione captivorum dignum, — ut crucifigentes corpora, — animas érigèrent ad ethera : — ne patiaris tibi assignâtes Christo — devorari ab hoste sevissimê, — ne quem confirmavi chrismate sapctû«imo - permittas gluttiri a lupo rapacissimo. »
406 DBS ECOLES E!f fTALIE
:[ a Sicqoe faetum est : licet mnltom renitendo, pluriel mumqae repugnàndo resfôteret; indiroiikatiig tamen a est, etpresol sancte Fesulane ecclesie electos./. Be- « nedictione itaque pontîficali consecratns, ita appaa niit statim fore aptus ac dévolus, ac si ad officium « quod noviter ascenderat jug^ter prefuisset. ErateDim « largus in Qleemosynis^ sedulus in vigiliis, dévolus in « oralione, precipuus in doclrina, paratus in sermone, a sanctissimus in conversalione.
« Ipse enim omnibus vile sue diebus nunquam ani- « mum olio dedil, quin non aul oralioni insislerel, aut a leclioni incumberel, aut utililalibus Ecclesie descria berel, seu etiam scemala metrorum discipulis dicla- « ret, vel in rébus ecclesiaslicis insudaret, necnon in a sollicitudinibus viduarum el orphanorum inslaret, et « egenorum curam haberet. »
Ainsi refleurissaient dans l'école épiscopale de Fiesole les traditions laborieuses de Tlrlande. Il ne faudra donc pas s'étonner si l'historien de sainl Donatus mêle à ses rimes populaires les termes savants, les héllénismes qu'on retrouve chez les écrivains irlandais et anglosaxons des temps barbares. Il appelle le Verbe de Dieu Theou Logoriy le Saint-Espril Pneuma; et quand le peuple, touché d'un miracle, rend gloire au Père, la gravité du sujet veut encore un mot grec : c< Multa mox in doxa Patris cecinit populm. » Sans doute ces exemples ne prouvent point qu'on sût le grec à Fiesole : ils font voir du moins qu'on ne le méprisait pas; que,
ADX TEMPS BARBARES. 407
dans un temps si mauvais, la langue du Nouveau Testament, de saint Basile et de saint Ghrysostome, était considérée, noja comme la langue des hérésies, mais comme un idiome saint, qui avait encore sa place dans la liturgie» auquel la théologie empruntajit ses expressions sacramentelles, qu'il n'était pas permis d'ignorer tout à fait, et qu'il fallait faire intervenir de loin en loin dans le discours, pour lui prêter je ne sais quoi de solennel et de mystérieux. Mais ce qu'on savait assurément à Fiesole, ce que saint Donatus ne dédaignait pas d'^nseigaer.à $es disciples, c'était la métrique latine, l'imitation des portes (chrétiens qui avaient chanté dans le Rythme , de yirgijij^le£i>imystères du Sauveur et les coi^onnes deg saju^* A^ssi, quand J'Jbagiographe a épuisé toutesles ressources de la prpsey et que, par un dernier einbrt de style, il : veut égaler Ja grandeur de son sujet ; quand il représente le vieil évéque malade visité en songe par la' yierge irlandaise^ Brigitte, qui laisse tomber sur lui une goutte d'huile de sa lampe et le guérit, le récit se fait en hexamètres. Enfin, Donatus, chargé d'œuvres et d'années, va rendre sa grande âme ; une dernière fois, il élève sa voix au milieu du clergé en pleurs; c'est encore envers qu'il prie :
« Ghriste D^ virtus, splendor, sapientia Patris, In genitore manens, genitus sine tempore et ante Recula; qui nostram natus de Virgine formam ^ . Sumpsit nutritus, lactatiis ab ubere matris ; Qui sancto nostras mundans baptismale culpas, Jam nova progenies celo demittitur alto ; Noxia qui vetiti dissolvit prandia pomi, Vulneraque ipse suo cura?it sanguine nostra ;
Qui moriendo dédit Titam, nos morte redemit, Gumque sepultus erat, mutavit jura sepulchri, Surgens a morte mortem damnaTÎt acerbam ; Tartara qui quondam, nigri qui limina Ditis Destruxit, scatebras superans Acheruntis a?ari ; Qui hostem mgrum... detorsit in imo Garceris infemi, Letheum trusit in amnem...
Tu quoque qui tantas pro nobis sumere penas DiguatuSy miseris celestia régna dedisti, Da mihi per celsas paradisi scandere scalas, Fac bene pulsanti portas mihi pandere vite... Ut merear pavidus conviTas visere claros !
Quo tecum gaudent Tideam convivia sancti, Quo cum Pâtre mânes, régnas per secula semper, Spiritus et sanctus, pariter (1) Deus impare gaudet. »
« Expleta vero oratione, totum se ipsum armavit sice gno Christi; et benedicens fîlios fratresque spiritaa- « les^ adpositus est ad sanctos patres senex et pleous « dierum... Sepultus yero est a discipulis suis in arca « saxea, die XI kalend. novemb... Scriptumque est « illic epitaphium ejusmodi :
«t Hic ego Donatus Scotorum sanguine cretus,
Solus in hoc tumulo pulyere. Terme Toror.
Regibus Itahcis servivi pluribus anois,
Lothario magno Ludovicoque bono.
Octonis lustns, septenis insuper annis
Post Fesulana presul in urbe fui.
Grammata discipulis dictabam scripta libellis,
Scemata metrorum, dicta beata senum (2).
Posco, viator, ades quisquis pro munere Christi,
Te, homo, non pigeât cemere Yota mea.
Atque precareDeum... qui culmina celi,
Ut mihi concédât régna beata sua »
c( Dicamus ergo cuncti : Sancte Dei et pretiose con-
(1) Il faut lire sans doute, nwnero, au lieu de pariter,
(2) Ge distique est aussi reproduit dans VHistoire cTIrlande de '^' Moore (loco citato), mais d'après un texte moins correct.
<i fesser Donate^ pater et pontifex, educator et alitor, « rector et pastor, subveni precibus destitutis et lapsis. <c Miserere vidais et captivis, auxiliare orpbanis et pu- « sillis, succurre presentibus et futuris, opem fer vi- «ventibus atque defunctis. Nostras quoque preces « peto ne récuses, qui, quamyis noxiis loris adstrictos « (sic) îniquitatis, pro capacitate tamen ignavie et parce vitate ingenioli nostri presumpsimus ad laudem lui « sanctissimi bec scripta magistris relinquere, precan- « tes summo conamine, quod inutile invenerint, emen- » dent, nostreque presumptioni indulgeant et parcant, « et quia nequimus ad paradisi pervenire pascua, tua c< sallem sancta suffragia inter supplicia sentiamus soft latia : precante Domino nostro Jesu Chris to, qui re- « gnat in Trinitate, cui omnia donata sunt a Pâtre in « Spiritus Sancti unitate in secuia seculorum. Àmen. »
Cette prière, où il y a beaucoup de naïveté, d'humilité et de foi, achève de caractériser le petit ouvrage que nous avons entre les mains. C'est bien l'œuvre d'un disciple soumis au jugement de ses maîtres : c'est une de ces histoires miraculeuses, exercices favoris des jeunes clercs, qui grossissaient peu à peu la bibliothèque des églises, et qui finissaient par former tant de volumineux recueils de légendes. On y reconnaît bien le goût du moyen âge pour les pièces farcieSy mêlées àe prose et de vers, de langue vulgaire et de langue savante. N'en méprisons pas trop l'apparente grossièreté ; car, d'une part, ces hexamètres chancelants
Les classes lettrées.
410 DKS ÉCOLKS KN ITALIE
sur' leurs pieds, mais soutenus de temps à autre par urf'hémistiche, par un vérS entier de Virgile, attestent que l'antiquité n'est ni oubliée ni proscrite. Et, d'un autre côté, cette prose rimée dans laquelle saint Tho^ mas dÎÂquin ne dédaignera pas de composer ses hymiies, cette prose du Dies if^ et du Stahat mater ^ n'estelle pas destinée à devenir le type de la versificatioii
dans toutes les langues modernes?
ni. -^' ftft l'instruction pobuqde hors du clergé'.
Ainsi, dans ces siècles périlleux où il semble que tbtite éducation littéraire ya manquer au peuple italien, il la reçoit de deux côtés. 11 y a des maître^ laî^ (]fues, salariés, nourris des traditions profanes, derniers héritiers des grammairiens et des rhéteurs romains. Il y a des maîtres ecclésiastiques, dont l'enseignement gratuit, voué au service et à la défense de la foi, remonté de Grégoire Vil à Grégoire le Grand, et catehe son origine aux catacombes. Entre ces deux enseignements il y a* rivalité, hostilité, tout ce qui divise les esprits, mais ce qui lés agite et les féconde; Nous^vons à ccMsidérer si tant d'^eflbrts restèrent sans résnhat, à rihstruction donnée du hatrt de tant de chaires forma des classes lettrées, et jusqu'à quel point elle pénétra dans les derniers rangs de la nation. • ^i v-
Écartons premièrement le clergé, dont on né oon* teste pas les lumières. Au dixième isiècle, c^est-à-dire au plus fort de la barbarie italienne, nous avons vu
AUX TEMPS BàRBàRES. 414
Rathier dé Vérone^ làum de Yerceil ranimer \ef^ étudebi; iukprâDd éorit^v^dièis une prcfse savante, mêlée de verset >toute semée de termes grecs, l'histoire de son ambassade à €onstantinople ; et Gunzo, clerc de Novaire, dans une dispute grammaticale avec les moines deSmnt'^ll, pousse Térudition jusqu'à citer le texte grec de l'Iliade, il reste à savoir si, au «-dessous de rÉglise^on trouve ces professions savantes qui partagent avec «lie la charge d'éclairer les sociétés. G'esè l'opinion commune qu'aux premiers temps du ,>es
* ■ -^ * * médecins
moyen âge la médecine s'enferma dans les cloîtres, et redevint ce qu'elle avah été avant Hippocrate, une science sacrée, -réservée aux prêtres, destinée à re^ lever par ses prodiges la majesté des autels. "Gëtte ojkinion semble se confirmer^ quand on voit l'archevêque fienedtetœ Grii^us de Milan s'arracher aii soin 'des âmes p<Mir écrire en verd^latins un recueil dé' foriâîiîes médicales. Cependant nt)u^' avons déjà reconnu dàn^ les dtpidmes de Lucques plusieurs médecins laïques. En parcourant les archives de Pistoia, on trouve à la date de 727 Guidoald, médecin des rois lombards, en 748 Fredus^ en 777 Léon, eni095 Bônsegnore, tous trois médecins, sans aucune qualification qui leur attribue un rang dans l'Église. Une charte de Bérenger, datée de 996, et conservée au Vatican, fait figurer parmi les témoins maître Landolpbe de Serravalle, physicien (1) : c'est ainsi qu'on désigne souvent ceux
(i) Brunetti, Archivio diplomatico toscanOy n"68 eisuiv^-^ Archives
qui professent l'art de guérir. Dès la fm du dixième siècle l'école de Salerne jetait tant d'éclat^ qu'Âdalbéron, éyéque de Verdun, y allait chercher un remède à ses infirmités. Au siècle suivant, la science médicale y était professée par une femme qu'on ne nomme pas, mais qui effaçait tous les docteurs contemporains (1). Plus tard, quand Técole entière adresse au roi d'Angleterre ces préceptes fameux, destinés à devenir le code de la médecine au moyen âge, rien n'y trahit la main d'un prêtre; et Jean de Milan, qui passe pour les avoir rédigés, prend le titre de docteur, mais non celui de clerc. L'Église est si loin de confisquer à son profit l'art de guérir, qu'elle en redoute les tentations pour ses moines : un canon du second concile de Latran, en 1129, interdit aux religieux l'exercice de la médecine, où ils se portent par une coupable passion de s'enrichir, et menace de peines sévères les supérieurs assez faibles pour tolérer un tel abus (2).
D'un autre côté, si l'étude du droit ne périt jamais en Italie, c'est que ce pays garda le sens pratique des vieux Romains, le génie des affaires, la passion de plaider, et que, selon le témoignage de Wippo, quand on paraissait devant le juge, il fallait produire ses textes.
du Vatican, copie autheiiti({ue, dressée en 128^2, d'un diplôme de Bérenger» daté des nones d'août 996 :
Presentibos... magistro Lindolfo de SeniTille physico.
(i) Hugues de Flavigny, Chranic, ad atm. 984. Orderic Vital, ad mm. 1059. Tiraboschi, Storià délia leU. it. VI, lib. 4, cap. 6.
(2) ConciL Romanum, anni il 39, canon 9. Concilium Turonemi, aaui ii6S, cammS.
AUX TEAJi'S BABliiVUfcS. 413
C'est ainsi qu'une requête rédigée pour l'évêque d' Arezzo contre l'évêque de Sienne, dans un procès qui commença en 752, cite plusieurs dispositions du Di geste et du Code (1). De pareils arguments voulaient être débattus par des gens du métier, et je ne m'étonne plus de voir au tribunal les parties accompagnées d'un avocat. Dans un plaid de l'an 908 devant les évêques, les comtes et les juges du roi Bérenger, comparaît Guidulfe, abbé de Saint-Ambroise, assisté de son avocat {advocatus) Boniprand. En 1108, au plaid de Teramo, l'avocat {causidicm) d'une église dépouillée par violence intente pour elle cinq actions, aux termes du droit romain (2). Lanfranc, que nous avons vu nourri dès ses premières années dans l'étude des lois, quitta les bancs de l'école, pour faire l'étonnement du barreau par l'impétuosité de son éloquence, l'art infini de ses plaidoiries et la sûreté de ses maximes (3). Ces triomphes oratoires conduisaient à la fortune et
(1) Fragmentum libelli contra senemem episcopum. Apud Muratori, Antiquit, Italie., III, 889.
(2) Placitum ticinense, apud Muratori, Antiquit. llaL, II, 933. « Ibique eorum venerunt presenlia Guidulfus, abba monasterii Sancti « Gbristi, confessons Ambrosii... et Boniprandus , judex régis... Vere « sicut vos, Guidulfus abba et Boniprandus advocatus dixistis. »
Ughelli, 1. 1, p, 554. Placitum Ticinense : « Ad haec adversariorum causidicus petiit edi actîoncm : ecclesiae causidicus de rébus invasis proponit actiones. »
(5) Milonis Crispini Vita Lanfranci, cap 5. « Ab annis puerilibus eruditus est in scholis liberalium artium et iegum secularium, ad suae morem patriae. Adolescens orator veteranos adversantes in actionibns causaruni fréquenter revicit, torrente facundisc accurate dicendo. In ipsa œtate scntcntias depromere sapuil, quas gratanter jurispcriti aut judices vel pr»tores civitatis acceptabant. »
414 DES ÊCOI.KS KN ITALIK
aux premiers honneurs des cités ; c'est le témoignage d'Alfano de Salerne, dans des vers inédits adressés au jurisconsuljbe Rowuald :
Dulcis orator, vehemens gravisquc, Inter omnes causidicos perènnem Gloriam juris tibi, Romoalde^ . :.i
Protulit usus...
Givium nulli, spatio siib hujus , ^
Temporis, fortuna serènitate Praevalet ridere beatiorr Quam tibi nuper (1).
Parmi les 'jurisconsultes loués dans les Lettres de Pierre Damien, il en est deux, Alton et Boniface, qu'il honore du titre de causidici{^).^ix diplômes du onzième siècle, conservés aux archives diplomatiques de Florence, font voir que dans les grandes villes de Toscane des légistes se vouaient à la déféhsé des intérêts privés (3). Mais les mêmes études qui préparaient Tavocat
(i) Extrait d'une ode que je publie avecles poésies inédites d'Alfano. (2) Pétri Damiani EpisL, lib. VUI, 7 et 9.
(3j Florence 1066, Hildibrandus, patronus causarum. Ibid. 1066, Uildibrandus, causidicus.
Ibid. 1097, Placidus, advocatus.
Ibid. 1099, Fralmus, causidicus sacri palatii. Pistoia 1093, Placidus, causidicus.
Pisc 1067, Sigismundus, causidicus.
Ghiusi 1072, Johannes, causidicus.
J'ai relevé ces témoignages aux archives diplomatiques de Florence ; mais ils se retrouvent tous ou presque tous dans le recueil de firunetti. II est vrai que M. de Savigny veut que le titre de cansidiciis désigne, non pas celui qui plaide une cause, mais celui qui la juge, le scabinus de la législation carlovingienne. Mais les exemples de Bomuald et (de Laniranc prouvent que la profession d'avocat avait j au XI* siècle, tout son lustre et toute sa popularité ; et, dans le plaid de Teramo, les cattëidici des deux
AUX TEMPS BxVRBARES. 415
aux luttes du barreau formaient aussi le juge appelé à débrouiller le chaos des lois romaines et lombardes, et le notaire chargé de conserver, dans les formules sacramentelles de ses actes, l'image immobile du droit, au milieu de la violence des événements et des mœurs. Ces trois fonctions se confondent quelquefois; et celui qui parait dans uu procès, assistant une partie en qualité d'avocat, y garde le titre de juge ou de notaire. Parmi les juges il y a des rangs; il faut distinguer les juges de Tempereur ou du sacré palais, et ceux des communes (cm toîis). Sous ces noms divers on les voit siéger en grand nombre dans les mêmes cours. Au tribunal du comte palatin Bodero4, à Pavie, paraissent onze juges du palais. et deux de la cité. En 982, Hildebrand, envoyé de l'empereur Qtton, vient tenir ses plaids à Florence, dans Tatrium de la cathédrale : l'arrêt qu'il rend en faveur des chanoines est signé de huit juges impériaux et de cinq notaires. En 1288, la ville jeux^^rofesde Milan ne compte pas moins de deux cents juges et fomentées de mille notaires, dont six cents commissionnés de deméSers. l'empereur (1). Les jurisconsultes ne sont pas seulement nombreux, ils sont unis : sous la domination
parties ne paraissent que pour plaider. Du reste, je ne nie point que ce^ noms divers de juris doctor, à'tidvocaluSf de causidicus, dejWed?, ne s'emploient souvent l'un pour l'autre, et ne désignentune classe de jurisconsultes qui forme dans plusieurs villes le collège des échevins.
(1) HisL Patr. Monument. I, n» 47. Cf. Hegel, Geschichle der Staedteverfassung von Italien.
Archives du chapitre de Florence, année 782 : « Léo judex et missus domini iinperatoris, Uildeprandus judex domim iniperatoris interfuît, Teutpertus item, Petrus item, Sigefredus item^ Petrus item, Donatus item.
« Ego Johannes notarius interfui. Ego Florentius notarius ihi fui. Ego
franque, ils forment le collège des échevins. Quand les cités s'affranchissent, ils ont leur place parmi ces corps de métiers qui font la force des républiques italiennes : un document de H 42 montre déjà les avocats de Florence réunis en corporation (1). Enfin, lorsqu'on 1266 Florence, délivrée des Gibelins, se donne des lois nouvelles, et que chacun des sept arts majeurs forme une compagnie armée avec ses officiers, ses consuls et son gonfalon, Fart des juges et notaires y parait, portant sur sa bannière une étoile d'or en champ d'azur; et l'art des médecins et pharmaciens, portant l'image de Notre- Dame en champ vermeil (2).
Les juris- ^6 statut do 1266 armait les sept métiers; il ne les letii^. constituait pas, il les supposait organisés; et Ion a droit de croire que depuis longtemps la compagnie des médecins et celle des jurisconsultes avaient leurs statuts^ leurs conditions d'admission, d'apprentissage et d'études. À Rome, le candidat qui aspirait aux fonctions de juge comparaissait devant une commission de cardinaux pour y être examiné sur la science des lois; ensuite il prêtait entre les mains du pape serment de fidélité et de bonne justice; après quoi le souverain pontife, lui remettant le livre de la loi, l'instituait en ces termes : « Recevez la puissance de juger selon les
Petrus item. Ego Roselmiis item. Ego Hugo notarius domini imperatoris ibi fui. »
Galyaneus Flainma, Manipulus Florum, cap. 326 : « Judices shre jarisperiti GG,^ notarii ccc, iidem impériales DG, medici GG. »
(1) Lami, Lezioni di antichilà toêc., Prefa%, : « Ego Henricus, unus ex Florebtina advocatione causidicns. »
(2) Villani, lih.VlI, cap. 15.
(c lois et les bonnes mœurs. » Les nolaires subissaient le même examen^ et le pontife les instituait en mettant dans leurs mains la plume et l'écritoire (1). La science du droit ne se séparait pas des lettres, qui commençaient l'éducation des esprits, qui faisaient l'ornement et le seul repos de ces laborieuses vies, écoulées dans Tétude et la discussion des textes juridiques. Ainsi le légiste Burgondio, honoré par ses contemporains comme « le maître des maîtres et la perle des docteurs, » avait traduit du grec les homélies de saint Jean Ghrysostome et plusieurs traités de médecine (2). Quand le démon des vers lalins tourmentait les lettrés, et qu'un poète s'écriait :
Desine : nunc etenim nullus tua carmina curai : llsec faciunt urbi, haec quoque rare viri (3) ;
je ne suis pas surpris de Irouver que l'hexamètre lait irruption dans les actes notariés, et que les gens d'esprit se piquent de signer en vers latins. Ainsi dans un diplôme de Sienne, en date de 1081,
Subscripsit factis bis Wido rite peraciis.
Et dans une charte de l'abbaye de Casauria, datée de 1177:
(1) Muralori, AnliquiL, t. I. DisserL XII, 687, 688.
fl Quum presentatur domno Papae ille qui judex est examinandus, examinatnr prius a cardinalibus, qualiter se in legum doctrina intelligat, et si legiftime natus fuerit et laudabiliter conversatus. Qui si idoneus repertus fuerit, homagium et fidelifatem secundum consuetudinem Romanonuu domno Pap» faumiliter exbibet... etc., de scriniario eodem modo fit, etc. j»
(S) Tiraboschi, Sloria delta litUr. ItaL, t. VI, lib. 4, cap. 3.
(3) Panegyricusan(mymusBerengariLVcriz Seripl, IV, i9i.