I. ÉL0Q1 ENGE
des rires cyniques. Cependant Dieu se tait, il laisse faire jusqu'au bout. Lorsque l'iniquité est arrivée à son comble, il n'a point encore épuisé sa miséricorde pour le peuple égaré, et, avant l'heure de la vengeance, il lui envoie, comme autrefois à Jérusalem, un prophète des derniers malheurs.
Peu d'années avant la Révolution, un prédicateur faisait entendre, dans une des chaires de Paris, ces solennels avertissemonts : « La religion est encore sur les autels, mais elle n'est plus dans les mœurs, et jamais on ne vit tant de chrétiens et si peu de christianisme. Hélas ! mes très chers frères, depuis trente-cinq ans que nous exerçons le ministère de la parole dans cette capitale, nous n'avons cessé de vous annoncer tous les malheurs, et de vous en montrer le principe. Sentinelle vigilante, du haut de la montagne où nous étions placés, nous avons sonné l'alarme à la première découverte de l'ennemi. Au moment que la Babylone maudite, après avoir préparé son poison, vous offrit en souriant la coupe de l'impiété, nous vous criâmes : « Arrêtez ! Qu'allez-vous faire?
Loin de vos lèvres cette coupe empoisonnée vous buvez la
mort: Tout est perdu, religion, mœurs, Etat » Vous ne regardiez alors nos prophéties que comme l'exagération d'un zèle outré; nous-même, nous ne comptions par les voir si tôt accomplies. Mais un abîme attire un autre abîme. A mesure que l'irréligion s'est répandue, l'iniquité, plus hardie, s'est hâtée dans sa course; elle a devancé nos prédictions; elle n'aura désormais d'autres bornes que son impuissance. Que nous reste-t-il donc à vous prédire, en descendant de la montagne? Nous le disons en
ûissant : Les vengeances du Ciel! Quel héritage vous
laissons-nous, mes très chers frères ! Puissions-nous le détourner par nos vœux et par nos prières (1) ! »
(1) L'abbé Poulie, Discours sur la vigilance chrétienne.