DEVINT CHRÉTIENNE (QUINZIÈME LEÇO.N
Messieurs,
Au moment où les barbares forçaient les porles de l'empire, nous venons de trouver deux civilisations en présence. D'une part, une civilisation païenne impuissante à recevoir, à éclairer, à toucher surtout les hôtes terribles que Dieu envoyait; condamnée par conséquent à périr, mais non pas tout entière et sans résistance, non pas sans laisser dans la religion, dans les lois, dans les lettres, des dangers et des richesses que les âges suivants recueilleront. D'autre part, le dogme chrétien, assez fort pour sortir vainqueur des luttes théologiques , pour produire déjà une philosophie à son image dans les écrits de saint Augustin, était aussi en mesure de
fonder toute une société nouvelle. 11 en avait les éléments dans cette hiérarchie dont nous avons démontré Tantiquité, dans ses mœursdont la sainte hardiesse introduisait à la vie de l'esprit les esclaves, les pauvres et les femmes. C'est celte invasion des déshérités du monde ancien, de cjeux que la société méprisait qui prépare, devance et dépasse de beaucoup, à mon sens, dans ses proportions, Finvasion des barbares. C'est elle qui déjà grandit l'auditoire auquel s'adressera la parole humaine et qui par conséquent renouvelle l'inspiration des lettres.
Je vais maintenant étudier avec vous ces premiers commencements de la littérature chrétienne, chercher comment le principe régénérateur, descendant à tous les degrés de la pensée, s'empara de l'éloquence, de l'histoire, de la poésie, et leur donna, dès le cinquième siècle, ces mêmes formes que le moyeu âge vit s'épanouir avec tant de vigueur et d'éclat.
MaÎB il fallait d'iabord ^è* la 4iH^ature chrélîeniie troovâc<sai4ârigiie,6t;ieéi qui' était p)a9'dîfficilo, qu'elle la eomposâtd'éléments eQ(is;tdntB<et rebelles.' Il' fallait * que> l^figlise d<'©Dcident parlât larîn,i c'esl^à^irefla laA-' gùe n^lurelie dé$ cette société mourante dtmt eile afiâit '■ à consoler les (teraiers moment!^, la tangué id-emprant de <î^e m-^kitude de (Siemiams/ de Francs; de-^ Vandales jqui déjài^Avahiesaient lés tert6S< des fronfiëres, ■ les raïigS' de Pfttméei et jœqu'aftii;? gmndds^ chai^gës «dé* ^ l'empiiie'.^Maisî il reste à^ savoir patt^ quoi prodige le tetinj cette ^eA\0 «langue pafefttte qiii garcfeit Te^ridii» dfe' • ses trente^Tmlte'dfeux^ cette larigUè'd^uillfe^des îtapw-f '
retésde Pétrone el dé Martial, devînt chrétienne, devint la langiie de rÉglise, celle du moyen âge ^ comment cet idiome, qui semblait destiné à finir avec le monde des flancs duquel il était! sorti, resta langue vivante sur le tombeau d*unc sodé lé morte; à ce point que pendant tout le moyen âge on ne cessa de prêcher, de haranguer et d'enseigner en latîh, et que dé nobles peuples, de nos jours encore, n'ont pas abjuré cette langue latine qui ésf, en quelque sorte, une partie de leur liberïé. Ainsi c'est celte transformation, sans exemple darisPhistôfre de TespWt humain, dont il faut nous rendre compie et qui vàdf bien la peine d'appeler uii moment votre alteiition. Ma tâche épineuse serait plus difficile encore si ellô ne m'avait été aplanie par mon excellent collègue, M. Éggér, qui a montré cette même révolution ^'accomplissant dani^ la langue grecque àf Alexandrie,'
Rien ne semble," au premier abord, moins capable des idées chrétiennes que cette vieille langue latine qiïi, dans son âpreté primitive, ne semblait faite que pour la guerre, pour Tagriculture et' pour les procès. Voyez le vieux lafîn avec ses formes dures, concises, ïïionosyllà'fciques, c'SbsI bien Tidiome d''ûn peuple qui n'apâfé le' loisir de se péWlre, comme les Grecs, dans de longs entretiens, qui ne consumé pas son temps sur les degrés y ft" marbre dii ï^arthénon et soiis les porli- ^es dé PÂgôrà. On voit, au contraire, des hommes Pressés, moins avides d'idées que de gain, qui se ren- <iontreflt à peine siir un chemin poudreux, dévorés des